Edition originale de cette rare série complète des 66 gravures, toutes en deuxième tirage, de Gavarni publiées dans Le Charivari.
Reliure postérieure (XXème siècle) en plein maroquin rouge à grains longs, dos à cinq faux nerfs orné de caissons à froid et de filets dorés et à froid, double encadrement de filets dorés et à froid sur les plats agrémentés de larges motifs typographiques dorés en écoinçons, premier plat frappé en son centre du titre à l'or consigné entre deux motifs dorés, gardes et contreplats de papier à la cuve, tête dorée sur témoins, spectaculaire reliure attribuée à René Kieffer.
Chaque planche est montée sur onglet. Un petit manque angulaire habilement comblé à la première planche et une déchirure en marge basse de la planche 50 adroitement restaurée, sinon superbe exemplaire d'une grande fraîcheur.
« Le débardeur, en effet, a un second père ; ce père, c'est Gavarni, par qui le carnaval, cette réalité souvent grossière, brutale et licencieuse, est devenu une folie charmante, une comédie pleine de sel et parfois de raison, une illusion gracieuse, une image enfin et un portrait dont tout le défaut est d'être supérieur en tout à son modèle, qui s'efforcerait en vain de l'égaler. » (Jules Hetzel, préface des Œuvres choisies de Gavarni, 1848)
Par cette suite de gravures d'une grande finesse, le caricaturiste rend hommage au personnage de carnaval du débardeur et plus précisément à celui de la débardeuse. Rappelons que dans le Paris du temps de Gavarni le port du pantalon n'était pas autorisé aux femmes à moins d'obtenir une dérogation du commissariat de police. Le carnaval était donc l'occasion pour les femmes de se travestir en homme et d'arborer des vêtements masculins, bien plus moulants que leurs longues robes et leurs triples jupons. Les débardeuses des dessins de Gavarni adoptent - en sus de ces tenues exceptionnelles et très avantageuses pour leurs formes - un langage audacieux, apostrophant les hommes tentant de les accoster : « Va dire à ta mère qu'a te mouche. » (planche 13)
Remarquable.