
Paris, Pierre David, 1651. Petit in-8. Quatre ouvrages reliés en un volume.
Seconde édition des Divers traictez, à sçavoir, de la nature des bains de Bourbon, & des abus qui se commettent à présent en la boisson de ces eaux, avec une instruction pour s'en servir utilement. De la Macreuse. De la Poudre de sympathie, dont la première édition avait paru chez le même libraire en 1650. Le texte est précédé d'une épître à Messire Baltazar du Mont, chevalier et baron de Neufuy Saint-Sépulcre, ornée d'un bandeau gravé aux armes fleurdelisées. 4 ff. n. ch., 148 et 56 pp., 2 ff. n. ch.
Ont été reliés à la suite :
Nicolas Papin, Nicolai Papinii Blesensis M. D. De pulvere sympathico dissertatio. Paris, Siméon Piget, 1650. 8 ff. n. ch., le dernier blanc, et 40 pp.
Nicolas Papin, La poudre de sympathie, deffendue contre les objections de Mr. Cattier, médecin du Roy. Paris, Siméon Piget, 1651. 4 ff. n. ch. et 56 pp.
Isaac Cattier, Response à Monsieur Papin Docteur en Medecine, touchant la poudre de sympathie, en laquelle est traicté de l'Esprit universel, & des propriétez de l'Ayman. Paris, Edme Martin, 1651. 87 pp.
Reliure en plein maroquin vert sapin, dos à cinq nerfs sertis de pointillés dorés et orné de doubles caissons richement décorés, roulettes dorées sur les coiffes, triples filets dorés encadrant les plats, doubles filets dorés sur les coupes, dentelle intérieure, gardes et contreplats de papier peigné, toutes tranches dorées. Ex-libris gravé aux armes contrecollé sur un contreplat. Élégante reliure signée Krafft.
Très bel exemplaire, parfaitement établi.
Ce recueil rassemble dans leur succession presque immédiate les quatre textes essentiels de la querelle qui opposa Isaac Cattier à Nicolas Papin sur la poudre de sympathie. Il permet de suivre la controverse depuis la dissertation latine de Papin, parue une première fois en 1647 et réimprimée ici en 1650, jusqu'aux deux répliques françaises échangées l'année suivante.
La poudre de sympathie appartenait à la tradition paracelsienne de l'onguent armaire. Elle ne devait pas être appliquée directement sur la plaie, mais sur l'arme qui l'avait produite ou sur un linge imprégné du sang du blessé. La blessure, simplement nettoyée et protégée, était supposée guérir à distance par l'effet d'une correspondance invisible entre le corps, le sang et l'objet traité.
L'affrontement ne portait donc pas seulement sur l'efficacité d'un remède. Il engageait la possibilité même d'une action à distance. Papin défendait l'existence d'une sympathie naturelle capable de relier des corps séparés. Cattier soumettait au contraire cette causalité aux exigences de la raison médicale et à l'adage selon lequel aucun agent ne peut agir là où il n'est pas. À travers la poudre se trouvaient ainsi discutées les frontières entre médecine, magnétisme, philosophie naturelle et magie.
Le désaccord fut encore compliqué par un malentendu bibliographique. Papin crut reconnaître dans le discours de Cattier une réfutation directe de sa dissertation. Dans sa Response de 1651, Cattier protesta qu'il n'avait pas eu connaissance du texte de son adversaire lorsqu'il avait composé son premier traité. Le présent volume réunit précisément les pièces de ce dialogue contrarié : la thèse, l'objection, la défense et la réponse à la défense.
Cette polémique française précède de plusieurs années le discours par lequel le chevalier anglais Kenelm Digby allait donner à la poudre de sympathie sa plus grande célébrité européenne. Prononcée devant une assemblée savante à Montpellier en 1657, puis publiée en 1658, son intervention reprenait le même problème de la guérison à distance et cherchait à l'expliquer par les mouvements de particules et les mécanismes invisibles de la nature. Le débat Cattier-Papin montre que cette matière agitait déjà les médecins français avant que Digby ne lui confère l'éclat d'une démonstration mondaine.
Les autres traités de Cattier prolongent cette interrogation sur les limites du vraisemblable. Son étude des bains de Bourbon appartient à l'essor contemporain du thermalisme médical. La station de Bourbon-l'Archambault bénéficiait alors de la protection de Gaston d'Orléans et de l'activité de Charles Delorme, médecin de la cour, qui contribua à y attirer les grands personnages du royaume. Cattier examine les vertus des eaux, mais aussi les abus de leur consommation, inscrivant le merveilleux thermal dans une pratique qu'il entend régler et raisonner.
Plus singulier encore, le traité de la macreuse se place au croisement de l'histoire naturelle, de la gastronomie et de la théologie. Cet oiseau aquatique passait depuis le Moyen Âge pour naître spontanément d'algues, de coquillages ou de bois pourri. Une telle origine permettait de l'assimiler au poisson et d'en autoriser la consommation pendant le carême. Du Bartas avait donné à cette croyance sa formulation la plus saisissante :
« Ainsi le vieil fragment d'une barque se change
En des canards volants, ô changement étrange,
Même corps fut jadis arbre verd, puis vaisseau,
Naguère champignon et maintenant oyseau ! »
Dans un même livre coexistent ainsi les eaux curatives, l'oiseau engendré par le bois et la poudre capable de fermer une plaie sans la toucher. Mais Cattier ne les accueille pas avec une crédulité uniforme. Son écriture révèle au contraire un savoir médical en mouvement, encore entouré de traditions merveilleuses, mais déjà soucieux de distinguer l'observation, l'autorité et la preuve.
Rare réunion des quatre textes essentiels de la controverse Cattier-Papin, dans une remarquable reliure de Krafft. Au coeur du Grand Siècle, ce volume saisit la médecine au moment où elle tente de soumettre les forces invisibles de la nature à la discussion rationnelle, sans avoir encore entièrement rompu avec le merveilleux.