
Septième édition, première à illustrer Ziméo, ornée de 7 figures hors-texte de Moreau le Jeune : un frontispice et 4 figures pour Les Saisons, gravées par Delaunay, Duclos, Prévost et Simonet, et 2 figures pour les Contes, Poésies fugitives et Fables orientales, ainsi que de 4 vignettes en-tête par Choffard. Notre exemplaire est enrichi de tirés à part du fleuron de titre et des vignettes de Choffard.
Reliure XIXème en plein maroquin bleu nuit. Dos à cinq nerfs orné de fleurons champêtres (vigne, blé et serpe, gibier et cor de chasse...) ainsi que de caissons dorés. Triple filet et dentelle géométrique dorés en encadrement des plats. Large dentelle dorée en encadrement des contreplats de papier à la cuve.
Mors supérieur frotté.
L'édition originale des Saisons, parue en 1769 avec des illustrations de Gravelot et Le Prince, avait consacré la réputation de Saint-Lambert et lui avait ouvert les portes de l'Académie française. La présente septième édition (Cohen/Ricci Sp. 926 ; Sander 1779), demeurée sous l'adresse fictive « Amsterdam » masquant un imprimeur parisien, est la première à comporter une illustration pour Ziméo, le conte philosophique antiesclavagiste inclus dans le volume depuis l'originale : le frontispice de Moreau, légendé "j'aimerai deux blancs, dit-il", donne pour la première fois un visage au premier héros noir insurgé de la littérature française.
L'ouvrage contient, outre le long poème en quatre chants consacré aux saisons et sa préface sur la poésie bucolique et champêtre, les contes (L'Abénaki, Sara Th..., Ziméo), les Pièces fugitives et les Fables orientales.
Les Fables orientales s'ouvrent sur un texte liminaire constituant une adaptation libre de la préface du Gulistan de Saadi (le « Jardin des roses », XIIIe siècle). Cette adaptation n'est pas encore attribuée à Saadi dans la table (elle le sera dans l'éditon de 1796), mais qui représente néanmoins l'une des rares versions françaises accessibles de ce texte entre les deux premières traductions partielles françaises d'André du Ryer (1634) et d'Alègre (1704) et la première traduction complète de l'abbé Gaudin (1789).
C'est surtout avec le conte philosophique antiesclavagiste Ziméo inséré dans le recueil depuis l'édition originale, que cette oeuvre de Saint-Lambert occupe une place singulière dans l'histoire littéraire européenne. Ce conte philosophique est l'un des rares textes des Lumières à mettre en scène une insurrection d'esclaves, là où un Voltaire, dans Candide, n'avait esquissé qu'une figure solitaire de la révolte. Inspiré par Oroonoko (1688) d'Aphra Behn, traduit en français par La Place en 1745, Saint-Lambert construit un héros noir doté d'une pleine dignité épique, et fait suivre son récit de « Réflexions sur les Nègres » dans lesquelles il démonte méthodiquement le préjugé racial, affirmant que les défauts prêtés aux Africains « sont de l'esclavage » et non de nature. Chronologiquement, Ziméo précède la figure du révolté chez Louis-Sébastien Mercier (1771), et le célèbre passage antiesclavagiste de l'Histoire philosophique des deux Indes, attibué à Diderot, qui ne parut qu'en 1780. La présente édition de 1775 est précisément la première à donner une illustration au conte : le frontispice de Moreau le Jeune, figurant Ziméo secourant deux Blancs, confère pour la première fois une image au héros noir de Saint-Lambert, au moment même où le débat abolitionniste commence à prendre de l'ampleur en France.
Des bibliothèques de Francis Kettaneh (1897-1976) et d'Irwin Laughlin (1871-1941), avec leurs ex-libris. Francis Kettaneh, homme d'affaires né au Liban, fut l'un des grands bibliophiles américains du XXe siècle, dont l'ex-libris porte la devise Mehr Licht (derniers mots de Goethe). Irwin Boyle Laughlin, diplomate américain, fut ministre plénipotentiaire des États-Unis en Grèce (1924-1926) puis ambassadeur en Espagne (1929-1933) ; collectionneur passionné d'art et de livres français du XVIIIe siècle, il fit construire à Washington la Meridian House, qu'il meubla de dessins et d'objets d'art de cette période.
Bel exemplaire en grande reliure de bibliophile du XIXe siècle, enrichi de suites des vignettes de Choffard, avec une double et prestigieuse provenance.