
Édition originale très rare illustrée d'une carte dépliante en début de volume et de 44 gravures hors-texte.
Reliure en pleine percaline bleu indigo de l'éditeur, dos lisse orné de pointillés et fleurons dorés, encadrement de simple filet à froid sur les plats, coins légèrement émoussés.
Une malhabile restauration à l'aide d'une pièce adhésive en angle supérieur droit du premier feuillet de texte, quelques rousseurs affectant principalement les tranches.
Le premier ouvrage sinologique brésilien, imprimé à Montevideo et introuvable en France, rédigé sous l'urgence de la question de l'esclavage.
Henrique Carlos Ribeiro Lisboa (1847-1920) appartenait à une famille avec une longue tradition dans les dialogues interculturels : son père, Miguel Maria Lisboa, baron de Japurá, était un éminent diplomate de l'Empire brésilien. Lui-même reçut une éducation érudite et débuta tôt dans la carrière diplomatique. En poste en Espagne, il fut convoqué à participer à la mission spéciale que l'Empire du Brésil envoya en Chine en 1880 comme premier secrétaire général. Il contribua à recruter l'interprète Antoine Vissière (1858-1930), l'un des plus grands sinologues de l'époque, dont il devint le disciple dans l'étude de la langue chinoise, et dont le nom apparaît à plusieurs reprises dans le récit de ses visites protocolaires aux mandarins.
Dans son introduction, Lisboa formule explicitement ses deux objectifs : partager ses impressions sur l'Empire du Milieu et contribuer à résoudre ce qu'il appelle « le problème ardu qui conserve la société brésilienne en crise permanente : la transformation du travail », allusion directe à la question de la main-d'œuvre après l'abolition imminente de l'esclavage, effective l'année même de la publication. Lisboa se montrait favorable à l'immigration chinoise comme solution possible. Le livre est donc à la fois un récit de voyage, une analyse anthropologique et un document politique.
À une époque où mythes et superstitions influençaient la perception de l'Occident sur l'Extrême-Orient, Lisboa parvint à dépasser les préjugés courants pour offrir une vision positive et documentée des Chinois, fondée sur des sources sérieuses qu'il cite en note, le Chinese Repository, les œuvres du Père Huc, le marquis de Courcy. Son œuvre constitue le premier travail sinologique connu au Brésil, et une riche source d'informations culturelles et historiques sur la Chine de la fin du XIXe siècle.
L'édition originale, imprimée à Montevideo chez A. Godel, rue Cerrito, est illustrée d'une grande carte dépliante des dix-huit provinces chinoises distinguant les territoires par peuples (Tanka, Hakka, Miaotse) et de 44 gravures sur bois hors-texte représentant scènes de la vie quotidienne, paysages et types sociaux.
Aucun exemplaire n'est signalé au Catalogue collectif de France.