
Précieuse copie manuscrite du célèbre mémoire resté inédit du père dominicain espagnol Domingo Marti (1811-1852), haut missionnaire et vicaire apostolique au Viet Nam, rédigé dans ces contrées en 1841, contenant la biographie et le récit des circonstances de la mort violente des vingt-sept martyrs catholiques victimes de la répression de l’empereur Minh-Mang, le « Néron de l’Indochine ».
Reliure en pleine basane granitée, dos à cinq nerfs sertis de frises dorées et orné de doubles filets dorés, pièce de titre de basane noire, double filet à froid encadrant les plats, gardes et contreplats de papier à la cuve, reliure signée Victorio Arias, relieur à Madrid avec son tampon imprimé en tête d'une garde.
Ces faits constituent l’une des pages les plus sombres de l’histoire moderne du Viet Nam, et l’une des plus douloureuses de la présence occidentale dans ce pays.
Ce document contient aussi des précieux renseignements sur les mœurs, les us et coutumes des vietnamiens, des détails sur leur système de justice et sur leur mentalité. Dépassant le cadre historico-religieux, ce manuscrit livre une foule de détails sur les stratégies politiques de Minh Mang face aux occidentaux et sur les luttes intestines entre le pouvoir impérial, le mandarinat, les seigneurs et la population.
Notre exemplaire semble être celui cité par Palau y Dulcet, qui est décrit comme ayant « 250 pages » ; collationnement rigoureusement identique au présent manuscrit. Manuscrit établi dans les missions espagnoles du Viet Nam en 1841 et resté longtemps sur place dans la Maison des Dominicains du Tonkin Oriental.
Parfaitement lisible, il a été rédigé à l’encre noire sur papier fin de Chine.
L’introduction porte la signature autographe et le paraphe de l’auteur, le père Domingo Marti, ainsi que quelques corrections autographes de cet illustre prélat.
Titre encadré d’un double filet gras et maigre et orné d’un fleuron allongé dessiné à la plume.
Pour la rédaction de cet ouvrage le père Marti eut accès à des informations de première main livrées par des témoins oculaires et des documents originaux conservés dans les archives de son diocèse, outre les événements qu’il put constater lui-même. Dans ce vaste travail l’auteur présente tout ce qu’il a rigoureusement contrôlé et documenté, et il a soumis à des examens scrupuleux et dignes de la plus grande véracité tous les faits avancés. Il donne en guise d’introduction un précis sur l’histoire des missionnaires et des martyrs du Tonkin depuis 1627 jusqu’aux martyrs de 1837-1840.
Le manuscrit contient la vie, la passion et le martyre des bienheureux, avec des renseignements biographiques très intéressants, classés comme suit : – Agustin Huy, soldat chrétien, scié par le milieu du corps le 13 juin 1839. – Nicolas Thé, soldat chrétien scié par le milieu du corps le 13 juin 1839. – Domingo Dat, soldat chrétien, étranglé le 18 juillet 1839. – Ignacio Delgado, espagnol, évêque de Mellipotamie, vicaire apostolique du Tonkin oriental, meurt en prison le 12 juillet 1838. – Domingo Henares, espagnol, évêque de Fesseite, décapité le 25 juin 1838. – Vincente Do Yen, prêtre, décapité le 30 juin 1838. – Francisco Chiêu, catéchiste, décapité le 25 juin 1838. – José Fernandez, dominicain espagnol, décapité le 24 juillet 1838. – Pedro Juan ou Thuan, prêtre, mort en prison le 15 juillet 1838. – José Uyên ou Nguyen Dinh Upen, catéchiste, mort le 4 juillet 1838. – Bernardo Duê, prêtre, décapité le 1er août 1838. – Domingo Hânh, dit Diêu, dominicain, décapité le 1er août 1838. – José Dang Dinh (Nien) Vien, prêtre, décapité le 21 août 1838. – Pedro Tu ou Thi, prêtre, et six de ses compagnons, dont François -Xavier Ha Thong Mâu, catéchiste, Domingo Bui Van Uy, catéchiste, Agustin Nguyen Van Moi, laïc, Esteban Nguyen Van Vinti, laïc, Tomas Nguyen Van Du ou Dé, tailleur, tous décapités le 19 décembre 1839. – Domingo Tuoc, prêtre, assassiné le 2 avril 1839. – Francisco Tomas Du, prêtre, décapité le 26 novembre 1839. – Domingo Nguyen Van (Doan) Xuyen, prêtre, décapité le 26 novembre 1839. – Agustin Dien, catéchiste, égorgé, en novembre (?) 1839. – José Do Quang Hien ou Haon, prêtre, décapité le 9 mai 1840, frère d’Antonio Nguyen Huu Nam Quynh, laïc, décapité le 10 juillet 1840. – Tomas Toan ou Thieu, catéchiste, mort le 27 juin 1840. – Domingo Trach Doai, prêtre, décapité le 18 septembre 1840. – Un enfant, fils d’Augustin Huy, étranglé en juin 1838.
Ces bienheureux font partie d’un groupe de soixante-quatre martyrs morts entre 1798 et 1853, béatifiés le 27 mai 1900 par le pape Léon XIII. Ils constituent le groupe de cent-dix-sept martyrs du Viet Nam canonisés par le pape Jean-Paul II le 19 juin 1988.
Parmi ces bienheureux, on comptait dix prêtres français des Missions étrangères de Paris, onze dominicains espagnols, quatorze religieuses, et le plus lourd tribut payé par quatre-vingt-seize vietnamiens.
Une petite déchirure en pied du premier feuillet, gardes ombrées.
Le père Domingo Marti, frère de l’Ordre des Prêcheurs en 1827, est né à Morella (Castellon de la Plana), en Espagne, en 1811. Le 14 mai 1828, en compagnie de dix-sept autres frères, il part de Cadiz à bord de la frégate « Socorro » vers Manille, où il débarque le 24 octobre de la même année. Nommé prêtre en 1834, il est envoyé en 1837 à Cagayan, aux Philippines, puis la même année au Viet Nam. Le pape Grégoire XVI signa un bref pour sa nomination de vicaire apostolique en 1845, fait effectif sous le pontificat du pape Pie IX, en 1847. Monseigneur Marti est ensuite promu à la Mission du Tonkin Central, au Viet Nam, puis la même année il prend le titre d’évêque titulaire de Tricomia (Palestine). C’est en 1848, en qualité de vicaire apostolique du Tonkin Central, au Viet Nam, qu’il essuya les très violentes persécutions contre les catholiques de la part des autorités vietnamiennes. Le père Marti, dit Dua Thay Gia en tonkinois, est mort à Hong Kong dans la Maison de missionnaires français ad exteros lors de son retour vers Manille le 26 août 1852.
Il est auteur de quelques ouvrages et rapports épistolaires sur les martyrs massacrés en Extrême-Orient, dont le plus important est Memorias sobre XXVII venerables siervos de Dios, que en los años mil ochociontos [sic] treinta y ocho, treinta y nueve y cuarenta murieron por la Religion catolica en el Vicariato Apostolico, del Tun Kin Oriental, rédigés en 1841 et restés manuscrits. Le père Marti rédigea aussi un Año Cristiano en langue tonkinoise, avec les vies des saints de son ordre, resté également inédit. Histoire et politique du Viet Nam Cet ouvrage sur les martyrs du Tonkin s’inscrit dans une longue lignée d’événements historiques et socioculturels du Viet Nam. Le Tonkin a été sous domination chinoise depuis les débuts du premier millénaire jusqu’à l’année 939, date à laquelle le général Ngô Quyên (897-944) prend le pouvoir devenant le premier roi du Viet Nam, libérant en même temps son pays de la domination chinoise et fondant la dynastie Ngô. Le pays sera gouverné par des vice-rois en permanente guerre fratricide, les Douze Seigneurs, depuis la mort de Ngô Quyên en 944, jusqu’à l’année 968, date à partir de laquelle le Viet Nam sera gouverné par Dinh Bô Linh, le premier empereur du Dai Cô Viêt, l’ancêtre du Viet Nam. Cet empereur, au trône de 968 jusqu’à son assassinat en 979, est le fondateur de la dynastie des Dinh. De 980 à 1009, le pouvoir est contrôlé par la dynastie Lê antérieure, les Nhà Tiên Lê, célèbres pour avoir mis en échec l’invasion chinoise des Song. Trois dynasties vernaculaires, la Lê antérieure, la Ly et la Tran, garderont le pouvoir jusqu’au commencement du XVe siècle. Les chinois reprirent à nouveau le pouvoir pour une période brève. Issu de la dynastie Lê postérieure, qui donnera une succession de rois de 1428 à 1788, avec quelques interruptions, Soï, chef du parti national, après une longue guerre de dix ans qui coûta la vie à 300 000 chinois, selon les sources, obtint une indépendance relative pour son pays, néanmoins il est contraint de verser un tribut en fruits payé tous les trois ans. En 1523, Lê Du détrône son beau-père, le roi Coung Hoan, et inaugure la dynastie des Mac.