
Édition originale de la traduction française établie par le juriste parisien Luc de La Porte, docteur en droit (cf. Cordier, Sinica, 12 ; Sabin 27780 ; Palau 105509 ; Alden, European Americana, 588/37 ; Leclerc [1878], 258 ; Streit IV, 1999 ; Atkinson, 339).
Paris, chez Jérémie Périer, 1588.
Deux parties reliées en un volume in-8 de 12 ff. n. ch., 112 ff., 323 ff. - avec erreurs de foliotation - et 25 ff. n. ch. de table et d’errata.
Reliure de l’époque en plein veau brun, dos à cinq nerfs orné de doubles caissons dorés, tranches rouges. Restaurations aux mors et au dos ; liserés dorés en partie estompés sur les coupes. Petite tache brune marginale en début de volume, déchirure marginale à la page 62.
L’exemplaire porte, sur le titre, un ex-libris manuscrit ancien : « Cadt. Berdeilh ». Il est accompagné, sur le feuillet de garde, d’une lettre autographe signée de Marie de Berdeilh, datée de Mirepoix le 10 janvier, ainsi que d’une reconnaissance de dette de la même main portée sur le premier contreplat. Ces éléments conservent les traces d’une possession familiale méridionale qui n’a pu être identifiée avec précision. Autre provenance plus tardive et mieux documentée : Gaston Héliot (1879-1936), qui semble avoir poursuivi l’activité paternelle de marchand parisien de porcelaines et d’émaux cloisonnés de Chine. Il fut vice-président de la Société des Amis du musée Cernuschi dans les années 1920 et donateur de plusieurs objets chinois à ce musée entre 1922 et 1924.
Cette traduction française donne accès à l’une des relations les plus influentes sur la Chine publiées en Europe au XVIe siècle.
Composée par l’augustin Juan González de Mendoza - né à Torrecilla en Cameros en 1545 et mort évêque de Popayán en 1618 -, l’œuvre naît d’une mission avortée. Envoyé par Philippe II en 1580 comme ambassadeur auprès de l’empire chinois, Mendoza voit son voyage s’interrompre en Nouvelle-Espagne, où il demeure trois années sans obtenir du vice-roi l’autorisation de poursuivre sa route. C’est de cette attente que sortira son livre, compilé à partir de sources espagnoles et portugaises plutôt que d’une observation directe. Le texte n’en devient pas moins, dès sa parution à Rome en 1585, un immense succès européen, bientôt traduit en italien, en allemand, en anglais, en néerlandais et en latin.
Parue à Paris trois ans après l’originale espagnole, la traduction de Luc de La Porte présente en outre l’intérêt d’intégrer, dans sa seconde partie, deux relations de voyage expressément annoncées sur le titre. La première est celle du franciscain Martín Ignacio de Loyola, parent de saint Ignace, passé à la postérité pour avoir accompli deux tours du monde consécutifs dans des directions opposées. La seconde, particulièrement importante, concerne l’expédition espagnole conduite par Antonio de Espejo au Nouveau-Mexique entre novembre 1582 et septembre 1583 : l’une des toutes premières diffusions imprimées en Europe du récit de cette exploration.
Rarissime édition originale française d’un texte fondateur de la sinologie occidentale, enrichi d’un dossier américain de tout premier plan sur la découverte du Nouveau-Mexique, conservée dans sa reliure d’époque en veau et dotée d’une provenance documentée dans le grand commerce parisien des chinoiseries au XXe siècle.