
Ensemble complet de la correspondance interzone d'Henri Calet à son épouse Marthe Barthelmess, écrite du 18 janvier au 2 février 1941, au moment où l'écrivain franchit clandestinement la ligne de démarcation puis attend à Lyon, auprès de Pascal Pia, de trouver un emploi avant de rejoindre Tarbes.
Ensemble complet de 2 cartes postales interzones et 6 lettres autographes signées, écrites par Henri Calet (Raymond Barthelmess) à son épouse Marthe Barthelmess, née Klein, entre le 18 janvier et le 2 février 1941 (16 jours) :
Lettre. [Lyon], dimanche 19 janvier 1941 [et lundi 20 janvier.] 2 feuillets recto verso.
Lettre. Lyon, 22 janvier 1941 [et 23 janvier]. 2 feuillets recto verso.
En-tête : « Café-restaurant Paufique, 6 rue de la Barre [Lyon] »
Lettre. [Lyon], 24 janvier 1941 [et 25, 26 et 27 janvier]. 3 feuillets recto verso.
Lettre. [Lyon], 27 janvier 1941 [et 28, 30 janvier]. 2 feuillets recto verso.
Lettre. [Lyon], 30 janvier 1941 [et 31 janvier]. 2 feuillets recto verso.
On trouve un ajout manuscrit au crayon de Marthe, au verso du 2e feuillet.
Lettre. [Tarbes], 2 février 1941. Un feuillet recto. Cette lettre présente un trou en son milieu, côté gauche, qui n’affecte pas vraiment sa lecture.
Les deux cartes postales, expédiées sous le nom d'emprunt d'André Jullien, cousin belge réel de Calet, sont adressées au domicile parisien du couple, 26 rue de la Sablière, dans le XIVe arrondissement.
Récit au jour le jour du passage de la ligne de démarcation à pied, en pleine neige, en compagnie de plusieurs compagnons de fortune et d'un passeur, puis chronique minutieuse de la vie d'un démobilisé désœuvré à Lyon : démarches administratives, recherche d'un emploi, système clandestin de correspondance organisé via Pascal Pia et le journal Paris-Soir replié en zone libre, fréquentation quotidienne du cercle des journalistes réfugiés (Georges Altman, Gaston Bonheur, entre autres), avant l'installation à Tarbes chez une amie et l'attente de l'arrivée de Marthe.
Pascal Pia, alors secrétaire de rédaction de Paris-Soir à Lyon, occupe une place centrale dans cette correspondance : il accueille Calet, dîne avec lui presque chaque soir, multiplie en vain les démarches pour lui trouver du travail, et sert de relais postal pour les lettres, via un système de triple enveloppe décrit en détail par Calet lui-même. C'est sur ses conseils que Calet entreprendra, deux ans plus tard, l'écriture du Bouquet, roman de sa captivité de 1940 publié chez Gallimard en 1945 et dédié à Pia : les lettres, écrites à chaud, forment ainsi la matrice vécue et datée d'un texte que Calet ne romancera que plus tard, offrant un point de comparaison précieux entre l'expérience immédiate et sa transposition littéraire.
Cet ensemble rassemble donc, dans sa continuité et sa complétude, la totalité de la correspondance conservée pour cette période charnière de la vie de Calet, entre le franchissement de la ligne, la démobilisation et le départ pour Tarbes qui allait, quelques années plus tard, mener à l'écriture du Bouquet.
Peu après son mariage, une commission de réforme le juge apte au « service armé et motorisé » : Calet est affecté dans une compagnie de mitrailleurs à Auxerre, qu'il rejoint le 17 avril à la caserne Vauban. Fait prisonnier le 15 juin à Coulanges-sur-Yonne, il est interné deux semaines au camp de la Forêt, à Clamecy, tandis que Marthe et les parents de Calet ont fui Paris à pied trois jours plus tôt, dans la débâcle générale ; ils passeront trois mois en Dordogne, dans une école de jeunes filles. Transféré à la caserne Vauban où il demeure prisonnier durant le mois de juillet, le caporal Barthelmess est ensuite affecté à l'usine Hotchkiss (AKP 531), parc de réparation de tanks, où il exerce la fonction d'interprète de bureau. Le 21 décembre, avec la complicité de son épouse, il s'évade et regagne Paris, où il vit désormais dans la clandestinité, réfugié dans une mansarde, avant de se résoudre à quitter la capitale.
Ce corpus épistolaire couvre une période très brève, seize jours exactement. Calet quitte Paris le 17 janvier 1941 et franchit la ligne de démarcation les 18 et 19 janvier, en compagnie de trois hommes et d'un passeur, à travers les villages de Laives et Sennecey-le-Grand, en Saône-et-Loire, avant de rejoindre Lyon en train via Mâcon. C'est d'abord le récit de cette traversée qu'il livre à son épouse.
À Lyon, capitale de la France encore libre, Calet trouve refuge auprès de son ami Pascal Pia, secrétaire de rédaction au journal Paris-Soir, qui multiplie sans compter les démarches pour lui trouver du travail, en vain. Logé d'abord dans un hôtel miteux puis à l'Hôtel du Portugal, rue Dunois, seul et désœuvré, il trouve néanmoins quelque réconfort à flâner avec Pia et à dîner presque chaque soir chez lui, en compagnie de son épouse Suzanne et de leur fille Colette. Il se fait démobiliser à la caserne de la Vitriolerie le 21 janvier, multiplie les démarches pour trouver un emploi, écrit à ses relations dispersées par la guerre, et prépare surtout son départ pour Tarbes, où une amie, Renée Ballon, professeure rencontrée avant-guerre, lui propose l'hospitalité. C'est dans cette perspective qu'il prodigue à Marthe des conseils précis pour qu'elle puisse à son tour franchir la ligne et le rejoindre dans les Hautes-Pyrénées. Ces lettres, dans leur seconde partie, sont bien celles d'un ex-prisonnier désœuvré, d'un écrivain rendu à la vie civile mais sans emploi ni horizon certain.
Au-delà de leur valeur de témoignage, sur le franchissement de la ligne de démarcation comme sur le quotidien d'un démobilisé en 1941, ces lettres recoupent précisément les événements que Calet relatera dans les dernières pages du Bouquet, souvenirs de captivité légèrement romancés, rédigés en 1942-1943 et publiés chez Gallimard en 1945. Elles constituent à ce titre une source de comparaison indispensable et unique pour l'étude de ce roman.