
Deuxième édition, publiée l'année suivant l'originale. Texte en grec et en latin.
Illustrée d'une devise de l'imprimeur au titre, bandeaux, lettrines et culs-de-lampe.
Superbe reliure en maroquin rouge, dos à cinq nerfs avec le chiffre couronné de Colbert, centre des plats frappé à ses armes, triple filet doré en encadrement, roulette dorée sur les coupes, toutes tranches mouchetées, dos très légèrement insolé, discrets frottements sur les coins, coupes et coiffes, une épidermure sur le second plat et une infime trace sombre sur un des caissons du dos.
Somptueux exemplaire habillé de maroquin aux armes et chiffre de Jean-Baptiste Colbert. Le célèbre ministre de Louis XIV est aussi connu pour avoir fait l'acquisition d'un vaste ensemble comprenant des témoins manuscrits byzantins et des imprimés de Grégoire de Nazianze, théologien du IVe siècle, docteur de l’Église, et évêque de Constantinople. Le second fils du ministre, Jacques-Nicolas Colbert (1655-1707), docteur en théologie, deviendra justement archevêque de Nazianze comme son illustre prédécesseur. Il le collectionnera à son tour, et fera revêtir de ses propres armes une édition postérieure des oeuvres de Nazianze (Bibliothèque de l'Institut des Sources Chétiennes, Lyon).
En tête de la page de titre, figure l'ex-libris de Jean-Baptiste Colbert rédigé à la main par son bibliothécaire Etienne Baluze. La somptueuse reliure est en "maroquin du Levant que diplomates et savants sont priés de rechercher en même temps que les livres, médailles et manuscrits [...]. Un mémoire conservé dans les archives de la Bibliothèque du Roi mentionne de 1668 à 1683 l'emploi de quatre mille cent quatre peaux de maroquin dont mille huit cent vingt sont destinées à la Colbertine. Le relieur habituel est Éloy Le Vasseur qui travaille également pour la Bibliothèque du Roi et dont les reçus et mémoires figurent régulièrement sur les registres de Carcavy et de Baluze. Apparaît aussi une fois le nom de Bernard Picart. La reliure en veau ou, plus souvent, en maroquin rouge à filets dorés porte généralement au centre des plats les armes "d'or à la couleuvre ondoyante en pal d'azur ", surmontées, les premiers temps, d'un heaume ouvert de face à sept barreaux, le dos à nerfs portant alors sur les entrenerfs le titre de l'œuvre en capitales dorées et un fer en forme de losange‘. En 1668, Colbert fait graver par Simon Thomassin père quatre cachets pour sa bibliothèque. Il s'agit sans doute des armoiries surmontées de la couronne de marquis et entourées des colliers des ordres du roi dont le ministre a été nommé grand trésorier en 1665. Le dos porte désormais le titre et le chiffre formé des initiales JBC entrelacées, parfois accompagnées de la couleuvre, dans un encadrement de dentelle" rapporte Denise Bloch (Histoire Des Bibliothèques Françaises - t. II, Les Bibliothèques Sous L'ancien Régime 1530-1789). En 1672, Simon Thomassin grave de nouveaux chiffres - une note de la page de garde date le fer de reliure de ce dernier jeu d'armes.
A l'instar de son ancien protecteur le Cardinal Mazarin, Colbert réunit l'une des plus importantes et belles bibliothèques de France qu'il n'eut de cesse d'enrichir jusqu'à la fin de sa vie. Bibliomane avant l'heure, il mandata de nombreux correspondants chargés de dénicher les ouvrages non seulement en province, mais à travers toute l'Europe. Sa bibliothèque comme celle du roi dont il avait la charge devinrent les grands réservoirs européens de la philologie grecque : acquisitions, copies et regroupements de manuscrits firent affluer à Paris des centaines de sources destinées à nourrir les travaux des hellénistes et des éditeurs savants. Deux mois après la mort de Colbert, en 1683, sa famille fit procéder à l'inventaire des livres de sa bibliothèque, constituée de plus de 20 000 volumes imprimés et plus de 8 000 manuscrits anciens. Les collections de livres de la Colbertine échurent d'abord au marquis de Seignelay, puis à l'archevêque de Rouen Jacques-Nicolas Colbert, puis enfin au petit-fils de Colbert Charles-Eleanor, comte de Seignelay :
" Ce dernier s’en défit en 1728 par une vente publique qui, annoncée en avril dans le Mercure de France, commenga le 24 mai et dura plusieurs mois a raison d’une vacation hebdomadaire; en juillet, 150 libraires parisiens en demandent l’arrêt dans une requête au chancelier, son ampleur causant une extinction totale du commerce dans les boutiques !" (Denise Bloch, cat. expo., Colbert 1619-1683, Hotel de la Monnaie Paris 4 Octobre-30 Novembre 1983)
Notre ouvrage apparaît dans le catalogue de la vente de la bibliothèque de Colbert sous le numéro 12332, qui comprend de nombreuses oeuvres et commentaires sur Grégoire de Nazianze (n°4558, 4559 et 5173).
Provenance : Jean-Baptiste Colbert (Bibliotheca Colbertina, 1728, II, n°12332) ; ex-libris manuscrit du XVIIIe siècle sur la page de titre : "Cav. Ren. De Boinon" ; Giorgios Avanitidis, ex-libris en pièce de maroquin rouge estampé à l'or sur la seconde garde : ex-libris "PLC" en pièce de maroquin verte estampée à l'or sur la seconde garde.