
Éditions originales.
Rares exemplaires des premiers écrits révolutionnaires d'Anacharsis Cloots qui dénoncent le christianisme en le confrontant à l'islam et au judaïsme, en reliure uniforme d'époque.
Reliures en demi-basane verte d'époque, plats de papier vert, dos lisses ornés de filets gras et pointillés dorés, pièces de titre en basane rouge, tranches jaunes. Reliures frottées, quelques épidermures et manques, quelques légers plis angulaires. Les "Lettres d'un jeune philosophe à un jeune théologien", un texte censé clore La Certitude des preuves du Mahométisme, est relié dans le premier volume après la première partie de l'œuvre. Il est suivi du "Supplément à la certitude des preuves du mahométisme", et, toujours dans le premier volume, d'un autre ouvrage de Cloots, la Lettre sur les juifs à un ecclésiastique de mes amis.
Originaire de Prusse, le baron Jean-Baptiste de Cloots (1755-1794), richissime francophile, s'installa en France en 1789 pour promouvoir les idées nouvelles, dont l'athéisme militant qu'il expose dans les deux présents ouvrages.
Son premier ouvrage, La Certitude des preuves du Mahométisme, est une parodie de La Certitude des preuves du christianisme, publiée par Nicolas-Sylvestre Bergier en 1767. Théologien catholique originaire de Lorraine (1718-1790), Bergier fut nommé chanoine de Notre-Dame de Paris en 1769 et devint l'un des contradicteurs les plus assidus des philosophes, s'en prenant tour à tour à Rousseau, à Voltaire et au baron d'Holbach. Dans son texte, Cloots défend Holbach contre ces attaques et entend démontrer que les arguments employés par Bergier pour établir que le christianisme est la seule vraie religion, pourraient tout aussi bien être invoqués en faveur de l'islam. Publiée sous le pseudonyme d'Ali Gier-Ber, avec une fausse adresse à Londres, l'œuvre s'inscrit dans la tradition de la littérature philosophique clandestine, alors couramment imprimée hors de France, sous pseudonyme ou anonymement, pour échapper aux poursuites que la censure royale faisait peser sur les écrits antireligieux.
L'œuvre est reliée avec le second écrit de Cloots : la Lettre sur les Juifs, à un ecclésiastique de mes amis, lue dans la séance publique du Musée de Paris, le 21 novembre 1782. Cet ouvrage développe sensiblement le même thème :
"En répondant aux argumens tirés de l'état actuel de la Nation Judaïque, on réfute à la fois & le Chrétien & le Musulman et le Juif lui-même. Tous trois prétendent y voir des preuves qui militent pour leurs Cultes respectifs: tous trois s'appuient sur des Prophéties, & tous trois déraisonnent."
En retournant systématiquement contre chacune des trois religions révélées les mêmes procédés apologétiques, Cloots ébauche, plus d'une décennie avant la Révolution, une critique du particularisme religieux qui semble annoncer sa pensée politique ultérieure : le rejet de toute prétention exclusive à la vérité. Il développera davantage ces idées dans ses "Bases constitutionnelles" de la République du genre humain (1793).
Penseur prussien voué avec ferveur à la cause de la Révolution française - élu député à la Convention en septembre 1792, il y vota la mort de Louis XVI -, Cloots devint néanmoins une victime de la Terreur. Naturalisé citoyen français dès août 1792 en reconnaissance de son engagement révolutionnaire, il n'en fut pas moins exclu du Club des Jacobins en raison de son origine étrangère, avant d'être impliqué, aux côtés des chefs hébertistes, dans l'accusation d'un "complot de l'étranger" forgée par le Comité de salut public. Condamné à mort, il fut guillotiné en mars 1794.
Ces deux volumes gardent la mémoire d'une des figures les plus singulières de la Révolution française, guillotinée en pleine Terreur dans le sillage du procès des hébertistes.