L'oeuvre au noir
Edition originale, un des 95 exemplaires numérotés sur pur fil, seuls grands papiers après 45 hollande.
Une légère trace de pliure verticale sur le premier plat.
Bel exemplaire.

Edition originale, un des 95 exemplaires numérotés sur pur fil, seuls grands papiers après 45 hollande.
Une légère trace de pliure verticale sur le premier plat.
Bel exemplaire.
Rare édition originale de la traduction française.
Ouvrage illustré de 2 frontispices et 12 planches numérotées reliées en fin du second volume.
Petit manque au coin supérieur droit et une restauration marginale de la page de faux-titre du premier volume. Quelques rares rousseurs sans gravité, une auréole claire en marge droite de chacune de 12 gravures en fin du second volume.
Reliures en demi maroquin de Russie rouge, dos lisses ornés d'arabesques romantiques dorées, plats de papier marbré, accrocs et frottements sur les plats et les coupes, coins émoussés.
Le livre parut sous le titre The Universal Cook à Londres en 1792 ; sa quatrième édition est traduite en français et publiée en 1810.
Le cuisinier Universel est l'œuvre de deux célèbres chefs Francis Collingwood et John Woollams ayant officié dans les établissements les plus réputés du Strand de Londres : la London Tavern et The Crown and Anchor, connus pour servir les parlementaires du Whig-club.
Cet ouvrage compte parmi les rares exemples d'incursions de la cuisine britannique dans la culture gastronomique française qui exercera encore longtemps une hégémonie quasiment incontestée.
Sa publication était considérée comme une curiosité dans le milieu culinaire français, comme l'indique la préface de l'éditeur ; elle également vue comme une véritable prise de risque selon le grand bibliographe Oberlé :
« Admirons le courage de l'éditeur Tardieu, qui, en 1810, à une époque où nous n'avions pas d'ennemis plus détestés que les Anglais, osa faire traduire un livre chantant les fastes culinaires de la perfide Albion ».
Cette rare publication répondait cependant à une demande d'un public de gastronomes anglophiles : il n'est pas anodin que l'un des premiers restaurants de luxe parisiens ait été baptisé La Grande Taverne de Londres en raison du renom attaché, dès la fin du XVIIIe siècle, à la restauration telle qu'elle était pratiquée en Angleterre, et pour les plats que l'on y servait. L'ouvrage arrive en effet dans le contexte d'une France post-révolutionnaire, où la cuisine sort du milieu aristocratique. Les anciens cuisiniers au service de nobles désormais émigrés ouvrent des restaurants, où ils développent, à l'image de leurs confrères anglais, une véritable « science culinaire ».
Les recettes qui le composent illustrent les changements dans la culture culinaire anglaise au tournant du XIXe siècle. La hiérarchie du prestige, tenue jusqu'alors par la cuisine française avec ses rôts et potages, cède la place aux puddings et aux tartes. On recense seulement quatorze préparations « à la française » : fricandeau, canard, mauviettes, sole, turbot, biscuits, « selle de mouton [pullets] à la Saint-Menehould », « soupe lorraine »... La ville de Londres a remplacé la cour comme centre et moteur, et ses chefs cuisiniers donnent désormais le ton.
Une très rare apparition de la cuisine anglaise dans la gastronomie française, durant une période d'intenses hostilités entre les deux pays sous l'Empire.
Édition originale, posthume, sur papier de hollande.
Reliure en plein veau brun marbré d'époque, dos à nerfs orné, pièce de titre en maroquin rouge, pièce de tomaison en maroquin noir, un léger manque au mors inférieur en queue, traces de frottement, épidermures sur le plat supérieur avec un manque de cuir, un coin émoussé, aux pages 247 et 257 manque en marge le coin droit.
Papier dans l'ensemble frais. Cet exemplaire a été relié en un seul volume, à la suite de l'édition des Oeuvres de Diderot de 1772 en 6 tomes (Tome VI, II).
Bon exemplaire.
Le texte d'introduction, à la mémoire de Diderot, est de Jakob-Heinrich Meister, ami de Necker et successeur de Frédéric Melchior Grimm à la Correspondance littéraire.
Le roman, conçu à partir de 1765, parait justement en feuilletons dans cette revue de 1778 à 1780. La version publiée n'est cependant pas définitive, puisque Diderot n'a de cesse de l'augmenter jusqu'à sa mort, et l'œuvre qui, en 1771, comptait 125 pages, en atteignait 200 en 1778, 208 en 1780, 287 en 1783. Pourtant, l'œuvre, bien avant sa publication française, est déjà connue en Allemagne grâce à la traduction qu'en fit Schiller (en 1787 dans sa revue Thalia). A la suite de cette version, Doray de Longrais donna une version française du même récit. En 1792, l'Allemagne découvre le texte intégral grâce à une nouvelle traduction, celle de Mylius. Enfin, en 1796 est publié en France le texte original, d'après une copie vraisemblablement fournie par Grimm ou Goethe.
Ecrit inclassable et faisant oeuvre de l'affranchissement de toutes les règles romanesques, le livre puise sa trame dans le roman picaresque et hérite de la liberté d'un livre qui marqua durablement Diderot : Vie et opinions de Tristram Shandy, de Sterne.
Lettre écrite par un secrétaire et signée par Louis XVI adressée au cardinal Ludovico Calini, rédigée à l'encre sur onze lignes. La signature de Charles Gravier, comte de Vergennes, figurant en pied du bifeuillet, accompagne celle du roi pour ces vœux de nouvelle année. Est inscrit au verso le nom du destinataire : « Mon Cousin le Cardinal Calino ».
Quelques mouillures, un trou discret à « qu'il vous ait ».
« Mon Cousin, J'ai vu avec plaisir par votre lettre du 1er octobre et le témoignage de la sincérité des vœux que vous formez pour moi au commencement de cette année. Vos sentiments me sont autant connues que vous devez être persuadé du désir que j'ai de vous donner des preuves de mon estime et de mon affection. Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait, Mon Cousin, en sa sainte et digne garde. Écrit à Versailles le 31 janvier de 1776. »
Édition originale de l'Imprimerie royale, complète de ses neuf volumes in-4 et de ses 262 planches gravées en noir.
Reliures en plein veau granité d'époque, dos à nerfs guillochés ornés de fers dorés dans les compartiments, pièces de titre et de tomaison en maroquin rouge, triple filet doré en encadrement des plats, double filet doré sur les coupes, gardes et contreplats de papier marbré, tranches marbrées. Quelques infimes variations sur les fers du volume 3.
Dans cette ensemble, quelques coiffes manquantes, mors fendus en pied du volume 1 sur 6 cm, en pied du volume 2 sur 6,5 cm et 6 cm, et en tête du volume 3 sur 3,5 cm, coins émoussés, griffures et restaurations marginales sur les plats, dont une plus importante sur le volume 7 de 11 cm, brunissure en marge gauche du second plat du volume 4.
À l'intérieur des volumes : quelques galeries de ver, plusieurs mouillures à travers l'ensemble des volumes, certaines plus importantes dans les volumes 1, 3 et 8, quelques déchirures, restaurées sur la page de titre ainsi que sur les pp. ix et xxiii du volume 1, également restaurées sur la p. 496 du volume 2, sur les pp. 259 et 260 du volume 3, sur les pp. 481 et 482 du volume 4 et sur les pp. 173 à 176 du volume 5.
Exemplaire augmentées de quelques annotations marginales : au volume 2, note de bas de page manuscrite à l’encre ajoutée à la p. 541 (« **Voyez les Planches enluminures n°491 »), datations manuscrites à l'encre erronées dans les volumes 2 et 8, nombre « 18 » annoté à l'encre à l’angle supérieur droit de la dernière garde du volume 9.
Exemplaire richement illustré des dessins de Jacques de Sève, gravés par Robert de Launay, Lucas, Michel, Madeleine-Thérèse Rousselet, C. Baron, Hubert, Catherine Haussard, Carl Gottlieb Guttenberg, Jean-Guillaume Blanchon, Menil, Dufour, Louis Claude Legrand, Claude Mathieu Fessard, Elisabeth Haussard, François Hubert, A.-B. Duhamel, Mlle Mansard, C. Baquoy, Heinrich Guttenberg, Laurent Guyot, Benazeth, Schmitz, Marie-Anne Rousselet (M. R. veuve Tardieu), Louis-Gabriel Monnier, Pierre-Étienne Moitte, Jean-Louis de Lignon, Levillain, N. du Four, Thomas Chambars, Nicolas Thomas, Luigi Valperga ou encore George Louis Biosse.
On joint deux planches supplémentaires, réhaussées en couleurs, numérotées XX et XXII, provenant d'un volume 7 de l'Histoire naturelle des oiseaux.
Lithographie originale entoilée, illustrée d'un grand portrait de Liane de Pougy signé A. Gallice, d'après une photographie de Léopold-Emile Reutlinger ("cliché Reutlinger" indiqué dans la planche). Imprimée sur les presses lithographiques de G. Bataille. Traces de plis horizontaux et verticaux, discrètes traces de pliage dû à la mise en rouleau sur le bas de la robe, quatre timbres fiscaux encollés et tamponnés ainsi qu'une ombre en marge gauche.
Rarissime affiche originale illustrée d'un spectacle de la danseuse et courtisane Liane de Pougy, célèbre pour avoir ouvertement affiché sa beauté sur la scène et ses amours féminines dans ses écrits (Idylle saphique, 1901). Inconnue des bibliographes, cette oeuvre est absente de la documentation et ne figure, à notre connaissance, dans aucune collection publique.
Lettre autographe signée d'Albert Camus adressée à « Madame Quentin ». Une page sur un feuillet rédigé à l'encre noire, à en-tête de la Nrf, accompagnée de son enveloppe portant l'adresse autographe de sa destinataire.
Trace de pli horizontal inhérente à la mise sous pli de la lettre.
« Je serai à Paris lundi ou mardi au plus tard (c'est donc le 31 ou le 1). Pouvez-vous demander à Madame Pinker, dès réception de cette lettre, de ne plus faire suivre mon courrier. J'espère que vous avez pu vous reposer un peu pendant le mois d'août et vous envoie mes biens fidèles pensées ».
Lorsqu'il habite sa maison à Lourmarin, c'est à sa femme de ménage, Madame Quentin, qu'Albert Camus s'adresse pour les questions logistiques liées à son pied-à-terre parisien, au 4 rue de Chanaleilles, voisin de celui de René Char. L'écrivain réalise plusieurs allers et retours entre ses deux résidences de 1958 jusqu'au 4 janvier 1960, date à laquelle il trouvera tragiquement la mort dans un accident de voiture à Villeblevin dans l'Yonne. L'une de ses ultimes lettres datée du 23 décembre 1959 sera adressée à cette « chère Madame Quentin », dans laquelle, en plus d'une généreuse étrenne de fin d'année, Camus précisera la date de son retour à Paris, comme il le fait dans cette lettre.
On joint un télégramme adressé à nouveau à Mme « Quentin 86 Rue de Varennes », en date du « 5-59 ».
Les lettres autographes signées d'Albert Camus sont aujourd'hui très recherchées. Celle-ci témoigne du langage prévenant qu'emploie l'écrivain envers Madame Quentin, qui exerce la même profession qu'occupait sa mère.
Édition illustrée des compositions d’Arthur Rackham, 13 en couleurs contrecollées sur carton fort sous serpentes légendées et de 52 compositions en noir dans le texte, un des 55 exemplaires sur Japon, enrichis d’un signature autographe d’Arthur Rackham en justification, tirage de tête.
Reliure de l’éditeur en plein vélin, dos lisse titré à l’or avec des animaux estampés à l’or, premier plat estampé à l’or du titre et d’une illustration représentant des animaux, tête dorée, témoins conservés, lacet du plat inférieur conservé.
Provenance : ex-libris manuscrit sur la page de faux-titre de Maurice Feuillet, célèbre illustrateur de presse, notamment pour les grandes affaires judiciaires, mais aussi critique d’art et fondateur du Figaro artistique. Feuillet est resté célèbre pour avoir réalisé les croquis d’audience lors des procès d’Émile Zola en 1898 et d’Alfred Dreyfus en 1899.
Bel exemplaire des œuvres du plus célèbre fabuliste antique, illustrées par Arthur Rackham, un des rares exemplaires sur papier japon.
Très rare édition originale et bilingue, au format in-4 et sur papier vergé du cahier des doléances de la Corse.
(Cf. Starace 4747. Pas dans Roland Bonaparte. Conlon, xxiv, 89:1617 (qui ne signale que l'éd. in-8 en 32 pp.). Aucun exemplaire au CCF ou au Worldcat.)
Notre exemplaire est présenté sous couverture muette de papier gris, menus défauts intérieurs, quelques restaurations de papier en marge inférieure droite des premiers feuillets et sans atteinte au texte.
"Les cahiers des Tiers, en même temps que des mesures spécifiques, exigent les mêmes réformes que le reste du royaume. Cette imbrication du régional et du national est jalonnée d'événements illustrant la dynamique révolutionnaire: agitation lors des assemblées primaires, émeute de Bastia le 1er mai 1789, "révolution municipale" du mois d'août à l'annonce du 14 Juillet parisien et sous le signe de la cocarde tricolore..." Soboul Dict. hist. de la Révolution française.
Parmi ces mesures spécifiques, on notera : Permission aux bâtiments corses de porter la tête de Maure sur le pavillon blanc françois (de même que plusieurs villes ou provinces du royaume y portent leurs armes) ; Etablissement d'une université à Corte avec pour revenus ceux des biens des Chartreux, Jacobins, et Olivétains ; Etablissement d'un Lazaret pour faciliter le commerce avec le Levant ; Etablissement d'un port franc, Donner pour les emplois la préférence aux Corses ou François établis dans l'isle, etc.
Tache de rousseurs en angle inférieur et supérieur droits des feuillets sans atteinte au texte.
Bel exemplaire, bien conservé.
Édition originale.
Quelques petites rousseurs.
Reliure en demi basane aubergine, dos lisse orné de filets dorés et à froid, frises dorées en tête et en queue, plats de papier marbré, gardes et contreplats de papier à la cuve, reliure de l'époque.
Notre exemplaire est enrichi d'un portrait photographique de Victor Hugo (Souvenir du 16 septembre 1862) qu'il a contresigné à l'encre, en guise de frontispice ; ainsi que d'un envoi autographe signé de Victor Hugo ajouté sur un feuillet de papier bleu : "A mon vaillant et cher compagnon d'épreuve C. Berru",
Camille Berru (1817-1878), journaliste français, fut rédacteur à l'Indépendance belge, quotidien de Bruxelles dirigé depuis 1856 par le marseillais Léon Bérardi (1817-1897), qui en fit ensuite son secrétaire particulier. Il était très lié à la famille Hugo, non seulement à Victor, mais également à son fils Charles et à Adèle Foucher. Pendant ses séjours à Bruxelles, c'est chez Berru que l'exilé de Guernesey descendait régulièrement, avec sa femme, qui y mourut d'ailleurs d'une congestion cérébrale le 27 août 1868.
Lettre autographe signée de Georges Bataille à Denise Rollin, 40 lignes à l'encre noire, 2 pages sur un feuillet.
La relation entre Georges Bataille et Denise Rollin a duré de l'automne 1939 à l'automne 1943 et a laissé une courte mais passionnante correspondance. La présente lettre date des débuts de leur histoire mais laisse déjà apparaître les angoisses de Bataille : « Peut-être ai-je été trop heureux avec vous pendant quelques mois, même alors que l'angoisse ne tardait jamais beaucoup à interrompre, au moins pour un temps, un bonheur qui était presqu'un défi. »
Amoureux passionné, il passe de l'exaltation au doute le plus profond et offre même à sa maîtresse une potentielle échappatoire à leur relation : « Si vous ne pouvez plus supporter, me supporter, je vous en supplie, ne vous trompez plus : dites que c'est moi, et non une maladresse que j'aurais pu éviter, qui est facilement réparable. » Il se propose en tant que victime sacrificielle sur l'autel de leur amour plutôt que de vivre une histoire fade et sans saveur : « Comprenez-moi quand je vous dis que je ne voudrais pas que tout s'enlise, que je veux bien accepter la souffrance pour moi, plutôt que pour vous et moi une sorte de médiocrité infirme. »
Plus tôt dans la lettre, c'est à l'humour qu'il a recourt pour la distraire de ses préoccupations : « J'ose à peine vous faire rire en vous racontant que je maigris, que mes pantalons tombent quelquefois, parce que je n'ai pas encore pris l'habitude de serrer la ceinture au nouveau cran. » Puis, il se refait suppliant : « je vous écris comme un aveugle, parce qu'en me parlant comme vous le faites quand vous me quittez ou quand vous me téléphonez, vous me faites tomber dans une obscurité presqu'insupportable. » Avant de tenter de se raisonner lui-même : « il y a des moments où j'ai honte de douter de vous et d'avoir peur, ou encore de perdre stupidement la tête. » Enfin, cerné par toutes ses incertitudes d'homme amoureux, Bataille tente de trouver du répit dans l'évocation de la famille qu'il a recomposée avec Denise et son fils Jean (alias Bepsy) : « Si vous m'écrivez, dites-moi comment est Bepsy, c'est la seule chose, peut-être, que vous pouvez me dire qui ne touche plus en moi un point douloureux. »
Edition préoriginale des 18 poèmes de Charles Baudelaire occupant les pages 1079-1093 de la Revue des Deux Mondes et qui présentent de très nombreuses variantes par rapport au texte de l'édition originale publiée en 1857 par Poulet-Malassis & De Broise.
Reliure en plein chagrin noir, dos lisse, encadrement de deux filets à froid sur les plats, gardes et contreplats de papier peigné, reliure légèrement postérieure.
Rare et bel exemplaire.
Edition originale, un des exemplaires du service de presse composté M.F. sur le premier plat et numérotés à la presse à la justification du tirage.
Petites déchirures restaurées sur le dos et en tête du premier plat, légères traces de pliures marginales sur le premier plat.
Précieux envoi autographe signé de Louis Pergaud à J.H. Rosny jeune. Lauréat du "Prix Goncourt" 1910 pour son recueil de nouvelles De Goupil à Margot, l'écrivain adresse ce nouvel ouvrage à l'un des membres historiques du jury.
Édition originale d'une des plus importantes publications révolutionnaires contre la traite des esclaves africains et premier manifeste de la Société des amis des Noirs, fondée en février 1788 par Jacques-Pierre Brissot, Étienne Clavière et Mirabeau, neuf mois à peine après la London Society for Effecting the Abolition of the Slave Trade qui leur servit de modèle.
Rarissime édition originale de la première traduction française d'une œuvre philosophique de Kant et seconde traduction d'un texte kantien, les autres ne seront connus du public non-germanophone qu'au cours du XIXe siècle. Cette édition, dont l'originale allemande parut en 1764 à Königsberg sous le titre Beobachtungen über das Gefühl des Schönen und Erhabenen, est illustrée d'un portrait de l'auteur par J. Béniry dit Dubuisson.
Relié à la suite : Seconde traduction française du texte de Burke, considéré comme le premier essai philosophique sur l'Esthétique, établie par E. Lagentie de Lavaïsse, après celle, critiquée, de l'abbé Des François en 1765. Elle est illustrée d'un portrait de l'auteur par Mariage. La première édition anglaise, intitulée A Philosophical Enquiry into the Origin of Our Ideas of the Sublime and Beautiful, est parue en 1757.
Reliure de l'époque en demi basane brune à coins de vélin, dos lisse orné de doubles filets dorés, plats de papier à la colle, gardes et contreplats de papier blanc, toutes tranches jaunes mouchetées de rouge. Quelques traces sur les gardes, rousseurs éparses plus prononcées sur quelques feuillets.
L'ouvrage de Kant contient les premières observations du philosophe - qui n'avait jusqu'alors publié que des textes scientifiques - sur l'Esthétique et plus particulièrement le Sublime, concept qui acquerra toute sa portée dans Critique du jugement. Celle-ci, à l'instar du reste de l'œuvre du philosophe, ne sera traduite en français qu'au cours du XIXe siècle.
« Certes dès avant 1781, le nom de Kant n'était pas totalement inconnu à l'Université de Strasbourg où quelques étudiants et professeurs l'avaient cité dans leurs recherches ou dans leurs cours, et les travaux de l'Académie de Berlin, contenant des mémoires d'adversaires résolus du kantisme, n'étaient pas complètement ignorés en France, mais il faut attendre la Révolution française et même la fin de la Convention et le début du Directoire, c'est-à-dire près de quinze ans après la parution de la Critique de la Raison pure, pour qu'en France on commence à parler de Kant et de son œuvre. » (Jean Ferrari, « L'œuvre de Kant en France dans les dernières années du xviiie siècle » in Les Études philosophiques n° 4, Kant (octobre-décembre 1981), pp. 399-411).
Si Kant est incontestablement celui qui institue l'Esthétique comme discipline essentielle de la philosophie moderne, il doit au manifeste empiriste d'Edmund Burke, les origines mêmes de sa réflexion, et plus particulièrement la distinction entre le Beau et le Sublime. Toutefois, alors que Burke considérait le sublime comme une « terreur délicieuse », produit suprême de l'œuvre d'art, Kant - admirateur de sa philosophie - dépassera cette considération, définissant le Sublime comme « ce qui est absolument grand », la terreur étant la conséquence de la confrontation de la raison humaine à l'illimité.
Pertinente et précoce association des deux premières définitions modernes du Sublime et fondements de la philosophie esthétique, réalisée par un érudit conscient des débats philosophiques de son époque.
Rare et véritable édition originale posthume des six premiers livres des Confessions, les suivants ne seront publiés qu'en 1789. Plusieurs autres éditions parurent peu après celle-ci mais les travaux en lien avec les commentaires publiés dans la livraison de juin 1782 du Journal Helvétique montrent bien que cette édition séparée dite « en gros caractères » est bien la toute première (F. Michaux « L'Édition originale de la première partie des "Confessions" de J.-J. Rousseau » in Revue d'Histoire littéraire de la France, 35e Année, No. 2 (1928), pp. 250-253).
Reliures de l'époque en demi basane blonde, dos lisses ornés de dentelles dorées ainsi que de pièces de titre et de tomaison de maroquin havane, plats de papier caillouté, toutes tranches bleues.
Bel exemplaire de ce texte fondateur du genre autobiographique, établi dans une reliure de l'époque.
Edition originale, un des 50 exemplaires numérotés sur pur fil.
Dos légèrement insolé une petite griffure sur le premier plat de couverture, pliures angulaires au niveau des témoins conservés.
Rare exemplaire tel que paru.
Édition originale.
Reliure en plein maroquin rouge, dos rond à cinq nerfs ornés de fleurons dorés, légers frottements sur les coiffes, double encadrement de filets dorés à froid sur les plats, avec des fleurons aux angles de l’encadrement intérieur, coins légèrement émoussés, gardes et contreplats de papier marbré, tranches et chasses dorées, très élégante reliure du XIXe à la Du Seuil signée Quinet sur la première garde.
Rare édition originale du premier succès théâtral de Marivaux. Cette pièce, représentée au printemps 1722 avant d’être publiée l’année suivante en 1723, contient déjà toute l’essence du marivaudage, toute sa galanterie subtile. Selon le poète romantique Théophile Gautier, elle serait même son chef-d’œuvre.
Edition originale ornée de 81 planches hors texte, dessinées par Antoine-Marie Chenavard et gravées sur acier par différents artistes, soit : une carte de l'itinéraire, un plan d'Athènes et 79 planches chiffrées I à LXXV, avec des planches XXVIIIbis, XLVIIIbis (ces deux non signalées dans la table), LVIbis et LVIIbis.
Cf Blackmer 334. Atabey 230. Brunet II, 1831.
Chaque planche est accompagnée d'un feuillet de légende.
Les planches LIX et LX sont interverties dans notre exemplaire.
Reliure en demi basane verte à coins, dos à quatre faux-nerfs sertis de filets noirs, pièce de titre et nom de l'auteur de basane noire, plats de papier vert feutré amande, une éraflure sur le second plat, reliure moderne.
Les feuillets de l'ouvrage sont montés sur onglets toilés, les premiers feuillets sont marginalement salis, quelques pâles mouillures en marges de certaines pages, tous les feuillets sont marginalement insolés.
Edition originale ornée de 46 illustrations d'Harry Furniss.
Reliure de l'éditeur en plein cartonnage rouge, dos lisse, discrètes et légères restaurations sur les mors, médaillons dorés sur les plats, gardes et contreplats de papier noir, tranches dorées.
Envoi autographe daté et signé de Lewis Carroll à Mrs Cole.
Edition originale de la traduction française établie par Lucien Jacques, Joan Smith et Jean Giono, un des 112 exemplaires numérotés sur alfa, seuls grands papiers après 7 Chine et 55 pur fil. Une première tentative d’édition fut entamée en 1939 en rassemblant sous une couverture imprimée les pages extraites des Cahiers du Contadour non vendus, où l’édition pré-originale de cette œuvre maîtresse était apparue en livraison dans les 8 numéros de la revue entre 1936 et 1939. Mais la guerre mis un terme au projet avant la parution et les exemplaires constitués furent en grande partie détruits dans la remise où ils étaient entreposés.
Bel et très rare exemplaire en grand papier de ce chef-d'oeuvre de la littérature anglo-saxonne, précoce manifeste écologiste contre la pêche intensive traduit par l'éternel amoureux de la nature.
Edition originale, un des exemplaires du service de presse.
Avant-propos de Raymond Queneau.
Rare et agréable exemplaire.
Rare envoi autographe signé de Boris Vian à Marc Bernard.
Edition originale de ce très beau recueil comprenant 72 planches numérotées gravés sur cuivre. (cf Katalog der Ornamentstichsammlung Berlin, 2744. Brunet, V, 199 donne Scheult comme nom d'auteur).
Reliure en demi basane bronze à petits coins de vélin, dos lisse refait orné de frises et de fleurons dorés, pièce de titre de basane vert olive, quelques frottements sur le dos, plats de papier marbré, reliure de l'époque.
Quelques rousseurs, une claire mouillure en angle supérieur droit de la plupart des feuillets.
Édition originale de cet ouvrage très important, donnant le texte de tous les arrêts et ordonnances concernant le commerce avec l'Amérique, principalement les Antilles (cf Sabin 11812. Leclerc 113. Barbier I, 649 c. Ined 1038 (édit. de 1783).
Il est orné de 2 titres gravés en frontispice, de 10 cartes (dont 9 repliées) décrivant l'Amérique méridionale, l'Amérique septentrionale (répétée au t. 2), la Martinique, la Guadeloupe, Saint-Domingue (2), Cayenne et ses environs, la Louisiane, les Côtes de Guinée, et 12 planches gravées concernant la botanique (canne à sucre, coton, tabac, cacao), des scènes de genre (roi noir rendant la justice, marché d'esclaves, pêche des tortues), des objets et instruments divers (ventilateur, pompe aspirante), l'activité industrielle (plan d'une habitation, moulin à sucre, indigoterie), etc...
Reliures en demi basane fauve marbrée, dos à cinq nerfs sertis de guirlandes dorées et ornés de doubles caissons dorés et décorés, plats de cartonnage marron, tranches rouges, reliures pastiches modernes.
Petites taches d'encre noire sur les tranches du premier volume, agréable exemplaire.
Rarissime impression par Fauvelle, l'imprimeur des tribunaux de la Seine, comtemporaine et identique au texte des éditions de format in-8 et in-4 par l'Imprimerie de la République. Seulement quatre exemplaires à l'adresse de Fauvelle répertoriés par OCLC (BnF, Bibliothèque nationale d'Espagne, Bibliothèque royale du Danemark, Bibliothèque municipale de Worms).
Reliure moderne à la bradel en plein cartonnage recouvert de papier marbré, dos lisse, pièce de titre de chagrin rouge, discrètes rousseurs sur les trois premiers feuillets.
Toute première version du Code Napoléon, présentée par les quatre membres de la commission chargée de sa rédaction, par décret du 24 thermidor an VIII (12 août 1800). Le texte est également précédé de l'important "Discours préliminaire du premier projet de Code civil" exposant les influences et les objectifs de ce monument du droit.
Nouvelle édition illustrée de 47 planches de costumes gravées et coloriées (cf Colas 2784.)
Il s'agit d'une remise en vente, à l'adresse de Metz, d'une partie (tome IV) du Tableau Historique des costumes, des moeurs et des usages des principaux peuples de l'antiquité et du moyen âge, donné à l'adresse de Paris et Metz en 1804-1809.
Rare et agréable exemplaire présenté dans son brochage d'origine sous couverture muette d'attente, étiquette de titre encollée en tête du dos.
Edition originale de ce rare album illustré de 15 planches gravées au trait, sous serpentes, légendées chacune d'un feuillet et qui comprend notamment une reproduction du portrait de l'auteur dessiné par Ingres à Rome en 1818 (cf Castiglione, p. 226. Seulement trois exemplaires au CCF (BnF, INHA, Lyon)
Reliure en demi basane verte à coins, dos à quatre nerfs sertis de pointillés et orné de doubles filets et fleurons dorés, triple filet doré encadrant les plats de cartonnage vert, titre doré au centre du premier plat, gardes et contreplats de papier à la cuve, reliure de l'époque.
Quelques épidermures au dos, coins restaurés.
Bel exemplaire.
Exemplaire de l'auteur avec cachet humide au titre.
Très rare édition originale illustrée de 73 planches hors-texte dont un portrait-frontispice, et deux dépliantes (cf Gelli, 436-437.)
Aucun exemplaire au CCF.
Notre exemplaire, grand de marges, est présenté broché sous couverture d'attente de papier bleu, dos renforcé.
Quelques petites rousseurs, légers manques angulaires sur les plats de la couverture d'attente muette, une claire mouillure en angle inférieur gauche de la page de titre, un manque sur la dernière page de la table des matières sans atteinte au texte.
Unique édition de cet ouvrage d'escrime, formé d'une compilation de sources françaises et italiennes.
Peu de choses sont connues de J. de Saint-Martin en dehors des indications données par son ouvrage : il était ancien officier de cavalerie et maître d'armes de l'Académie thérésienne, et s'exprime ainsi dans son Discours préliminaire : "Mon goût pour l’art militaire, et mon zèle pour l’avantage du service des armées impériales, ma vive reconnoissance pour les bontés du Grand Monarque que j’ai l’honneur de servir depuis sept ans, et qui a daigné me donner la place de professeur impérial de l’Académie Thérésienne pour l’Escrime, m’ont déterminé à publier et à donner au public cet ouvrage […]. Ce sont les fruits d’une expérience de trente ans, et d’une étude réfléchie tant sur les leçons des plus grands maîtres, et sur les assauts des salles les plus renommées, que sur les manœuvres et les diverses actions, où je me suis trouvé engagé dans la dernière guerre".
Edition originale.
Reliure de l'éditeur en plein cartonnage, dos toilé, premier plat illustré en couleur, contreplats illustrés, une photographie du couple Disney issue d'une coupure de presse encollée sur le premier contreplat. Infimes manques sur le premier plat, coins légèrement pliés.
Album enrichi d'un exceptionnel envoi autographe de Walt Disney sur le contreplat, : "Best wishes / Walt Disney", en dessous de son portrait encollé le représentant aux côtés de sa femme et son chien.
Edition originale imprimée à 500 exemplaires numérotés sur arches et ornée de 48 illustrations en noir dans le texte ainsi que de 32 planches hors-texte d'après des dessins de Iacovleff, tirées en bistre et noir. Magnifique album, composé sous la direction de Jacques de Brunhoff avec la collaboration de Sergueï Grigorievitch Elisseeff (1889-1975).
C'est en 1917 que le peintre russe Aleksander Evgenevitch Iacovleff (1887-1938) passa six mois dans l'île japonaise d'Izu Oshima, après un séjour en Chine ; il ne reviendra jamais en Russie où les Soviets prirent le pouvoir cette même année, mais émigra en France. C'est là que se déroula l'essentiel de sa carrière (il sera le peintre officiel de la Croisière noire, puis de la Croisière jaune). Son intérêt pour l'Extrême-Orient se manifesta dans plusieurs albums illustrés (Dessins et peintures d'Extrême-Orient en 1920 ; Le Théâtre chinois en 1922 ; enfin, cet ouvrage).
Petits manques en tête et en pied du dos, une déchirure restaurée en tête du dos, petites déchirures et taches en sur le second plat, dernière garde légèrement et partiellement ombrée et comportant de petites rousseurs marginales, agréable exemplaire.
Portrait photographique des studios Disney en noir et blanc représentant Walt Disney. Un infime trait noir au niveau des cheveux.
Rare et belle signature manuscrite de Walt Disney à l'encre noire inscrite dans le cliché.
Rare édition originale bien complète de ses 17 planches hors texte, dont 2 cartes, 2 fac similés en couleurs de vue et plan japonais (vue de Yedo, plan de Nagasaki) et 13 fac-similés en couleurs de dessins d'histoire naturelle. (cf Cordier, Japonica, 549 et Sinica, 2128. Numa Broc, Asie, 89-90.)
Quelques petites rousseurs sans gravité, une très claire auréole sur les derrniers feuillets, petites restaurations aux versos des fac similés.
Reliure en demi chagrin vert, dos légèrement éclairci à nerfs sertis de filets dorés et orné de doubles caissons dorés et décorés, encadrement d'un filet à froid sur les plats de papier marbré, plats légèrement salis, gardes et contreplats de papier peigné, tranches peignées, reliure de l'époque,
Diplomate de carrière, Charles de Chassiron (1818-1871) fit partie de la mission diplomatique du baron Gros au Japon en 1858. Il embarqua avec les autres membres de la mission à Changaï le 6 septembre 1858 sur la corvette Laplace, arriva à Shimoda le 14 à 10 heures du matin, en repartit dans la nuit du 19 septembre, débarqua à Edo (Tokyo) le 26, y séjourna jusqu'au 12 octobre, et quitta le pays le 22 octobre par Nagasaki.
Les Notes de Chassiron sont une transcription presque littérale du journal qu'il a tenu durant son séjour ; en appendice se trouve le texte du traité franco-japonais signé le 9 octobre. Son journal de voyage représente donc un jalon important dans l'histoire des relations franco-japonaises : surtout celles qui concernent Edo, valent par leur souci de prudence, de précision et de probité. Tout au long du texte de Chassiron, se manifeste une tension entre la prudence inquiète du diplomate désorienté et les observations d'un voyageur que fascinent l'ordre social et l'avance du Japon dans les arts industriels. Les Français demeurent plus perplexes que les Britanniques devant la réalité nippone mais se laissent charmer par elle et rapportent avec l'image d'un Japon féodal fondé sur l'espionnage, celle d'un Japon artiste. (Cf. Numa Broc).
Edition originale de la traduction française établie par Marie Bonaparte, un des 70 exemplaires numérotés sur pur fil, seuls grands papiers.
Plats légèrement et marginalement ombrés, sinon bel et rare exemplaire.
Le texte est précédé d'une traduction de la nouvelle Gradiva de Wilhelm Jensen par E. Zak et G. Sadoul.
Suit une analyse psychanalytique du rêve et de la fascination du jeune archéologue Norbert Hanold pour la représentation d'une jeune fille sculptée dans un bas relief des collections du Musée de Rome.
Photographie originale dédicacée représentant Emile Zola de face, la tête légèrement tournée vers la gauche. Tirage d'époque sur papier albuminé contrecollé sur un carton au cachet du studio Eugène Pirou, rue Royale à Paris.
Envoi autographe signé d'Emile Zola à Otto Eisenschitz : "à M. Otto Eisenschitz / cordialement / Emile Zola".
Nouvelle édition, illustrée d'un frontispice et de 58 planches hors-texte d'après P. A. Varin.
Accompagnées de méditations par l'Abbé Edouard Barthe, chanoine honoraire de Rodez.
Reliure en plein velours vert encadré d'argent, abondamment décoré de motifs rocaille gaufrés dorés et de motifs estampés à froid, également mosaïqué de velours bleu, violet, crème et rouge ; chiffre de la vierge en argent ciselé au centre du premier plat, initiales "RGP" en argent ciselé au centre du second plat, tous deux entourés d'une large pièce de velours rouge sertie de décors gaufrés dorés où figure le symbole de l'Ordre de la Toison d'Or, dos lisse richement orné de décors rocaille gaufrés dorés, pièce de titre en argent gravé et ciselé, fermoirs d'argent au décor ajouré de rinceaux, gardes et contreplats de tissu moiré bleu abondamment orné d'un décor rocaille gaufré doré, toutes tranches dorées, reliure d'époque.
Un chef d'oeuvre de la reliure romantique rocaille, superbe écrin d'un luxe et d'une finesse extrêmes.
Lettre autographe très probablement inédite signée adressée par Juliette Drouet à son amant Victor Hugo, quatre pages rédigées à l'encre noire sur un bifeuillet.
Pliures transversales inhérentes à l'envoi, pli unifiant les deux feuillets renforcé d'une fine bande de papier encollé à peine perceptible.
Absente de la très complète édition en ligne des lettres de Juliette Drouet à Hugo du Centre d'Études et de Recherche Éditer/Interpréter (Université de Rouen-Normandie).
Très belle déclaration d'amour et d'admiration de Juliette Drouet, le lendemain de la plaidoirie d'Hugo défendant son fils. Charles Hugo avait été traduit devant les assises, et condamné malgré l'intervention de son père, pour avoir vaillament fustigé la mise à mort de Claude Montcharmont.
Le grand amour d'Hugo adresse cette lettre en des temps troublés, où père et fils se retrouvent au devant de la scène pour leurs prises de position abolitionnistes. Scandalisé par l'exécution de Montcharmont, un braconnier du Morvan de 29 ans, Charles Hugo fait paraître un article dans l'Evénement qui lui vaut un procès pour atteinte au respect dû aux lois : la Seconde république n'existe déjà plus que de nom, et la presse fait l'objet d'attaques fréquentes, encore aggravées ici par la notoriété des Hugo. Victor tient à défendre son fils et livre un plaidoyer resté célèbre : "Mon fils, tu reçois aujourd'hui un grand honneur, tu as été jugé digne de combattre, de souffrir peut-être, pour la sainte cause de la vérité. A dater d'aujourd'hui, tu entres dans la véritable vie virile de notre temps, c'est-à-dire dans la lutte pour le juste et pour le vrai. Sois fier, toi qui n'est qu'un simple soldat de l'idée humaine et démocratique, tu es assis sur ce banc où s'est assis Béranger, où s'est assis Lamennais !"
Malgré l'historique intervention d'Hugo, Charles est condamné à six mois de prison et 50 francs d'amende - une décision que fustige amèrement Juliette, submergée par l'angoisse à l'issue du procès : "J'ai beau savoir que cet arrêt inique est non seulement supporté avec courage par vous tous, mais accepté avec orgueil et avec joie par le plus directement intéressé dans cette malheureuse condamnation, la fatigue et l'inquiétude que j'ai éprouvé pendant toute cette interminable journée d'hier m'a laissée une douloureuse courbature physique et morale".
12 juin jeudi matin 7h [1851]
Bonjour, mon pauvre sublime petit homme, bonjour, mon pauvre généreux homme. [...] Pourvu que l'émotion et la fatigue ne t'aient pas fait mal. [...] Jusque là ma pensée sera si souvent de la crainte à l'espérance et de l'espérance à la crainte avec cela que j'ai la tête brisée depuis hier. J'ai beau savoir que cet arrêt inique est non seulement supporté avec courage par vous tous, mais accepté avec orgueil et avec joie par le plus directement intéressé dans cette malheureuse condamnation, la fatigue et l'inquiétude que j'ai éprouvé pendant toute cette interminable journée d'hier m'a laissée une douloureuse courbature physique et morale dont je n'ai pas encore pu triompher jusqu'à présent. Je compte beaucoup sur la salutaire réaction que me causera le bonheur de te savoir pas plus satisfait que ce jour dernier [...] Ce que je sais ce qui ne s'embrouille jamais dans mon cœur c'est que je t'aime à l'adoration et que tu es le soleil de mon âme et la joie de mes yeux.
Superbe lettre, témoignage du désir commun de justice qui habitaient les plus célèbres amants du XIXe siècle.
Lettre autographe signée de la peintre Elisabeth Vigée-Lebrun adressée à la peintre d'histoire et portraitiste Hortense Haudebourt-Lescot. Deux pages à l'encre noire sur un bifeuillet. Adresse autographe de Mme Haudebourt, au 19 de la rue Rochefoucauld, au verso du second feuillet. Deux traces de pli horizontales inhérentes à l'envoi, déchirure sans atteinte au texte sur le second feuillet dûe au cachet. Note d'un précédent bibliographe au crayon bleu sur le verso du dernier feuillet.
Edition originale sur papier courant.
Petites déchirures recollées en tête et en pied du dos.
Reliure en demi maroquin noir, dos lisse, date dorée en queue, plats de papier à motifs décoratifs abstraits, gardes et contreplats de papier bleu, couvertures et dos conservés, reliure signée Thomas Boichot.
Rare et précieux envoi autographe signé de Charles De Gaulle sur ce texte qu'il dédia au maréchal Pétain : "A mon ami Louis Borel en souvenir de ses précieux conseils et de sa fidélité. Avec mon bien cordial témoignage. 7 octobre 1938. Charles."
Nouvelle édition de la traduction française établie par A.J.B. Defauconpret. Illustrée d'une vignette en page de titre de chaque volume, ainsi que 60 gravures Louis Marckl d'après Noël Bertrand.
Reliures en demi chagrin vert, dos à cinq nerfs serti de pointillés dorés et ornés de doubles caissons et de filets noirs, queues des dos ornés d'un fer doré en rosace avec compartiment à signes cabbalistiques, plats de papier marbré, gardes et contreplats de papier à la cuve, tranches mouchetées, reliures de l'époque.
Dos légèrement éclaircis, quelques coins légèrement émoussés, quelques rousseurs parfois plus prononcées sur certains volumes. Une déchirure p. 303-304 sur le second volume. Une déchirure restaurée et un manque marginal sans atteinte au texte sur les pp. 213-214 du cinquième volume.
Notre ensemble est enrichi d'une lettre autographe signée de James Fenimore Cooper montée en tête du premier volume, adressée à l'éditeur de ses et ces oeuvres complètes, Charles Gosselin :
"Monsieur,
Je n'ai pas encore reçu des feuilles mais je les attends ce matin même. Je ne sais pas le variant du délai, mais en tous cas il faut vous donner assez de tems. Vous savez que je tiens le [sic] bride"
Traces de pli aux coins du feuillet, notes au crayon et à la plume d'un précédent bibliographe.
Exemplaire agréablement établi exceptionnellement enrichi d'une lettre autographe signée de l'auteur à son éditeur.
Exemplaire probablement unique, constitué de tirages d'épreuves d'illustrations maçonniques contenant 38 planches, la plupart sur double page, numérotées de 1 à 40 au crayon rouge (numérotation discontinue, avec planches bis).
Non mentionné dans Caillet et Dorbon.
Reliure en pleine toile noire, dos lisse muet, étiquette de titre encollée sur le premier plat, reliure moderne.
Une déchirure restaurée en parge gauche de la planche 10, deux déchirures angulaires en marge gauche de la planche 12 mais sans atteinte à la gravure. Editées par la librairie maçonnique Teissier et Cie, elles ont été lithographiées par J. Rigal et Cie et Cie, parfois par A. Appert.
Très intéressant document sur la franc-maçonnerie au XIXe siècle.
Très rare édition originale du tiré à part de l’article Les Origines de l’armée française de Charles de Gaulle paru dans le 520e numéro de la Revue d’infanterie en janvier 1936. Ce texte de 44 pages sera entièrement repris deux années plus tard dans le premier chapitre du célèbre ouvrage La France et son armée, publié en 1938 chez Plon. Notre exemplaire est enrichi d’un envoi autographe signé de l’auteur « à M. Jean Auburtin, Hommage de très profonde et fidèle amitié. C. de Gaulle ».
Couverture bleue légèrement insolée sur les extrémités, dos et mors du plat supérieur recollés, petits manques au dos, pliure verticale probablement inhérente à l’envoi, anciens plis sur les coins droits du plat supérieur, quelques taches d’encre sur le plat inférieur, ancien timbre collé et partiellement déchiré sur ce même plat.
Edition originale rare selon Clouzot (cf Guide du bibliophile français XIXème siècle, page 256).
Quelques petites rousseurs sans gravité, une petite tache d'encre noire en pied des pages 354-355. Exemplaire bien de son feuillet d'errata en fin de volume.
Reliure en demi veau caramel, dos à cinq nerfs soulignés de pointillés dorés et orné de frises ainsi que de fleurons noirs, frises dorées en tête et en queue, quelques frottements sur le dos, pièce de titre de veau marron, frise verticale estampée à froid en encadrement des plats de papier marbré, gardes et contreplats de papier oeil-de-chat, tête dorée, étiquette de librairie romaine en tête d'un contreplat, reliure pastiche signée à froid Durvand.
Ouvrage rare et important (cf Carteret) dans lequel apparaît pour la première fois, sur la page de titre, le pseudonyme de Stendhal.
Édition originale du premier livre de Pierre Drieu la Rochelle, un des 150 exemplaires numérotés sur vergé de Hollande, seuls grands papiers.
Précieux envoi autographe signé de Pierre Drieu la Rochelle : « à Charles Maurras ce témoignage inquiet. Pierre Drieu la Rochelle ex. sergent au 146e d'infanterie. 1er Octobre 1917. »
Important témoignage de l'admiration du jeune Drieu la Rochelle – alors en pleine construction intellectuelle – pour le « maître de Martigues » à qui il envoie cet exemplaire de ses poèmes de guerre composés en 1916 après avoir été blessé à Verdun.
Démobilisé et déçu d'une guerre pour laquelle il s'était engagé dans l'espoir de laver la défaite de 1870, Drieu oscille entre le communisme d'Aragon et le nationalisme intégral de Maurras. Ayant découvert ce dernier à l'adolescence, il le considère dès lors comme l'un de ses maîtres à penser aux côtés de Maurice Barrès, Rudyard Kipling et Friedrich Nietzsche. En novembre 1918, il lui écrira d'ailleurs : « C'est vous, c'est votre pensée prudente qui a détruit en moi, vers 1915 ou 1916, ma conception germanique de la guerre joyeuse. Ayant fait la guerre dans l'infanterie pendant le premier hiver, je savais déjà et de reste que la guerre n'était pas joyeuse... »
Glorifiant Maurras comme « le plus grand penseur politique du dernier siècle » (Gilles), il est – à l'instar de nombreux jeunes de sa génération – séduit par l'aura patriotique ainsi que le goût de l'action et de la morale incarné par le chef de file de l'Action Française. Tout au long des années 1920, l'ambivalent Drieu hésitera sur la voie politique à emprunter, avant d'évoluer vers le fascisme, abandonnant définitivement l'idéologie conservatrice maurrassienne.
Edition originale.
Reliure en plein maroquin olive, dos lisse abondamment orné de filets, roulettes et fleurons dorés, pièce de titre de maroquin rouge, roulettes et fers dorés, plats estampés à décor à la dentelle, chiffre central "CB" estampé au centre des plats et encadré de multiples filets et roulettes et surmonté d'un ruban, roulette en encadrement des plats, dentelle dorée intérieure, contreplats et gardes de papier à la colle rose, filet doré sur les coupes, toutes tranches dorées, reliure de l'époque attribuable au grand relieur Derôme le jeune. Déchirure marginale avec manque d'un mot et numéro de page (p. 57). Déchirure marginale sans manque p. 113 et p. 451. Très léger frottement sur un demi centimètre du mors supérieur, sinon un superbe exemplaire parfaitement conservé.
Orné d'une vignette de titre fleurdelisée ainsi que des bandeaux et culs de lampes.
Somptueuse reliure à la dentelle attribuable à Derôme, sur ce rare livre d'heures à l'usage des élèves de l'Ecole royale militaire.
Plusieurs fers dorés sont identiques à la reliure portant l'étiquette de Derôme conservée à la Bibliothèque nationale de France (RES-G-370).
Worldcat ne recense qu'un seul autre exemplaire en institutions (BnF).
Un chef d'oeuvre de la reliure du XVIIIe siècle parfaitement conservé.
Édition originale de ce pamphlet avec des interventions d'Éluard, Tzara, Marcel Duchamp sous son pseudonyme Rrose Sélavy, Benjamin Péret, Erik Satie, Philippe Soupault, Georges Ribemont-Dessaignes, Vincente Huidboro, Walter Serner, Matthew Josephson, Théodore Fraenkel.
Trois exemplaires trouvés en institutions (BnF, Thomas J. Watson Library, Princeton University Library, Ryerson & Burnham Libraries - Art Institute of Chicago).
Couverture réalisée par Ilia Zdanevich (Iliazd) sur un motif composé de reproductions de gravures sur bois du XIXe siècle : "La couverture de Le Coeur à barbe est une image emblématique de l'esthétique Dada, où des gravures anciennes sont associées à des mots pour créer des jeux de mots visuels et des associations imprévisibles." (Princeton University Museum).
Rarissime exemplaire en excellent état du seul numéro paru de cette célèbre revue Dada - la contre-attaque de Tristan Tzara à la suite des critiques d'André Breton dans le journal Comœdia du 2 mars 1922.
Dessin original au feutre noir signé par Uderzo, avec la signature de René Goscinny à l'encre bleue. Une demi page au verso du dernier feuillet d'un ensemble de trois feuillets tapuscrits tenus par une agraphe métallique.
Quelques traces de pli sans gravité.
Une ronde et joviale tête d'Obélix, dessinée par son créateur et signée "pour Anne Sophie avec toute notre amitié", enrichie de la signature de René Goscinny, au verso de feuillets d'un script d'émission de télévision où Uderzo et Goscinny étaient invités.
Edition originale, un des 6 exemplaires numérotés sur hollande, tirage de tête, celui-ci le numéro 1.
Reliure en demi maroquin bleu marine à coins, dos très légèrement éclairci à cinq nerfs, date dorée en queue, plats, gardes de papier marbré, gardes et contreplats de papier à la cuve, tête dorée sur témoins, infimes frottements sur les coupes. couvertures et dos conservés, reliure signée Lavaux.
Exemplaire à toutes marges agréablement établi.
Ex-libris encollés sur une garde.
Exemplaire personnel de l'auteur, abondamment truffé, de cette magnifique chronique montmartroise. On y a monté sur onglet un portrait original de Roland Dorgelès à l'encre noire par Gus Bofa humoristiquement légendé : "Monsieur Roland Dorgelès dans son uniforme de rédacteur à la petite semaine"
ainsi que deux photographies originales, représentant le célèbre montmartrois Francisque Poulbot dans son théâtre de Guignols (Agence Rol, 1910) et une très rare photographie de la mémorable « Fête des Dernières Cartouches » organisée par Poulbot le 23 mai 1913. Nous n'avons trouvé qu'une seule autre photographie de cette soirée. On y voit la joyeuse bande des participants, chez Poulbot rue de l'Orient, déguisés en soldats de la guerre de 1870. Cette fête qui eut un retentissement considérable, est immortalisée par Dorgelès dans ce livre :
Edition originale de la traduction française, un des 51 exemplaires numérotés sur pur fil, seuls grands papiers.
Dos et plats légèrement et marginalement éclaircis comme habituellement.
Rare et bel exemplaire de cet ouvrage qui fut magnifiquement porté à l'écran, en 1967, par Richard Brooks avec, dans les rôles principaux : Robert Blake, Scott Wilson, John Forsythe et John MacLiam.
Richard Brooks alla même jusqu'à à filmer dans la propre maison du crime, ainsi que dans le même palais de justice, où 7 des 12 jurés interprètent leur propre rôle.
Lettre autographe datée et signée d'Edgar Degas adressée au marchand Charles Deschamps, directeur de la succursale du galeriste Durand-Ruel à Londres. Trois pages à l'encre sur un feuillet double.
Petites déchirures marginales sans atteinte au texte, traces de pli inhérentes à la mise sous pli.
Rentré de la Nouvelle Orléans, Degas s'adresse à son marchand attitré à Londres et l'informe de l'arrivée prochaine d'une exquise composition de danseuses, Le Foyer de la danse à l'Opéra de la rue Le Peletier, désormais conservé au Musée d'Orsay : « En attendant vous allez recevoir le petit tableau que vous aviez vu en train et que vous aviez pris l'idée de vendre à M. Huth - Puissiez-vous le faire ! [...] Quant au prix, il me semble que 150 à 200 livres est bien » Deschamps exaucera les souhaits du peintre et vendra le tableau à Louis Huth, financier et mécène de Whistler, pour la somme de 140 livres. La toile fera ensuite partie de la prestigieuse collection d'Isaac de Camondo.
Degas se tourne vers Londres à une période où le marché de l'art anglais permet de pallier la débâcle qui a suivi la guerre franco-prussienne de 1870. Le peintre attend beaucoup de ce nouveau marché britannique en pleine expansion, financé par de lucratives expositions-événement attirant des millions de visiteurs ; le public anglais découvrit ainsi les toiles de Degas au cours de huit expositions de la Société des Artistes Français. Bien qu'il mentionne souvent dans sa correspondance des difficultés d'argent « J'ai vers la fin du mois pas mal à payer. Il me rentrerait quelque argent, que j'en serais enchanté [...] - Occupez-vous de moi, mon cher Deschamps, je vous en serai bien obligé - Dites-moi aussi si la saison n'est pas bien avancée. Je le crains » sa carrière outre-manche était assez florissante et ses ventes profitables. Le peintre ne manque pas de saluer la « colonie française » des peintres exilés, Giuseppe de Nittis et son ami intime James Tissot dont le succès financier constituait pour Degas un exemple de commercialisation efficace des peintures d'un artiste français dans ce pays. Mais à la différence de Tissot, le peintre refusera de s'adapter aux goûts du marché et concentrera ses efforts à défendre la cause impressionniste en France et à l'étranger.
Degas consacre également un passage à un avide collectionneur de ses œuvres, le baryton Jean-Baptiste Faure, commanditaire de sa célèbre série de toiles sur l'Opéra de Paris et propriétaire du Déjeuner sur l'herbe de Manet : « Je devais être à Londres depuis quelque temps, d'après mon dire. Je n'y suis pas parce que le tableau de [Jean-Baptiste] Faure n'est pas fini, que je ne voudrais aller le rencontrer là-bas sans lui donner de meilleures nouvelles, et que je n'ai plus guères le temps de flâner si je veux n'avoir pas encore au 1er septembre rien à lui livrer ». Ironiquement, Faure reprochera aux toiles de Degas de ne pas être correctement finies (!) et lui intentera un procès quelques années plus tard.
Une rare et exceptionnelle missive qui retrace le cheminement d'une célèbre œuvre de Degas et sa relation avec les marchands et collectionneurs, à l'aube de la première exposition des peintres impressionnistes qui se tiendra un an plus tard.
Lettre autographe signée de Marguerite Yourcenar datée du 23 janvier 1957, deux pages à l'encre noire sur un feuillet, enveloppe autographe jointe.
Sur deux pages à l'écriture dense, Yourcenar confie ses déboires éditoriaux à son ami intime le peintre Elie Grekoff, et relate le geste blasphématoire de son éditeur, qui avait déchiré "en deux ou plutôt en quatre" l'exemplaire dédicacé de son recueil de poèmes Les Charités d'Alcippe (1956) et lui avait renvoyé par la poste. Elle s'entretient de projets communs avec Grekoff et le prie d'accepter les profits d'un ouvrage qu'il a illustré pour elle.
Yourcenar écrit depuis les Etats-Unis, qu'elle rejoignit en 1939 avec sa compagne Grace Frick, alors professeure de littérature britannique à New York. Elles s'installèrent à partir de 1950 sur l'île des Mont Déserts, jouxtant le Canada, dans une maison baptisée Petite-plaisance qu'elle mentionne dans l'en-tête autographe de la lettre. Au beau milieu de la nature sauvage et des lacs cristallins, elle y écrira certains de ses écrits les plus célèbres, dont L'Oeuvre au noir. Des images fugaces de la vie recluse de l'écrivaine nous parviennent au fil des lignes : « Ici, travail abrutissant, favorisé par les grands froids, qui font qu'on ne sort qu'un bref moment, ou quand on y est obligé. Correction d'épreuves, correspondance en retard depuis des mois, traduction, et enfin le livre en train [...] les journaux arrivent très régulièrement, et si vite, dans le cas du Monde, que j'apprends par lui les nouvelles de New York avant d'avoir le temps d'aller au village acheter le New York Times ».
Le passage le plus poignant de la lettre concerne ses aventures mouvementées avec son éditeur Curvers, au sujet de son recueil de poèmes à la verve néoclassique Les Charités d'Alcippe. Yourcenar fait part de l'acte impardonnable de ce dernier, exaspéré par le mécontentement de l'écrivaine qui lui reprochait la parution hâtive du recueil : "Toute la légalité (et le sens commun) sont de mon côté, mais cela n'a pas empêché l'irascible liégeois de me renvoyer un ex. des 'Charités d'Alcippe' déchiré en deux ou plutôt en quatre. L'époque est à la violence". « L'affaire du monsieur de Liège », terme employé dans la lettre, se soldera par un véritable litige par avocats interposés. L'intransigeante exigence de l'écrivaine et sa constante préoccupation pour les droits d'auteur, lui vaudra plusieurs affaires, et même deux procès - avec le metteur en scène Jean Marchat, et son éditeur Plon.
Le destinataire de la lettre Élie Grekoff (1914-1985), peintre, illustrateur, maître cartonnier, demeurera un proche confident de la femme de lettres pendant des décennies, et travailla avec elle sur plusieurs projets éditoriaux et théâtraux. Il réalisa notamment les décors de sa pièce aux accents sartriens, Electre ou la chute des masques, créée au théâtre des Mathurins. La lettre garde également la trace de deux de leurs collaborations artistiques : l'édition d'un classique latin et d'un célèbre poème hindou, le Gita-Govinda, tous deux commentés par Yourcenar et illustrés par Grekoff. Dans quelques magnifiques lignes pleines de bonté, Yourcenar le prie d'accepter les bénéfices probablement issus de la parution des Bagatelles d'Amour de Laevius (1956) : "merci Elie, et je vous en prie, considérez les trente huit mille qui restent comme vôtres, puisque nous n'en avons que faire en ce moment. Et quand je dis comme vôtres, je ne parle pas seulement comme vous le faisiez, du cas de force majeure, guerre, accident ou maladie, mais aussi en vue de rendre un peu plus commode la vie journalière - provisions de charbon, si l'on peut de nouveau en faire, ou achat de sympathiques conserves et repas au restaurant qui vous éviteront l'ennui de faire la cuisine quand vous préféreriez dessiner".
Charmante et profuse lettre de la première femme élue à l'Académie Française, aux prises avec son éditeur, faisant part de son combat pour l'intégrité de son oeuvre à un proche confident.