
Paris, G. Masson, 1872. In-4 de 3 ff. n. ch., IX et 196 pp., accompagné de 51 planches lithographiées hors texte.
Édition originale de cet ouvrage important et fort rare, publié à petit nombre. Catalogue Petit, 656 ; Bibliotheca piscatoria, p. 75 ; Nissen, ZBI, 1018.
L'exemplaire est bien complet de ses 51 planches, chiffrées I à L avec une planche XXXV bis. Elles se répartissent en deux séries distinctes : 36 planches consacrées aux filets, instruments de pisciculture et engins de pêche employés en Chine, puis 15 planches représentant des poissons recueillis par l'auteur, parmi lesquels plusieurs espèces alors nouvelles pour la science européenne. Curieusement, la table des planches ne recense que la première série.
Reliure moderne en demi-chagrin noir à coins, dos lisse orné de doubles filets dorés et de frises dorées en tête et en queue, plats de papier marbré, gardes et contreplats de papier vert. Couvertures originales doublées, restaurées et conservées.
Quelques rousseurs et mouillures marginales affectent certains feuillets, plus sensiblement au début du volume. Deux cachets de bibliothèque en marge droite, l'un sur la page de titre, l'autre à la page IX de l'avant-propos.
Officier d'infanterie avant de devenir diplomate, Philibert Dabry de Thiersant avait fait de ses fonctions en Chine le point de départ d'une vaste enquête sur le pays. Après avoir participé au corps expéditionnaire français, il fut commissaire du gouvernement à Zhoushan et Tianjin, puis occupa successivement les consulats de Hankou, Shanghai et Canton. Ses années chinoises nourrirent une oeuvre abondante consacrée aussi bien à l'organisation militaire, à la médecine et à la pharmacopée qu'aux religions, aux institutions et aux techniques du Céleste Empire.
Son activité consulaire lui donnait accès à des territoires, à des informateurs et à des réseaux de collecte encore difficilement accessibles aux naturalistes européens. Dabry interrogea les pêcheurs, étudia leurs instruments, observa les viviers et les procédés d'élevage, réunit des dessins chinois et constitua parallèlement d'importantes collections zoologiques. Un compte rendu publié par Gaston Tissandier en 1873 lui attribue le retour en France de 850 espèces de poissons, dont un grand nombre auraient alors été inconnues des savants européens.
Cette documentation ne resta pas enfermée dans un cabinet diplomatique. Dabry la fit circuler auprès des spécialistes du Muséum et des sociétés savantes, parmi lesquels Auguste Duméril, Alphonse Guichenot et Pieter Bleeker. Ses spécimens alimentèrent ainsi l'étude d'une faune chinoise encore imparfaitement inventoriée. Plusieurs poissons reçurent son nom, notamment Chanodichthys dabryi et Saurogobio dabryi, décrits par Bleeker en 1871, témoignage durable de la place prise par ses collectes dans l'ichtyologie de son temps.
Publié peu après son retour d'Extrême-Orient, le présent ouvrage donne une forme ordonnée à ce travail de terrain. Jean-Léon Soubeiran, professeur agrégé à l'École de pharmacie de Paris et secrétaire de la Société d'acclimatation, ouvre le volume par une introduction sur la pisciculture chez les différents peuples. Son rôle se limite toutefois à cette mise en perspective : la matière chinoise et la section finale intitulée Nouvelles espèces de poissons de Chine sont attribuées à Dabry de Thiersant. Les deux hommes devaient prolonger leur collaboration en publiant, en 1874, La Matière médicale chez les Chinois.
Les 36 premières planches offrent un véritable inventaire visuel des pratiques halieutiques chinoises. Filets, nasses, lignes, crocs, embarcations, dispositifs de capture, viviers et installations d'élevage y sont représentés avec une précision qui permet d'en comprendre aussi bien la construction que l'usage. Plusieurs figures, accompagnées de légendes en caractères chinois, conservent la marque des documents recueillis sur place par l'auteur.
Loin de considérer ces procédés comme de simples curiosités exotiques, Dabry y reconnaît les éléments d'une économie organisée de l'eau. Il décrit l'élevage des poissons domestiques, le transport des oeufs et des alevins, le repeuplement des cours d'eau, la réglementation des pêches et l'emploi d'espèces adaptées aux viviers et aux rizières. Son livre ne se borne donc pas à observer les pratiques chinoises : il les présente comme un réservoir de solutions dont l'Europe pourrait tirer profit. Le compte rendu contemporain de Tissandier insistait déjà sur cette dimension pratique et sur l'avance que l'auteur attribuait à la Chine dans l'art de l'aquiculture.
À cette première enquête technique succède, à partir de la planche XXXVI, une seconde partie consacrée à l'ichtyologie. Les 15 dernières lithographies représentent les poissons recueillis en Chine, tandis que les pages 178 à 192 en donnent les descriptions. Répertoriée séparément par les bases zoologiques modernes sous le titre Nouvelles espèces de poissons de Chine, cette section constitue un document de nomenclature scientifique autant qu'un complément zoologique à l'étude des pêches.
La curieuse omission de cette seconde série dans la table des planches souligne presque involontairement la double nature du livre. La première partie relève de l'ethnographie technique et décrit les moyens par lesquels les hommes exploitent et cultivent les eaux ; la seconde passe des instruments aux animaux eux-mêmes et fait entrer les collections de Dabry dans le champ de la zoologie descriptive.
Après la Chine, Dabry poursuivit sa carrière comme consul général au Guatemala, avant d'être nommé ministre plénipotentiaire en 1884. Cette dernière étape confirme la singularité d'un diplomate qui transforma chacun de ses postes en observatoire et en lieu de collecte, faisant circuler entre les continents objets, textes, spécimens et savoirs.
Rare édition originale, complète de ses 51 planches lithographiées. Fruit des enquêtes et des collectes d'un diplomate naturaliste, La Pisciculture et la pêche en Chine conduit des filets et des viviers jusqu'aux espèces nouvelles : un même livre y révèle les techniques d'un peuple et enrichit l'inventaire scientifique de sa faune.