
S. n., s. l., s. d. [1885-1890]. In-4 (32,5 × 23 cm), 1 feuillet blanc et 49 feuillets non chiffrés. Reliure de l'époque en demi-percaline rouge à coins, dos lisse recouvert de chagrin rouge, plats de papier caillouté, gardes et contreplats de papier bleu.
Exceptionnel recueil de 49 aquarelles originales, non signées, chacune d'environ 20 × 15 cm hors marges, finement exécutées à l'encre de Chine et à l'aquarelle avec rehauts de gouache, montées sur onglets. Plusieurs feuillets portent le filigrane « Latune et Cie Blacons », papeterie drômoise active durant le dernier tiers du XIXᵉ siècle. Frottements au dos de la reliure, quelques rousseurs marginales. On joint une bande de veau fauve (4 × 32 cm) portant l'inscription manuscrite « Souvenir du Tonkin 1885-90 ».
Le programme iconographique offre un remarquable panorama de la société rurale tonkinoise à l'aube du protectorat français. Il réunit postes de garde et tirailleurs coiffés du salacco traditionnel, scènes agricoles - labour, repiquage et récolte du riz -, marchés, tissage, transport des denrées, pêche, cérémonies religieuses et funéraires, scènes de justice - châtiments corporels et condamnations à mort -, ainsi que diverses pratiques de loisirs, parmi lesquelles combats de coqs, lutte, chasse et ensembles de musiciens. La présence occidentale n'apparaît qu'à une seule reprise, à travers un bâtiment à vapeur distingué à l'arrière-plan d'une scène fluviale, signe discret d'une autorité coloniale encore naissante.
L'ensemble s'inscrit dans les années qui suivent les traités de Hué (1883 et 1884) et celui de Tientsin du 9 juin 1885, qui consacrent l'établissement du protectorat français sur le Tonkin. Le tirailleur tonkinois figurant en tête de la suite appartient à un corps tout juste constitué, tandis que les nombreuses scènes consacrées aux gestes, aux métiers et aux usages de la population témoignent d'une véritable ambition documentaire. Par leur précision et leur regard porté sur la vie quotidienne, elles annoncent, à une tout autre échelle, le vaste inventaire ethnographique qu'Henri Oger réalisera à Hanoï une vingtaine d'années plus tard pour sa Technique du peuple annamite.
Rare par son ampleur autant que par sa cohérence, cet ensemble constitue un témoignage visuel exceptionnel sur le Tonkin des premières années du protectorat français, bien avant les grands relevés ethnographiques du début du XXᵉ siècle.