Rare réédition de deux œuvres parues à l'origine en 1669, regroupées ensemble par le fabuliste dès cette première date.
Reliure d'époque en pleine basane brune, dos à cinq nerfs soulignés d'une frise dorée et orné de cinq caissons à fleurons dorés en forme de pissenlit, pièce de titre en maroquin rouge, un filet estampé à froid en encadrement des plats, une frise dorée sur les coupes, tranches rouges. contreplats et gardes de papier marbré coquille.
Coiffes supérieures et inférieures légèrement fendues, discret manque de cuir et griffures sur les plats, coins émoussés.
Déchirure marginale à la p. 197, faibles rousseurs éparses, sinon bel état.
Dans l'Avertissement à la p. 209, Jean de La Fontaine précise avec esprit avoir joint « aux amours du fils celles de la mère » ; cet ensemble, inspiré par les Latins Apulée et Ovide, s'ouvre avec un roman mêlant prose et vers, où figure Cupidon, et se ferme avec le poème d'Adonis, mettant en scène Vénus. Seulement une année après la parution des Fables, La Fontaine s'attaque ainsi à la prose, qu'il agrémente tout de même de vers en « beaucoup d'endroits » pour enrichir son récit. Dans sa préface, l'auteur justifie ces choix stylistiques et se livre aussi sans fard sur la difficulté que fut pour lui l'écriture des Amours de Psyché et de Cupidon :
« J'ai trouvé de plus grandes difficultés dans cet Ouvrage qu'en aucun autre qui soit sorti de ma plume. Cela surprendra sans doute ceux qui le liront. On ne s'imaginera jamais qu'une fable contée en prose m'ait tant emporté de loisir. Car pour le principal point, qu'est la conduite, j'avais mon guide : il m'était impossible de mégarer. Apulée me fournissait la matière ; il ne restait que la forme, c'est-à-dire les paroles, & d'amener de la prose à quelques points de perfection, il ne me semble pas que ce soit une chose fort malaisée : c'est la langue naturelle de tous les hommes. Avec cela je confesse qu'elle me coute autant que les Vers. Que si jamais elle m'a couté, c'est dans cet Ouvrage. »
Pour découvrir Jean de La Fontaine prosateur, ce livre s'impose comme une lecture incontournable. Les vers de leur côté seront applaudis par la postérité, notamment par Paul Valéry, qui racontera dans ses Variétés que ceux du poème d'Adonis sont « d'un raffinement qui n'a pas beaucoup d'exemples dans notre poésie ». Ces derniers, contrairement au texte sur Cupidon, furent couchés sur le papier une première fois bien avant leur publication en 1669. La Fontaine les composa en réalité en 1658 pour Nicolas Fouquet lorsqu'il entra à son service.
Rare exemplaire renfermant deux œuvres phares de Jean de La Fontaine, publiées environ un an après les Fables, dans lesquelles transparaissent de façon incontestable ses talents d'écriture, en prose et en vers, ainsi que son attrait pour les Anciens — en l'occurrence Apulée et Ovide, et non Ésope.