
Édition originale posthume des Epidemiorum et ephemeridum libri duo de Guillaume de Baillou, établie et annotée par Jacques Thévart, qui la dédie à Charles Bouvard, premier médecin de Louis XIII. Elle est précédée d'une adresse au lecteur de Baillou. Titre imprimé en rouge et noir, orné de la marque de l'imprimeur. Collation : titre, 9 ff.n.ch., 273 pp., 9 ff.n.ch. (Krivatsy 588 ; Garrison-Morton 1673, 5047 et 5085).
Sont reliés à la suite trois autres traités de Baillou, également publiés par Jacques Thévart chez Quesnel, tous en édition originale.
Le premier, Definitionum medicarum liber, est un traité consacré aux définitions médicales et à l'interprétation de passages difficiles d'Hippocrate et de Galien. Publié pour la première fois en 1639, il est ici présenté sous un titre de relais daté de 1640 (titre imprimé en rouge et noir, 9 ff.n.ch., 108 pp., 4 ff.n.ch. ; Krivatsy 587 ; Garrison-Morton 6796). Par une erreur de reliure, son titre et ses feuillets liminaires ont été placés à la suite de ceux des Epidemiorum, tandis que le corps du texte figure après les 273 pages du premier ouvrage.
Le deuxième, Commentarius in libellum Theophrasti De vertigine, donne le texte grec et latin du traité de Théophraste sur le vertige, accompagné du commentaire de Baillou (titre, 1 f.n.ch. de dédicace, 41 pp., 1 f.n.ch. ; Krivatsy 582).
Le troisième, De convulsionibus libellus, est consacré aux convulsions (titre, 7 ff.n.ch., 51 pp., 2 ff.n.ch. ; Krivatsy 585).
Krivatsy décrit un recueil constitué des mêmes quatre ouvrages et suggère qu'ils ont pu être publiés ensemble. La réunion présente dans notre exemplaire ne serait donc pas nécessairement le résultat d'une initiative particulière de son premier possesseur, mais pourrait correspondre à une formule de diffusion adoptée par l'éditeur.
Reliure de l'époque en plein vélin rigide ivoire, dos à quatre nerfs portant le nom de l'auteur manuscrit à l'encre noire, roulettes à froid sur les coiffes, filets dorés soulignant les nerfs et encadrant les plats, tranches mouchetées de rouge. Un accident sur le quatrième nerf, quelques petits manques de vélin sur les plats et des manques angulaires aux premier et dernier feuillets de garde blancs.
Guillaume de Baillou (1538-1616), élève de Jean Fernel et doyen de la Faculté de médecine de Paris en 1580, fut l'un des plus importants cliniciens français de la Renaissance. Henri IV lui proposa en 1601 la charge de premier médecin du dauphin, futur Louis XIII, qu'il déclina. Si quelques-uns de ses écrits avaient paru de son vivant, l'essentiel de son œuvre demeura manuscrit jusqu'à sa mort. Jacques Thévart entreprit d'en assurer la publication posthume à partir de 1635, donnant ainsi accès à plusieurs décennies d'observations et de réflexions médicales.
Les Epidemiorum et ephemeridum libri duo occupent une place particulière dans cet ensemble. Baillou y consigne les maladies observées à Paris entre 1570 et 1579, en les rapportant aux saisons, aux variations du climat et aux circonstances de leur apparition. Reprenant la méthode des Épidémies d'Hippocrate, il considère les maladies non seulement dans leurs manifestations individuelles, mais aussi dans leur distribution au sein d'une population et leurs relations avec les conditions atmosphériques. Cette attention aux « constitutions épidémiques », qui trouvera un prolongement dans l'œuvre de Thomas Sydenham au siècle suivant, lui a valu d'être regardé comme l'un des précurseurs majeurs de l'épidémiologie moderne.
Parmi les observations rapportées figurent celles d'une épidémie de diphtérie survenue à Paris en 1576, ainsi qu'une description de la tussis quintana, identifiée à la coqueluche. Garrison-Morton retient l'ouvrage sous trois références distinctes pour sa contribution à la doctrine des constitutions épidémiques et pour ces deux descriptions cliniques. Bariéty et Coury soulignent également la place de Baillou parmi les grands maîtres de la pathologie infectieuse, rappelant qu'il fut le premier à individualiser la tussis quintana, ultérieurement désignée sous le nom de coqueluche.
L'importance de ces observations tient aussi à leur méthode. Plutôt que d'isoler les symptômes de leurs circonstances, Baillou suit les maladies dans leur développement, leur succession et leurs variations saisonnières ; il construit ainsi, à partir de la pratique médicale parisienne, une histoire des épidémies attentive à leur évolution dans le temps. Ses deux livres, demeurés longtemps une référence de la médecine d'observation, ont fait l'objet en 2021 d'une édition critique bilingue établie et traduite par Joël Coste et Hélène Maggiori aux Belles Lettres.
La dédicace de Jacques Thévart à Charles Bouvard inscrit cette publication dans le milieu médical de la cour de Louis XIII. Premier médecin du roi depuis 1628, Bouvard avait reçu en 1635 la surintendance du Jardin royal des plantes médicinales, ouvert au public précisément en 1640. Le choix de ce dédicataire, placé à la tête d'une institution nouvelle consacrée à l'enseignement et à l'étude des plantes médicinales, accompagne ainsi la remise en circulation d'une œuvre issue de la tradition clinique de la Faculté de Paris.
Réunion de quatre éditions originales posthumes, conservées dans une même reliure en vélin du XVIIe siècle, dont la composition trouve un parallèle dans l'exemplaire décrit par Krivatsy. Les Epidemiorum, qui transmettent les observations parisiennes de Baillou et l'une des premières descriptions cliniques de la coqueluche, y voisinent avec trois autres traités publiés sous les soins de Thévart ; leur rapprochement, jusque dans le titre de relais de 1640 des Definitionum medicarum, conserve la trace matérielle de cette entreprise éditoriale.