
Rarrissime collection complète en six fascicules de cette importante revue dada, complet du très rare sixième numéro de juillet 1921 intitulé "Invention et proverbe".
Riches contributions dont celles de Paul Eluard, André Breton, Céline Arnauld, Tristan Tzara, Philippe Soupault, Louis Aragon, Jean Cocteau, Francis Picabia, Jean Paulhan, Maurice Raynal, Georges Ribemont-Dessaignes, Jacques-Emile Blanche, Théodore Fraenkel...
Une des plus importantes revues Dada publiée au paroxysme du mouvement, avec son très rare feuillet d'abonnement.
Sans nul doute le plus bel exemple de parodie poétique imaginée par les dadaïstes, comme une réponse radicale à l'atrophie conventionnelle du langage et de la morale.
"Ces revues [DdO4H2 ; M’amenez-y ; Proverbe, et Z] représentent le produit spécifique de la flambée de 1920. […] La plus intéressante d’entre elles, tranchant nettement sur le lot, était incontestablement Proverbe, qui entendait 'n’exister que pour justifier les mots'" (Michel Sanouillet, Dada à Paris)
"Ainsi, par l'alchimie du choix Éluardien, Proverbe devient une véritable revue Dada, chaque fois novatrice, explorant les diverses possibilités du langage, "justifiant" les mots - c'est-à-dire les remettant en cause -, inventant son propre langage, et, ce qui est plus spécifique, accusant la syntaxe usuelle par des aphorismes qui, selon le mot de Michel Leiris, riment à faux, des banalités surprises dans le langage oral, du genre "ça veut dire ce que ça veut dire" (n° 2); des non-sens, des formules relevées dans les écrits dadaïstes telle celle-ci de Tzara: "Je m'appelle maintenant tu" (n° 3); des phrases à dénotation nulle comme: "Avec DADA, tous les jours, rendez-vous n'importe où" (n° 4). Dans Dépaysement de l'aphorisme, Marie-Paule Berranger a dressé un inventaire exhaustif de toutes les opérations verbales proposées par les collaborateurs de Proverbe, allant du renversement des stéréotypes au proverbe-valise, au lieu commun pris pour lui-même, à la devinette déceptive, à la redéfinition des règles grammaticales, soulignant enfin le paradoxe du langage. Mais c'est là s'en tenir à un seul aspect de la publication, qui contient bien d'autres choses que des manipulations sentencieuses. Il est certain qu'Éluard, tout en testant l'effet de ses propres poèmes, a pris un grand plaisir à composer ces pages détonantes, déclarant dans une revue sœur: "Proverbe ressemble aux piles d'un pont détruit"(Henri Béhar, Dada, Circuit total, p. 302).
Rare exemplaire complet de cette éphémère et fulgurante publication : "de toutes les revues Dada, celle qui a apporté la contribution la plus cohérente au problème du langage" (Tristan Tzara). Exposition Dada, Centre Pompidou, 2005-2006, pp. 830-833.