
Nouvelle édition revue par l'auteur, illustrée de 4 planches gravées sur cuivre par Morel d'après les dessins de Chaudet (Cohen, col. 927). Luxueuse publication sortie des presses de Pierre Didot l'aîné, le plus grand imprimeur de son temps. Cette édition se distingue de toutes les précédentes par son illustration entièrement renouvelée dans un esprit néoclassique, accordé à l'esthétique du Directoire. Elle est la première à avoir été revue par l'auteur lui-même.
Reliure de l'époque en plein maroquin rouge, dos à cinq nerfs richement illustré de dentelles, filets et fleurons dorés, plats encadrés d'une double dentelle dorée, roulette dorée sur les coupes et les coiffes, gardes et contreplats - encadrés d'une dentelle dorée - de papier caillouté, toutes tranches dorées.
L'édition originale des Saisons, parue en 1769, avait consacré la réputation de Saint-Lambert et lui avait ouvert les portes de l'Académie française, avec le soutien de Voltaire, qui écrivait du poème : « C'est le seul ouvrage de notre siècle qui passera à la postérité. » La présente édition paraît en un moment singulier : deux ans après le décret d'abolition de l'esclavage voté par la Convention le 4 février 1794, et alors que Saint-Lambert, âgé de quatre-vingts ans, revoit lui-même son œuvre pour la dernière grande édition de sa vie. Le choix de l'imprimeur Didot dont les productions incarnent alors le sommet du luxe typographique français et la date même de parution confèrent à ce volume une signification qui dépasse la simple réimpression.
L'ouvrage contient, outre le long poème en quatre chants consacré aux saisons et sa préface sur la poésie bucolique et champêtre, les contes (L'Abénaki, Sara Th..., Ziméo), les Pièces fugitives et les Fables orientales. Ces dernières s'ouvrent sur une « Préface de Saadi », attribution explicite, nouvelle par rapport aux éditions de 1769 et 1775, de l'adaptation libre de la préface du Gulistan (le « Jardin des roses », XIIIe siècle) qui figure dans le recueil depuis l'édition originale. C'est dans cette édition revue par l'auteur que Saint-Lambert assume publiquement sa dette envers la littérature persane, au moment où la première traduction complète du Gulistan venait de paraître (abbé Gaudin, 1789).
C'est par Ziméo, inséré dans le recueil depuis l'édition originale de 1769, que l'œuvre de Saint-Lambert occupe une place singulière dans l'histoire littéraire des Lumières. L'un des rares textes de cette période à mettre en scène une insurrection d'esclaves, là où Voltaire dans Candide n'avait esquissé qu'une figure solitaire de la révolte, ce conte construit un héros africain doté d'une pleine dignité épique et précède chronologiquement la figure du révolté chez Louis-Sébastien Mercier (1771) ainsi que le célèbre passage antiesclavagiste de l'Histoire philosophique des deux Indes, attribué à Diderot, qui n'apparait que dans l'édition de 1780. On notera cependant que cette édition de 1796, contrairement aux précédentes, ne reproduit pas les « Réflexions sur les Nègres » qui suivaient Ziméo dans les éditions de 1769 et 1775, texte dans lequel Saint-Lambert affirmait que les défauts prêtés aux Africains « sont de l'esclavage » et non de nature. Cette suppression, intervenue deux ans à peine après le décret d'abolition, reste difficile à interpréter avec certitude : choix éditorial lié au format luxueux de la publication, discrétion calculée dans un contexte politique encore instable, la question coloniale étant loin d'être définitivement résolue sous le Directoire... A moins que cette absence de revendication soit justement le signe de la victoire des idées humanistes pour lesquelles l'auteur n'à plus à plaider puisqu'elles ont été pleinement reconnues par La Convention qui a voté l'abolition de l'esclavage le 4 février 1794 (16 pluviôse an II).
Très bel exemplaire en grande reliure de l'époque en plein maroquin rouge, de l'édition définitive revue par l'auteur, parue deux ans après l'abolition de l'esclavage.