
Edition originale, un des 20 exemplaires numérotés sur japon, tirage de tête.
Dos légèrement insolé, sinon agréable exemplaire.
Préface de Léon Bocquet.
Second roman de René Maran après le scandale du prix Goncourt 1921, décerné à Batouala et à sa préface dénonçant les abus de la colonisation, Le Petit Roi de Chimérie occupe une place singulière dans l'œuvre de l'auteur. Sous-titré conte, l'ouvrage se déploie entre fable et utopie satirique, mettant en scène les tourments de princes et de nations aux prises avec des conflits qui rappellent la Grande Guerre.
La préface de Léon Bocquet qui l'introduit prolonge une défense de Maran déjà engagée par plusieurs articles de presse entre décembre 1921 et 1922 (La Renaissance d'Occident, Le Monde nouveau, Le Monde colonial), nourris des mêmes lettres de Maran citées comme témoignages de sa probité et de son patriotisme.
La genèse même du livre porte la marque de cet attachement à la France. Dans une lettre du 10 mars 1915 adressée à Bocquet, Maran, mobilisé à Mobaye et venant de perdre sa mère, exprime le souhait de rejoindre le front et d'y risquer sa vie pour la France. Bocquet qualifiera plus tard l'ouvrage d'"hymne de foi envers les destinées de la France éprouvée". Cet attachement patriotique, documenté ici par le contexte même de l'écriture, s'inscrit dans une constante plus large de la biographie de Maran : le refus de toute assignation à un camp. Fonctionnaire colonial ayant dénoncé les abus du système jusqu'à en perdre son poste, il refusera vingt ans plus tard, sous l'Occupation, d'écrire les articles anti-français que lui réclamaient les autorités allemandes, et se tiendra par la suite à distance du mouvement de la Négritude dont Senghor le désignait pourtant comme précurseur.
Figure atypique de l'artiste afrodescendant, Maran s'oppose à toute essentialisation qu'elle soit ethnique ou culturelle. Pourtant l'intellectuel libre de toute allégeance ou communautarisme, revendiquera avec constance une fidélité absolue et sans faille : le patriotisme dont cette œuvre inclassable, entre conte de fée et utopie satirique constitue une précoce et lumineuse illustration.