
Edition originale illustrée de plusieurs reproductions, dont une photographie de la bibliothèque de Genss en frontispice. Un des deux cents exemplaires numérotés, signature de Julius Genss sur le feuillet de la justification. Seulement trois exemplaires sur WorldCat (UCL, Staats- und Universitätsbibliothek Bremen et Humboldt-Universität zu Berlin).
Couverture de papier vergé gris, étiquette avec le titre contrecollée au premier plat. Infimes salissures à la couverture, légers plis angulaires aux plats de la couverture et aux feuillets.
Rare ouvrage produit à tirage très limité par l'un des plus grands collectionneurs estoniens, dont la mémoire fut et est toujours activement effacée.
Premier volet des mémoires de l'historien de l'art, collectionneur et bibliophile estonien d'origine juive Julius Genss (1887-1957). L'un des collectionneurs d'art les plus importants de l'Estonie, Genss était surtout passionné par les livres illustrés sur la production artistique estonienne, juive et russe. En 1939, le Catalogue de librairie et de collection de Julius Gens publié à Tallinn recensait 1 300 ouvrages en différentes langues, mais selon des sources variées, sa bibliothèque entière comportait entre 10 et 20 000 livres.
Ses Notes d'un bibliophile publié en 1932, ouvrage dans lequel le collectionneur partage son amour du livre et constitue également son autobiographie, fut continué en 1953, quand le collectionneur publia son deuxième volet. Entre ces deux publications, Julius Genss vécut de nombreux bouleversements qui menèrent à la perte de sa collection. A partir de 1940, l'Estonie fut successivement occupée par l'URSS et par l'Allemagne nazie. En 1941, la famille Genss fuit les persécutions des Juifs estoniens et se réfugia en Ouzbékistan, tandis que la collection de Julius fut entreposée dans le Musée d'art de Tallinn qui fut détruit trois ans plus tard dans un bombardement soviétique. La collection de Julius Genss aurait alors été détruite, si elle n'avait pas déjà été confisquée par l'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR) - Alfred Rosenberg étant originaire de Tallinn et averti des possessions de Genss. En attente d'évacuation vers l'Allemagne, la collection fut découverte par l'Armée rouge en février 1945 dans une gare de Pless, actuelle Pologne, et fut envoyée en Biélorussie, tandis qu'une partie des volumes fut donnée à l'Académie estonienne des sciences. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le destin de Julius Genss ne fut pas plus heureux - accusé de "cosmopolitisme" comme de nombreux autres Juifs de l'URSS, il fut arrêté en 1953 malgré un mauvais état de santé et mourut cinq ans plus tard. Avant son arrestation, Julius Genss eut le temps d'achever une monumentale bibliographie de l'art estonien en quatorze volumes, qui resta néanmoins à l'état de tapuscrit.
Les descendants de Julius Genss ont continué de réclamer la restitution de sa précieuse bibliothèque, d'abord spoliée par les nazis et ensuite prise comme butin de guerre par les Soviétiques, mais aucune avancée n'a été signalée depuis 2023, quand l'affaire fut médiatisée. Julia Genss, la petite-fille du bibliophile, raconta qu'elle avait reçu une lettre d'un ancien employé de la bibliothèque de Minsk, attestant de l'effort de dissimulation de la provenance de la collection - la direction donna alors un ordre au personnel de la bibliothèque d'arracher l'ex-libris de ses volumes.
Ouvrage autobiographique d'un grand bibliophile, dont le nom est en train d'être effacé de l'histoire.