
Édition originale de cette nouvelle Histoire générale des voyages, mise en ordre et complétée jusqu'aux découvertes contemporaines par le baron Charles-Athanase Walckenaer (1771-1852). Publiée à Paris de 1826 à 1831 en vingt et un volumes in-8, elle constitue la seule partie jamais parue d'une entreprise qui devait initialement atteindre une soixantaine de volumes. Les quatre derniers tomes sont dus à Jean-Baptiste-Benoît Eyriès. Brunet V, 1041 ; Quérard X, 472 ; Gay 299 ; Hoefer XLVI, 498.
Reliures de l'époque en demi-maroquin rouge de Russie à coins, dos à cinq nerfs, encadrements de filets à froid sur les plats, papier marbré sur les plats, gardes et contreplats, têtes dorées, autres tranches non rognées. Quelques éraflures sur certains plats, quelques dos légèrement passés, quelques rousseurs.
L'ensemble est illustré de trois cartes hors texte dressées par Auguste-Henri Dufour sous la direction de Walckenaer et placées à la fin des tomes XVI, XVII et XVIII : Sénégambie et Côte occidentale d'Afrique depuis le Cap Blanc jusqu'au Cap Sainte-Anne (1828) ; Congo, Angola et Benguella (1829) ; Guinée entre la Sierra Leone et le passage de la Ligne (1830), qui participent directement à l'entreprise de mise à jour géographique voulue par Walckenaer.
Le projet était considérable : reprendre l'immense tradition des relations de voyage, en réordonner la matière et la prolonger jusqu'aux explorations les plus récentes. Les vingt et un volumes publiés furent tous consacrés à l'Afrique. Walckenaer y rassemble les premières navigations portugaises, vénitiennes et anglaises le long des côtes africaines, puis les relations de Le Maire, André Brüe, Villault de Bellefonds, Adanson, l'abbé Demanet, La Jaille, Pruneau de Pommegorge, des Marchais, Golberry, Mungo Park, Geoffroy de Villeneuve, Mollien et de nombreux autres voyageurs.
L'ambition dépasse cependant le simple récit des itinéraires. Commerce européen, géographie, histoire naturelle, religions, coutumes et descriptions des sociétés africaines viennent compléter les voyages eux-mêmes. L'ensemble constitue ainsi une vaste synthèse des connaissances européennes sur le continent, construite à partir de plusieurs siècles de témoignages et confrontée aux progrès de la géographie du début du XIXe siècle.
Le tome IV conserve notamment le récit du destin exceptionnel d'Ayuba Suleiman Diallo, connu en Europe sous le nom de Job Ben Salomon. Lettré musulman peul issu d'une famille de haut rang du Boundou, il fut capturé en Sénégambie au début des années 1730, transporté dans le Maryland, puis affranchi avant de séjourner en Angleterre et de retourner en Afrique en 1734. Son histoire, transmise notamment par le récit publié par Thomas Bluett, constitue l'une des plus anciennes biographies d'un Africain victime de la traite atlantique et un cas exceptionnellement précoce de retour sur le continent africain après l'esclavage en Amérique.
La conduite de l'entreprise passa finalement de Walckenaer à Eyriès pour les quatre derniers volumes, sans que le programme universel annoncé ait jamais été poursuivi au-delà de l'Afrique. L'inachèvement même du projet donne aujourd'hui à cette série sa physionomie singulière : conçue comme le commencement d'une histoire générale du monde par ses voyageurs, elle est devenue, de fait, une vaste encyclopédie historique et géographique de l'Afrique.
Provenance : bibliothèque du château de Rosny, avec l'ex-libris gravé par Stern portant la mention « Château de Rosny - La Solitude », marque associée par la documentation patrimoniale à la bibliothèque de la famille Lebaudy. Le domaine fut acquis en 1869 par Gustave Lebaudy ; la bibliothèque fut ensuite conservée et enrichie par plusieurs générations de la famille jusqu'à la vente du château en 1955. En l'absence d'une seconde marque nominative, il est préférable de rattacher cet exemplaire à la bibliothèque de Rosny et à la famille Lebaudy dans son ensemble plutôt qu'à l'un de ses membres en particulier.
Conçue pour embrasser l'histoire universelle des voyages, l'entreprise de Walckenaer ne dépassa jamais l'Afrique ; ces vingt et un volumes forment ainsi le monument inattendu d'un projet inachevé, où plusieurs siècles de navigation, d'exploration et de savoir européen sur le continent africain furent réunis dans une même synthèse.