
Edition originale de ce récit de voyage, illustrée de reproductions des photographies que Jack London réalisa durant son périple, dont une en couleurs en frontispice. Exemplaire du premier tirage.
Cartonnage de l'éditeur bleu clair, représentation en couleurs du voilier « Snark » au premier plat, titre et auteur dorés au premier plat, dos lisse avec titre, auteur et éditeur dorés. Infimes frottements au cartonnage, sinon très bel exemplaire.
En avril 1907, Jack London appareille de San Francisco à bord d'un voilier de 45 pieds, accompagné de son épouse Charmian et d'un petit équipage. Le nom de ce ketch, construit aux frais de l'écrivain, fut inspiré par le poème de Lewis Carroll La Chasse au Snark. Le projet initial - un tour du monde de sept ans - est ambitieux, et l'apprentissage se fait largement sur le tas : London s'initie en cours de route à la navigation astronomique.
La traversée du Pacifique les mène d'abord à Hawaï, puis vers les îles Marquises, Tahiti, Bora Bora, Fidji, les Samoa et enfin les îles Salomon. Le voyage est émaillé de difficultés matérielles - la construction du bateau, très coûteuse, se révèle défectueuse - et surtout de graves ennuis de santé : dans les Salomon, London contracte une maladie de peau qui l'oblige à écourter drastiquement l'expédition.
En 1909, le Snark est finalement revendu en Australie, à perte, et les Londons rentrent aux États-Unis, le voyage s'achevant après un peu plus de deux ans, au lieu des sept initialement prévus. Le récit qu'en tire Jack London, The Cruise of the Snark, rassemble des articles rédigés au fil de l'aventure, initialement publiés en revue avant leur compilation en volume.
À Hawaï, les Londons s'attardent pendant plusieurs mois. Jack apprend alors à surfer sous le patronage du "prophète hawaïen" Alexander Hume Ford, un Américain originaire de la Caroline du Sud tombé amoureux de l'archipel. Pratique sacrée à l'origine, le surf déclina fortement à partir de 1820 sous l'effet conjugué de la répression missionnaire et des épidémies décimant la population autochtone. Il renaît au début du XXe siècle grâce à un double mouvement : la revalorisation culturelle par la royauté hawaïenne, puis sa reconversion en sport codifié et diffusé en Occident. En 1908, Alexander Hume Ford fonde l'Outrigger Canoe Club, institutionnalisant ainsi la pratique selon un modèle de club sportif à l'occidentale, et écrit plusieurs articles à ce sujet. Jack London, auteur déjà célèbre, compte parmi les tout premiers à en faire l'éloge littéraire, contribuant à ancrer le surf dans l'imaginaire occidental comme un sport à part entière plutôt que comme une curiosité ethnographique.
Le séjour hawaïen est également marqué par la visite du couple à la léproserie de Molokai, où London entend, dans le chapitre qu'il consacre à cette expérience, démentir les représentations sensationnalistes que la presse de l'époque véhiculait sur le sort réservé aux malades. Il décrit alors une communauté organisée avec ses églises, un kiosque à musique, un club de tir, des équipes sportives et des infrastructures médicales.
L'illustration photographique constitue l'un des traits distinctifs de l'ouvrage. Photographe déjà exercé, Jack London embarque à bord du Snark tout un arsenal d'appareils, dont se servent également Charmian et Martin Johnson, un membre de l'équipage. Environ quatre mille clichés sont rapportés du voyage, dont une large sélection illustre le texte imprimé. Cette abondance iconographique, rare pour un récit de voyage de l'époque, a contribué au succès commercial du livre lors de sa parution, donnant à voir à ses lecteurs des contrées alors quasiment inconnues du grand public occidental.
Bel exemplaire de ce récit de voyage, illustré des nombreuses photographies prises durant la traversée par Jack London et son entourage, et dont l'essai consacré au surf compte parmi les tout premiers textes à célébrer cette pratique polynésienne comme un sport.