
Manuscrit autographe inédit, complet, daté et signé, rédigé par le vicomte Edmond de Poncins entre le 12 septembre 1891 et le 12 juin 1892. 775 pages, mal chiffrées 1-567 puis 567-774. Petit in-folio (21 x 34,5 cm).
Reliure de l'époque en demi-chagrin vert sapin à coins, dos à cinq nerfs sertis de filets noirs et orné de caissons à froid avec fleurons centraux dorés, titre doré au dos : « Notes sur l'Inde, 1892 ». L'auteur a lui-même inscrit en tête du volume le titre légèrement différent « Notes sur les Indes ». Plats de cartonnage vert encadrés de filets à froid, gardes et contreplats de papier peigné, tête rouge.
Ex-libris gravé de l'auteur contrecollé sur un contreplat, représentant une tente dressée au pied d'un baobab.
Ce volumineux journal s'ouvre à Marseille le 12 septembre 1891, au moment où Poncins embarque à bord du Peï-Ho, paquebot des Messageries Maritimes affecté depuis 1870 à la ligne d'Extrême-Orient. Parmi les passagers, il signale le gouverneur d'Obock, très probablement Léonce Lagarde, alors à la tête de la colonie, ainsi qu'un général britannique chargé de l'inspection de la cavalerie des Indes.
À vingt-cinq ans, Poncins ne possède encore ni la réputation ni les distinctions que lui vaudront bientôt ses explorations d'Asie centrale. Tout est pourtant déjà en place dans ces pages : la curiosité géographique, le goût de l'itinéraire difficile, l'attention portée aux reliefs et aux voies de communication, mais aussi la passion de la chasse qui déterminera une large part de ses voyages ultérieurs.
Le journal suit son avancée presque au jour le jour à travers le sous-continent. Après Bombay et Poona, il visite les sanctuaires bouddhiques de Karlee et d'Ajanta, puis gagne le Gujarat, où il organise des chasses au crocodile sur la Sabarmati. Le voyage se poursuit au Rajasthan, par Udaipur, Jaipur et Alwar, avant Delhi, Agra et la vallée du Gange. Calcutta ouvre une nouvelle séquence du récit, dominée par une longue campagne dans les marais et les mangroves des Sunderbans, puis par la remontée vers l'Assam. Poncins regagne enfin l'ouest par le Pendjab et Karachi, où le journal s'achève le 12 juin 1892.
Cette traversée n'est pas recomposée après coup. Les dates successives, la continuité de l'écriture et l'ampleur même du manuscrit lui conservent le rythme d'une expérience immédiate. Les départs, les attentes, les étapes et les accidents de parcours voisinent avec les descriptions de villes, de paysages et de monuments. Le voyageur note les animaux poursuivis, les conditions de chasse, les moyens de transport, les rencontres et les détails matériels de la route. L'Inde s'y découvre moins comme un tableau ordonné que comme une succession de lieux éprouvés par la marche, le train, la navigation et le campement.
La chasse fournit souvent l'objectif immédiat de l'étape, mais elle ne résume pas le regard de Poncins. Elle le conduit vers les zones humides, les forêts, les cours d'eau et les territoires éloignés des grands centres, l'obligeant à observer la topographie et les conditions concrètes du déplacement. Dans les Sunderbans puis en Assam, le récit prend ainsi la forme d'une exploration progressive du milieu, où l'animal recherché, le paysage et l'organisation de l'expédition deviennent inséparables.
Cette première expérience indienne prépare directement le voyage qui devait établir sa réputation. Dès 1893, Poncins repart vers l'Asie centrale. Depuis le Turkestan russe, il traverse les Pamirs et gagne le Cachemire, consignant ses étapes, ses températures, ses observations cartographiques et ses photographies. Les documents remis à la Société de géographie, aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale de France, témoignent de la précision méthodique acquise au cours de ces voyages. L'expédition lui valut une médaille d'argent de la Société de géographie et donna naissance, en 1897, à Chasses et explorations dans la région des Pamirs.
Né à Saint-Cyr-les-Vignes le 25 mars 1866, Edmond de Montaigne, vicomte de Poncins, consacra une part importante de son existence aux voyages géographiques et cynégétiques. Explorateur, cartographe et photographe, il rapporta de son expédition de 1893 un ensemble considérable de clichés et de documents remis à la Société de géographie. En 1897, il accompagna le prince Henri d'Orléans entre Djibouti et Addis-Abeba lors de la mission auprès de l'empereur Ménélik, avant de publier encore, en 1913, une Note sur le gros gibier de nos colonies.
Son mariage, en 1903, avec Marguerite de Biencourt rattacha son nom aux collections du château d'Azay-le-Rideau. Sa bibliothèque personnelle, dispersée à Cheverny en 2002, portait le même ex-libris à la tente qui figure dans le présent volume. Cette marque de possession ne se contente donc pas d'attester l'origine du manuscrit : elle le replace dans l'ensemble des livres, cartes, photographies et souvenirs réunis par Poncins autour de ses voyages.
En l'état des recherches, aucun récit antérieur d'une ampleur comparable n'a été identifié parmi les manuscrits, publications et archives connues d'Edmond de Poncins. Ces Notes sur les Indes paraissent ainsi constituer le premier grand témoignage conservé de sa vocation d'explorateur, deux ans avant le voyage des Pamirs qui devait le faire connaître.
Précieux journal autographe de 775 pages, demeuré inédit, où se forme au fil de huit mois de route le regard de l'explorateur des Pamirs : avant les médailles, les publications et les grandes missions, l'Inde offre à Edmond de Poncins son premier continent à parcourir, à mesurer et à écrire.