
Paris, Gervais Clouzier, 1666. In-4 de 5 ff. n. ch. et 436 pp.
Édition originale de la traduction française, établie par le père François-Célestin Le Comte, de l'ouvrage de Giovanni Filippo de Marini publié à Rome en 1663 sous le titre Delle missioni de' padri della Compagnia di Giesù nella provincia del Giappone, e particolarmente di quella di Tumkino. La traduction fut proposée la même année sous deux émissions de titre, Relation nouvelle et curieuse et Histoire nouvelle et curieuse des royaumes de Tunquin et de Lao, cette dernière correspondant au présent exemplaire. Cordier, Bibliotheca Indosinica, 1046 ; Streit, Bibliotheca Missionum, V, 1719 ; Sommervogel, V, 583.
Reliure de l'époque en plein veau brun granité, dos à cinq nerfs sertis de guirlandes dorées et orné de doubles caissons à fleurons dorés, tranches mouchetées. Dos habilement refait.
Les pages 181 à 184 sont répétées et la pagination passe de 284 à 289 sans lacune dans le texte. La première partie, des pages 1 à 327, contient la Relation nouvelle et curieuse du royaume de Tunquin ; la seconde, qui commence à la page 329, est consacrée au royaume de Lao.
Précieux exemplaire portant, en tête de la page de titre, l'ex-libris manuscrit de la Maison professe des Jésuites de Paris.
Né à Taggia, dans la république de Gênes, en 1608, Giovanni Filippo de Marini entra dans la Compagnie de Jésus en 1625 et fut ordonné prêtre en 1637. Il s'embarqua à Lisbonne le 26 mars 1640. Après Goa, une attaque de navires hollandais et de longues étapes à Malacca puis au Siam retardèrent sa progression vers l'Extrême-Orient. Il atteignit Macao en 1643 et le Tonkin à la fin de 1646, et y exerça son ministère pendant près de douze ans, jusqu'à son expulsion par Trịnh Tạc en juillet 1658.
Après un bref rectorat au collège Saint-Paul de Macao, Marini fut envoyé en Europe comme procureur de la mission et représentant de la province jésuite du Japon à la onzième congrégation générale de la Compagnie. C'est durant ce séjour qu'il réunit ses observations et les informations transmises par ses confrères dans les cinq livres des Delle missioni, publiés à Rome en 1663. Les trois premiers portent sur le Tonkin, le quatrième sur la Cochinchine, le Cambodge, le Siam, Makassar, Canton et Hainan, tandis que le cinquième est entièrement consacré au Laos.
Reparti de Lisbonne en 1666 avec un nouveau groupe de missionnaires, Marini fut désigné évêque de Macao par le roi de Portugal en 1671, mais cette nomination ne reçut jamais la confirmation pontificale et il ne fut pas consacré. La même année, il retourna au Tonkin, où les rivalités opposant les Jésuites liés au patronage portugais aux vicaires des Missions étrangères de Paris avaient profondément modifié le paysage missionnaire. Arrêté en mars 1673, il fut définitivement expulsé en septembre. Établi ensuite à Macao, il devint en 1680 visiteur de Chine et du Japon et conserva cette fonction jusqu'à sa mort, le 17 juillet 1682.
La première partie de l'ouvrage demeure l'un des grands témoignages jésuites sur le Tonkin du XVIIe siècle. Marini y décrit la configuration du royaume, ses productions et ses cours d'eau, mais aussi la structure du pouvoir, la magnificence de la cour, les mœurs des habitants et les cérémonies funéraires des souverains. Son regard est celui d'un missionnaire européen, avec les jugements religieux propres à son temps, mais son long séjour lui permet de transmettre une expérience directe de la société qu'il observe. Aux côtés des relations de Cristoforo Borri, d'Alexandre de Rhodes et de Joseph Tissanier, son livre participa fortement à la connaissance européenne de la péninsule indochinoise.
La relation du Laos possède une valeur différente. Marini ne semble pas avoir lui-même séjourné dans le royaume et s'appuie principalement sur les récits de confrères, en particulier sur les informations issues de la mission de Giovanni Maria Leria à Vientiane. Il en donne néanmoins l'une des premières descriptions substantielles accessibles aux lecteurs français, abordant le territoire, les richesses, les forces du royaume, les caractères prêtés à ses habitants, la cour et le gouvernement. Cette médiation missionnaire n'enlève rien à la portée pionnière d'un texte consacré à une région alors presque absente de la littérature géographique européenne.
La provenance de la Maison professe donne à cet exemplaire une cohérence particulière. Installée rue Saint-Antoine, cette maison était l'un des principaux centres spirituels et intellectuels de la Compagnie à Paris. Sa bibliothèque, enrichie au siècle suivant par les legs de Pierre-Daniel Huet, de Gilles Ménage et du père Tournemine, comptait environ trente mille volumes en 1754. Elle ne possédait pas d'estampille régulière : sa provenance est souvent signalée, comme ici, par une mention manuscrite portée sur le titre. Après la suppression de la Compagnie en France, les collections furent inventoriées et en grande partie dispersées en 1763.
Rare édition originale française, conservée dans sa reliure de l'époque et provenant de la Maison professe des Jésuites de Paris. Né de l'expérience directe de Marini au Tonkin et des informations recueillies au sein du réseau missionnaire pour le Laos, ce livre fit passer les connaissances élaborées aux confins de l'Asie jusqu'au cœur de la bibliothèque parisienne de la Compagnie.