
Rare collection des quatre-vingts premiers numéros de El San Martín. Periódico popular. Órgano de los intereses americanos, du n° 1 du 29 août 1864 au n° 80 du 24 mars 1866, soit presque toute la durée connue du journal, qui cessa de paraître dans les derniers jours de mars 1866. Chaque livraison se compose de deux feuillets non chiffrés, soit 320 pages pour l’ensemble.
Reliure moderne en demi-basane rouge, dos lisse orné de doubles filets noirs et dorés, pièce de titre de chagrin noir, plats de papier marbré, gardes et contreplats de papier peigné. Quelques petites rousseurs sans gravité.
Fondé et dirigé par Santiago Godoy, El San Martín fut l’une des feuilles valparaisaines les plus virulentes contre l’Espagne pendant la guerre hispano-sudaméricaine. Sa ligne est d’emblée politique, volontiers satirique, mais le journal ne s’y réduit pas ; les polémiques y voisinent avec de nombreux poèmes, parfois accompagnés de petits bois gravés, des programmes de spectacles, des petites annonces et, en dernière page de chaque numéro, des réclames commerciales qui restituent au passage la vie quotidienne de Valparaíso au milieu des années 1860.
Les attaques contre l’Espagne furent assez violentes pour provoquer les protestations du chargé d’affaires espagnol au Chili, Salvador de Tavira, qui réclama au gouvernement une sanction contre la feuille ; le ministre Álvaro Covarrubias lui opposa le principe de la liberté de la presse et renvoya les éventuels abus devant les tribunaux. El San Martín continua donc à paraître, multipliant les caricatures, les vers satiriques et les attaques contre la reine Isabelle II, O’Donnell, Prim et la flotte espagnole.
La guerre, d’abord commentée à distance, finit par entrer directement dans les pages. Une caricature du journal vise les figures du pouvoir espagnol ; un poème évoque « la traidora Covadonga », après la capture de la goélette espagnole Covadonga par la corvette chilienne Esmeralda au combat de Papudo, le 26 novembre 1865. À mesure que le conflit se rapproche de Valparaíso, les numéros suivent donc presque semaine après semaine une crise dont la ville allait bientôt devenir elle-même le théâtre.
Le n° 80 de cette collection paraît le 24 mars 1866. Quelques jours plus tard, le journal cesse de paraître ; le 31 mars, l’escadre espagnole commandée par Casto Méndez Núñez bombarde Valparaíso, et les anciennes presses du San Martín sont elles-mêmes gravement atteintes.
Commencée en août 1864, alors que la crise avec l’Espagne s’installe, cette série accompagne ainsi presque toute l’escalade du conflit ; une semaine après le dernier numéro conservé ici, les canons espagnols frappaient la ville où ces pages avaient été imprimées.