
Journal de bord manuscrit inédit d'un officier de marine français, témoin oculaire du célèbre combat de l'Aréthuse contre le HMS Amelia (1813), et des campagnes qui accompagnèrent le retour des Antilles françaises sous administration nationale.
Manuscrit autographe inédit de 189 pages (les 31 premières chiffrées, les suivantes non chiffrées), tenu par un officier de marine français demeuré anonyme et couvrant sans interruption la période du 25 novembre 1812 au 4 mai 1823.
Reliure de l'époque en demi-veau havane, dos lisse éclairci orné de roulettes et d'attributs de marine dorés répétés, pièce de titre de veau bordeaux, plats de cartonnage brun. Dos refait et restauré, quelques mouillures affectant la majeure partie des feuillets.
Le manuscrit s'ouvre sur les caractéristiques techniques et le rôle d'équipage de la frégate Le Rubis, commandée par le capitaine de frégate Ollivier, puis sur ceux de l'Aréthuse, placée sous les ordres du capitaine de vaisseau Bouvet. Commence alors, le 25 novembre 1812, un journal tenu au jour le jour, depuis l'appareillage des deux frégates dans la rade de Saint-Nazaire. Son auteur servira successivement à bord du Rubis, de l'Aréthuse, de l'Illyrienne, de l'Hermione, de la flûte La Normande - où il effectuera deux campagnes , des bricks L'Isère et Le Railleur, puis de la corvette L'Hébé.
Très riche en observations nautiques - manœuvres, routes suivies, état de la mer, navires rencontrés ou capturés - le récit se déploie en deux grandes séquences : celle de la guerre de course menée contre le commerce britannique au large des îles du Cap-Vert et des côtes d'Afrique entre 1812 et 1814, puis celle conduisant son auteur aux Antilles, en Amérique du Nord, dans l'océan Indien puis en Méditerranée, au fil de missions qui croisent quelques-uns des épisodes marquants de la période : reprise de possession de la Guadeloupe en décembre 1814, transport de troupes vers la colonie en 1816, serment de fidélité à Napoléon prêté à New York en mai 1815, mouillage à l'île Bourbon en juin 1817 ou encore passage au large de Gibraltar en juin 1819.
Extraits : « Le 28 [novembre 1812] nous capturâmes un brick anglais […]. L'Aréthuse l'amarina et perdit un canot, la mer étant trop grosse. Ce bâtiment d'environ 200 tonneaux portait 8 canons & 12 hommes d'équipage, il était chargé de fruits secs et allait de Malaga à Londres, il avait aussi du vin d'Alicante. Le commandant [du Rubis] y fit mettre le feu, la mer étant trop grosse pour qu'il fût possible d'en rien retirer […].
Le 12 [décembre] au matin l'Aréthuse visita une goélette américaine allant de New York à Nantes, chargée de coton et de café ; elle continua sa route après avoir pris nos lettres pour France » (pp. 5 à 7).
« Le 24 décembre pris un grand trois mâts portugais. [Il] s'appelait la Delfina de 400 tonneaux venant de Lisbonne et allant à Pernambouc [aujourd'hui Recife, au Brésil], chargé de vins, toiles, marchandises de traite et 40 passagers ; il avait 30 hommes d'équipage et 10 canons de 8 » (p. 9).
« [Le 6 février 1813] l'Aréthuse ayant chassé [une] frégate anglaise jusqu'au soir avec avantage, la perdit de vue à la nuit et ne la revit que le lendemain […]. Lorsqu'elle fut à une portée de pistolet, l'Aréthuse lui envoya une volée à laquelle elle répondit […]. Le combat durait depuis 7h45 à 10h, le feu de l'Aréthuse dominant celui de la frégate anglaise. Le commandant Bouvet voulut l'aborder à son tour, mais ses bras et boulins étant coupés, son gréement et ses voiles criblées, il ne put atteindre l'ennemi […]. L'Aréthuse avait eu dans le combat 22 hommes tués et 28 blessés » (pp. 22 à 24).
Ce combat, passé à la postérité sous le nom d'Action du 7 février 1813, opposa l'Aréthuse au HMS Amelia, commandé par le capitaine Frederick Paul Irby, au large des îles de Los, sur la côte de Guinée. Cet affrontement de frégates faisant partie des plus acharnés des guerres napoléoniennes fut immortalisé quelques années plus tard par Louis-Philippe Crépin dans un grand tableau aujourd'hui conservé au musée de Versailles.
Précieux témoignage inédit, rédigé d'une main régulière et parfaitement lisible, sur plus de dix années de navigation au sein de la marine française. À travers le regard quotidien d'un officier demeuré anonyme se succèdent les dernières campagnes de course de l'Empire, le plus célèbre combat livré par l'Aréthuse et les opérations qui accompagnèrent le rétablissement de la présence française aux Antilles après les guerres napoléoniennes.