
Édition originale de ce rare album publié à Lyon en 1861 par les presses de Louis Perrin, illustré de 15 planches hors texte gravées au trait sous serpentes légendées. En tête figure le portrait de Chenavard dessiné par Ingres à Rome en 1818, reproduit en fac-similé ; les autres planches, exécutées par Dubouchet, Séon et Thomassin, reprennent une sélection de dessins réalisés lors de son grand voyage de formation en Italie, en Sicile et en Istrie.
Reliure de l’époque en demi-basane verte à coins, dos à quatre nerfs sertis de pointillés et orné de doubles filets et fleurons dorés, triple filet doré encadrant les plats de cartonnage vert, titre doré au centre du premier plat, gardes et contreplats de papier à la cuve. Quelques épidermures au dos ; coins restaurés. Bel exemplaire, portant au titre le cachet humide de Chenavard.
Entre 1816 et 1818, Chenavard parcourt l’Italie avec plusieurs jeunes architectes de sa génération, voyaeant notamment avec Augustin-Nicolas Caristie, Jean-Aimé Moutier, François-Alexandre Duquesney et Henri Van Cleemputte. Rome, Naples, la Sicile et l’Istrie nourrissent alors des carnets dont les dessins originaux sont aujourd’hui conservés à la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art. Le médaillon présent sur la page de titre, représentant le temple d’Auguste et de Rome à Pola, illustre ce passage de l’Italie péninsulaire vers l’Adriatique.
Plus de quarante ans s’écoulent avant que Chenavard ne fasse finalement graver et publier une partie de ces études. Entre-temps, il a mené l’essentiel de sa carrière à Lyon, comme architecte du département du Rhône, puis professeur à l’École des beaux-arts ; au moment où paraît l’album, le voyage de 1816-1818 est un lointain moment de sa jeunesse. Il choisit d’en conserver les vues prises sur place, la dédicace à Caristie, compagnon d’une partie du voyage, et, surtout, le portrait qu’Ingres avait tracé de lui à Rome en 1818.
Ce portrait replace ce récit dans son époque : en 1861, par ce choix, Chenavard, ne se représente pas tel qu’il est devenu, mais tel qu’il était lorsqu’il découvrait encore l’Italie ; le vieil architecte place ainsi en tête de son album le visage du jeune homme qui avait vu ces paysages pour la première fois.