
Edition illustrée de vingt-deux vignettes gravées en taille-douce, dont une en frontispice. Quelques culs-de-lampe gravés.
Couverture muette bleu-gris, titre en long et date à l'encre au dos. Couverture légèrement salie, quelques plis et déchirures, rares rousseurs et salissures aux feuillets.
Version tardive du Roman de Renart, issue des pérégrinations du texte entre la France et l'Allemagne. Il s'agit de la réimpression d'un ouvrage paru à Bruxelles chez Jacques Panneels et Charles de Vos en 1739, sous le titre Le renard, ou le procez des bestes. Ce texte est, quant à lui, présenté comme une traduction française d'une version de l'histoire du goupil en bas-saxon du XVe siècle, attribuée à Hinrek van Alckmer.
Le Roman de Renart, apparu sous la forme manuscrite durant la période médiévale, est une œuvre dont l'histoire est tout aussi complexe que celle de l'édition imprimée de 1788. Davantage une compilation de récits qu'un roman au sens habituel du terme, il rassemble des textes rédigés entre 1170 et 1250 par divers auteurs, le plus souvent anonymes, s'inscrivant dans la longue tradition des récits animaliers latins remontant à Ésope. La version allemande la plus ancienne du Roman de Renart fut composée dans la seconde moitié du XIIe siècle par l'Alsacien Heinrich der Glichesaere ; intitulée Isengrīnes nōt ("le mal d'Ysengrin") dans un manuscrit du XIIIe siècle, c'est au XIVe siècle qu'elle reçut le titre de Reinhart Fuchs. C'est en revanche la version en bas-saxon intitulée Reynke de vos qui inspira, au XVIIIe siècle, Johann Christoph Gottsched, puis, par son intermédiaire, Goethe pour leurs versions de Reineke Fuchs.
Plutôt que de raconter les mésaventures du goupil qui ont mené à son jugement, Les intrigues du cabinet des rats met en scène directement le tribunal animalier où sa ruse est confrontée à la justice. Sous le masque animalier se dissimule une critique frappante des abus de la justice, de la corruption et de la duplicité des hommes de cour. Cette satire s'inscrit dans un climat politique et éditorial particulièrement propice à ce type de littérature : les années 1787-1788 voient en effet se multiplier, en marge de la censure royale, pamphlets et libelles dénonçant les abus de la noblesse, du clergé et de la justice d'Ancien Régime, dans le contexte de la crise financière et institutionnelle qui précède la convocation des États généraux. Il ne s'agit peut-être pas d'une coïncidence que cette réédition parisienne de l'ancien apologue, dont le sous-titre annonce lui-même une vocation "nationale", ait paru en 1788, l'année qui précède la Révolution.
Edition illustrée d'une ancienne satire sociale, dont le propos est actuel comme jamais au crépuscule de l'Ancien Régime.