
Édition originale, publiée à Paris chez Nepveu en 1812 en six volumes, illustrée de 72 planches hors texte gravées par Lambert, pour la plupart réduites d’après celles de Dalvimart pour son Costume of Turkey publié à Londres en 1802. Exemplaire complet des planches ; sans l’avis au relieur ni le feuillet relatif à l’orthographe des mots arabes, pièces qui manquent à de nombreux exemplaires.
Reliures de l’époque en plein veau fauve granité. Dos lisses, légèrement éclaircis, ornés de filets, guirlandes et personnages dorés ; pièces de titre et de tomaison de maroquin cerise ; roulettes dorées sur les coiffes ; encadrements de dent-de-rat, filets et guirlandes dorés sur les plats ; gardes et contreplats de papier à la cuve ; torsade dorée en encadrement des contreplats ; pointillés dorés sur les coupes ; toutes tranches dorées. Petits trous de vers en queue des dos des volumes II et III, quelques frottements sur certains dos et certaines coiffes, quelques coins émoussés. Quelques rousseurs, sinon agréable exemplaire.
Peintre attaché en 1797 à la mission de l’ingénieur Ferregeau auprès du sultan Sélim III, Antoine-Laurent Castellan séjourna plusieurs mois à Constantinople, où il dessina sur le vif la ville, ses habitants et ses usages. De cette expérience devaient naître ses Lettres sur la Morée et sur Constantinople, puis le présent ouvrage, conçu dans un format plus maniable et plus systématique, où l’observation personnelle se mêle à une documentation historique, ethnographique et philologique plus ample.
Castellan compléta en effet ses propres notes par les textes et traductions orientales que lui communiqua Louis-Mathieu Langlès, fondateur et premier directeur de l’École spéciale des langues orientales et conservateur des manuscrits orientaux de la Bibliothèque impériale. Le livre embrasse ainsi les costumes, la cour, le sérail, les usages religieux, l’administration, les arts, les métiers et la vie quotidienne ; l’iconographie, largement issue de Dalvimart, donne à cette matière savante une forme immédiatement lisible.
Le succès de l’ouvrage dépassa rapidement la France. Le 28 août 1813, Lord Byron, qui travaillait alors encore à The Giaour, le recommande à Thomas Moore en ces termes : “the best compendium of the kind I ever met with, in six small tomes.” Quelques jours plus tard, le 1er septembre, il lui envoie lui-même l’ouvrage. Ce geste suffit à mesurer la place que pouvait tenir Castellan dans la bibliothèque mentale des écrivains romantiques qui cherchaient alors dans l’Orient ottoman non seulement un décor, mais un ensemble précis de formes, de coutumes et de récits.
De Constantinople aux lectures de Byron, ces six petits volumes suivent ainsi une trajectoire singulière : nés de l’observation directe de Castellan, enrichis par la science de Langlès, puis recommandés d’un poète à l’autre au moment même où l’Orient entre pleinement dans la littérature romantique.