
Édition originale de ce grand recueil de planches publié à Lyon par Louis Perrin en 1858, à la suite du voyage accompli par Antoine-Marie Chenavard en Grèce et dans le Levant en 1843-1844.
In-folio. 81 planches hors texte gravées sur acier par différents artistes, dont Dubouchet, d’après les dessins d’Antoine-Marie Chenavard et d’Étienne Rey : une carte de l’itinéraire, un plan d’Athènes daté de 1843 et 79 planches chiffrées I à LXXV. La série comprend les planches LVIbis et LVIIbis appelées par la table, ainsi que XXVIIIbis et XLVIIIbis, qui n’y sont pas annoncées et ne se rencontrent que dans certains exemplaires. Le présent exemplaire réunit ainsi 81 planches, contre 79 dans la collation ordinaire. Chaque planche est accompagnée de son feuillet de légende. Les planches LIX et LX ont été interverties au montage. Blackmer 334 ; Atabey 230 ; Brunet II, 1831.
Reliure moderne en demi-basane verte à coins, dos à quatre faux-nerfs sertis de filets noirs, pièces de titre et d’auteur de basane noire, plats de papier vert feutré amande. Une éraflure au second plat. Feuillets montés sur onglets toilés. Premiers feuillets marginalement salis, quelques pâles mouillures marginales sur certaines planches, marges uniformément insolées.
Le recueil trouve son origine dans le long voyage qu’Antoine-Marie Chenavard (1787-1883) entreprit du 1er septembre 1843 au 22 février 1844 en compagnie du peintre Étienne Rey et de l’architecte Jean-Michel Dalgabio. Tous trois parcoururent la Grèce, la Turquie et l’Égypte, dessinant monuments, paysages et antiquités rencontrés sur leur route. Chenavard enseignait alors depuis vingt ans l’architecture à l’École des beaux-arts de Lyon ; architecte autant que dessinateur, il regardait les édifices avec une attention particulière à leur construction, leurs proportions et leur inscription dans le site. Il fut nommé correspondant de l’Institut en 1855.
Le voyage donna naissance à deux formes éditoriales qu’il convient de distinguer. Chenavard en publia d’abord la Relation en 1846, reprise en 1849 dans une seconde édition. Près de quinze ans après son retour, il revint aux dessins exécutés sur place pour composer ce vaste volume in-folio de 1858. Souvent désigné comme l’« atlas » de la Relation, il forme en réalité une publication distincte par son format, sa date et surtout par la place accordée à l’image.
Athènes en constitue naturellement le cœur. Chenavard et Rey y fixent le Parthénon, le temple de la Victoire Aptère, le temple alors appelé de Thésée, la prison dite de Socrate et de nombreux détails de l’Acropole ; les vues et relevés se poursuivent à Delphes, Corinthe et dans le reste de la Grèce, avant de suivre l’itinéraire des voyageurs vers Constantinople et l’Égypte. Les planches alternent ainsi la vue pittoresque, le relevé architectural, le plan et le détail archéologique. Sotheby’s décrit justement les compositions comme exécutées d’après Chenavard ou Étienne Rey, rappelant que ce grand recueil conserve aussi la trace graphique d’un voyage accompli à plusieurs.
L’ambition était initialement plus considérable encore. Le projet aurait dû paraître en quarante livraisons de quatre planches, soit 160 planches ; seule environ la moitié fut finalement menée à terme. Selon Brunet, le recueil n’aurait en outre été tiré qu’à 200 exemplaires.
L’intérêt de ces images tient aussi à leur date. Dessinés en 1843-1844, les monuments sont représentés avant les grandes campagnes archéologiques et les transformations qui modifièrent profondément plusieurs sites grecs dans la seconde moitié du XIXe siècle. Le regard reste celui d’un voyageur, mais le crayon est celui d’un architecte : Chenavard ne se contente pas de montrer les ruines, il en relève les formes, les dispositions et les détails.
Bel exemplaire de la suite la plus complète, avec les 81 planches effectivement connues, dont les deux planches supplémentaires XXVIIIbis et XLVIIIbis ignorées par la table. Quinze ans après le voyage, Chenavard donnait ainsi aux dessins pris sur place la forme définitive qu’il leur avait réservée : non plus les illustrations d’un récit, mais une inscription dans la mémoire des monuments qu’il avait vus.