
Saïgon, Imprimerie coloniale, puis Imprimerie Rey, Curiol & Cie, Imprimerie commerciale Rey, Ménard & Legros, L. Ménard et F.-H. Schneider, 1886-1911. Vingt-sept fascicules en six volumes in-4, couvrant les années 1884 à 1910.
Rare suite annuelle complète pour les vingt-sept années comprises entre 1884 et 1910 de la Situation commerciale publiée par la Chambre de commerce de Saïgon, l'une des principales sources statistiques imprimées pour l'étude de l'économie de la Cochinchine coloniale.
L'ensemble comprend 78 tableaux dépliants, consacrés aux importations, exportations et mouvements maritimes et commerciaux des différents ports de la colonie. Un tableau dépliant du deuxième volume est détaché.
Reliures de l'époque en demi-basane havane, dos lisses ornés de triples filets dorés, plats de papier marbré, gardes et contreplats de papier à la cuve.
Les vingt-sept fascicules furent imprimés entre 1886 et 1911 et rendent compte successivement des années 1884 à 1910. La série générale est beaucoup plus longue : le titre Situation commerciale. Statistiques. Importations et exportations. Mouvement général maritime et commercial de la Cochinchine est bibliographiquement attesté de 1879 à 1938, tandis que des statistiques commerciales publiées par la Chambre de commerce sont recensées dès 1868. Le présent ensemble forme donc non une série quasi complète de la publication entière, mais une remarquable séquence continue de plus d'un quart de siècle.
La raison d'être de ces volumes est le chiffre ; année après année, la Chambre enregistre les marchandises entrées et sorties, leur valeur, leur provenance ou leur destination, le mouvement des navires et l'activité des différents ports. Les 78 grands tableaux dépliants permettent de confronter produits, tonnages, valeurs et exercices et, lorsque les séries rétrospectives les prolongent, de replacer l'année observée dans une évolution plus longue. Le rapport annuel transforme ainsi le commerce de la colonie en une succession de données mesurables et comparables.
Cette statistique n'était pas un simple exercice descriptif. La Chambre de commerce représentait les intérêts des négociants de Saïgon auprès de l'administration et intervenait directement dans les grandes discussions économiques de la colonie, notamment en matière douanière. Ses tableaux fournissaient aux négociants comme aux pouvoirs publics l'instrument indispensable pour observer les marchés, mesurer les variations des échanges et défendre des choix tarifaires ou commerciaux. Les archives de ses débats montrent notamment son intervention directe dans la question douanière de 1888.
Au centre de cette économie se trouve le riz. Son commerce structure alors non seulement les exportations cochinchinoises, mais une large part de l'activité bancaire et portuaire de Saïgon. L'histoire de la Banque de l'Indochine montre que les opérations de sa succursale saïgonnaise dépendaient essentiellement de la production et de l'exportation du riz pendant toute la période embrassée par ces volumes ; les mauvaises récoltes de 1904 à 1906 se traduisent immédiatement par une baisse de son activité.
Mais les tableaux permettent précisément de dépasser cette image d'une économie réduite à une seule denrée. À côté du riz apparaissent les multiples flux de produits importés et exportés, les mouvements des bâtiments français et étrangers et la redistribution des marchandises entre Saïgon, les autres ports de Cochinchine et les grandes places asiatiques. Depuis les débuts de la présence française, Saïgon avait concentré l'essentiel du commerce extérieur de la Cochinchine et du Cambodge ; à la fin du siècle, son activité s'insère dans un espace commercial qui s'étend de la métropole aux ports de l'Asie orientale.
La période 1884-1910 rend cette continuité documentaire particulièrement précieuse. Elle accompagne la consolidation de l'Indochine française, l'expansion des maisons de commerce établies localement, le développement des infrastructures et l'intensification des réseaux financiers et maritimes asiatiques. Les milieux d'affaires cochinchinois possédaient d'ailleurs une physionomie particulière : leur implantation locale et leur connaissance des économies régionales leur permettaient de défendre des intérêts propres, parfois distincts de ceux du commerce métropolitain.
La matérialité même de l'ensemble en conserve une autre histoire. De l'Imprimerie coloniale à Rey, Curiol, Ménard puis F.-H. Schneider, la succession des adresses typographiques accompagne sur plus de vingt ans le développement du monde de l'imprimerie commerciale à Saïgon. Sous une reliure devenue uniforme, chaque fascicule conserve ainsi la marque de l'atelier auquel la Chambre confiait alors la mise en ordre et l'impression de ses chiffres.
Rare suite complète de vingt-sept années consécutives, réunissant 78 tableaux dépliants dans ses reliures uniformes de l'époque. Davantage qu'une succession de rapports administratifs, cette Situation commerciale constitue une véritable radiographie annuelle de la Cochinchine : pendant plus d'un quart de siècle, la colonie y convertit ses navires, ses marchandises, ses récoltes et ses échanges en chiffres, afin de mieux connaître, gouverner et développer son économie.