
Manuscrit autographe complet daté et signé de cette pièce pour choeurs et pianos comportant des ajouts, ratures et corrections autographes de Jacques Benoist-Méchin des portées et des paroles de cette oeuvre adaptée des poèmes de jeunesse de Jules Supervielle.
L'ensemble est présenté sous chemise cartonnée et couvertures calligraphiées par l'auteur. Chemise muette salie, comportant frottements et déchirures.
Nous joignons trois autres documents relatifs à Jacques Benoist-Méchin : le contrat de cession des droits de son oeuvre musicale pour chant et piano basée sur les poèmes de Jules Romains à l'éditeur de musique B. Roudanez, et deux lettres lui adressées, accompagnées de leurs enveloppes.
Le départ de Jacques Benoist-Méchin pour New York en 1925, où il se consacra pleinement au journalisme, ne l’empêcha jamais de composer : la musique restait sa vocation première. Dès les premiers mois de 1927, alors qu’il résidait encore aux États-Unis, il travailla intensément à une cantate qu'il avait entamé encore en 1923. Inspirée de poèmes de Jules Supervielle tirés du recueil Gravitations, dont l'un, Équateur, donna son titre à l'oeuvre de thématique coloniale. L’enjeu était considérable : cette pièce pour chœurs, soliste et orchestre exigeait environ cent cinquante exécutants, alors Benoist-Méchin voulait l'achever avant l'inauguration de l’Exposition coloniale de la même année. Finalement, elle fut créée pour la première fois quelques mois avant celle-ci, le 5 mai, dans un lieu hautement symbolique pour son auteur : la salle Gaveau, où iétait née sa passion pour la musique. Dès la première répétition, qui n’eut lieu que deux jours avant le concert, Benoist-Méchin pressentit le désastre. Une erreur dans le matériel d’orchestre rendait les parties indéchiffrables pour les musiciens et, malgré plusieurs nuits blanches, il ne parvint pas à y remédier avant la première. La cacophonie qui en résulta accabla le compositeur, qui avait mis toute son âme dans cette ultime pièce de sa carrière ; elle séduisit pourtant, contre toute attente, un public persuadé d’entendre une œuvre d’avant-garde. La même année, Heugel publia la partition sous deux formes : pour ténor, chœur et orchestre, et en réduction pour piano, établie par l’auteur lui-même.
Ces trois partitions manuscrites, pour chœurs et deux pianos, comportent de nombreux passages biffés et des fragments de papier à musique encollés, traces des corrections apportées par le compositeur après les exécutions désastreuses de son œuvre. Elles témoignent de son acharnement à sauver sa pièce et à la faire imprimer dans une version aboutie. Le succès, qui avait pourtant décidé Heugel à l’éditer, le laissa profondément amer : écœuré par ce "public de snobs" incapable de reconnaître une œuvre manquée, il renonça à la carrière musicale. "À quoi bon descendre au fond de son cœur pour en tirer ce que l’on a de plus précieux si c’est pour soumettre au jugement de pareils imbéciles ?", écrira-t-il dans ses mémoires au sujet de cet épisode douloureux.
Important témoignage d’un moment décisif dans la carrière de Jacques Benoist-Méchin, à l’issue duquel il décida de se consacrer pleinement à l’écriture.