
Septième édition, premier tirage de l'illustration de Moreau le Jeune, ornée de 7 figures hors-texte : un frontispice et 4 figures pour Les Saisons, gravées par Delaunay, Duclos, Lebas et Prévost, et 2 figures pour les Contes, Poésies fugitives et Fables orientales, ainsi que des vignettes en-tête de Choffard, reprises de l'édition originale de 1769.
Reliure en plein veau d'époque. Dos lisse richement orné. Pièce de titre en maroquin rouge. Plats en veau flammé (avec grecque d'encadrement) d'une date postérieure ajoutés en restauration. Coins émoussés. Une fente au mors supérieur sur 5 cm. Assez bon exemplaire.
L'édition originale des Saisons, parue en 1769 avec des illustrations de Gravelot et Le Prince, avait consacré la réputation de Saint-Lambert et lui avait ouvert les portes de l'Académie française, avec le soutien de Voltaire. La présente septième édition (Cohen/Ricci Sp. 926 ; Sander 1779) constitue une réimpression de celle de 1769 dont elle reprend les vignettes en-tête de Choffard, mais s'en distingue par l'adjonction des 7 figures de Moreau le Jeune, absentes de toutes les éditions antérieures, et par l'emploi d'un papier fort en lieu et place du papier fin de l'originale. Elle est également la première édition à illustrer Ziméo : le frontispice de Moreau, légendé "j'aimerai deux blancs, dit-il", donne pour la première fois un visage au premier héros noir insurgé de la littérature française.
L'ouvrage contient, outre le long poème en quatre chants consacré aux saisons et sa préface sur la poésie bucolique et champêtre, les contes (L'Abénaki, Sara Th..., Ziméo), les Pièces fugitives et les Fables orientales.
Les Fables orientales s'ouvrent sur un texte liminaire constituant une adaptation libre de la préface du Gulistan de Saadi (le « Jardin des roses », XIIIe siècle). Cette adaptation n'est pas encore attribuée à Saadi dans la table (elle le sera dans l'éditon de 1796), mais qui représente néanmoins l'une des rares versions françaises accessibles de ce texte entre les deux premières traductions partielles françaises d'André du Ryer (1634) et d'Alègre (1704) et la première traduction complète de l'abbé Gaudin (1789).
C'est surtout avec le conte philosophique antiesclavagiste Ziméo inséré dans le recueil depuis l'édition originale, que cette oeuvre de Saint-Lambert occupe une place singulière dans l'histoire littéraire des Lumières. Publié pour la première fois en 1769, il est l'un des rares textes de cette période à mettre en scène une insurrection d'esclaves, là où Voltaire, dans Candide, n'avait esquissé qu'une figure solitaire de la révolte. Saint-Lambert y construit un héros africain doté d'une pleine dignité épique, et fait suivre son récit de « Réflexions sur les Nègres » dans lesquelles il démonte le préjugé racial, affirmant que les défauts prêtés aux Africains « sont de l'esclavage » et non de nature. Chronologiquement, Ziméo précède la figure du révolté chez Louis-Sébastien Mercier (1771), et le célèbre passage antiesclavagiste de l'Histoire philosophique des deux Indes, attribué à Diderot, qui que dans l'édition augmentée de 1780.
Exemplaire en reliure d'époque, premier tirage de l'illustration de Moreau le Jeune et première édition illustrée du conte antiesclavagiste pionnier des Lumières.