
Album unique composé de dix peintures originales en couleurs sur soie beige, marouflées sur papier doré, les contreplats revêtus d'un papier gaufré et doré à décor de fleurs et de feuillages. La dernière peinture porte deux sceaux rouges. Les albums peints de cette nature étant presque toujours demeurés anonymes, la présence de tels sceaux, susceptibles de constituer une marque d'atelier ou de peintre, demeure particulièrement rare. Chaque composition occupe un carré de soie de 16,8 x 16,8 cm. Dépourvues de décor, à l'exception de trois scènes animées par une tenture ou un paravent, elles concentrent toute l'attention sur les figures, rendues par un dessin d'une grande finesse, aux lignes stylisées et à la palette volontairement restreinte de bruns relevés de quelques accents rouges sur fond beige.
Album en accordéon recouvert de soie bleue à motifs dorés. Conservé dans sa boîte d'origine en bois à fond et couvercle (24,5 x 28,5 cm), portant une inscription manuscrite sur le couvercle ; étiquette manuscrite de l'album frottée. Coins usés avec petits manques de soie, frottements au papier doré, quelques salissures et légères traces de mouillure en marge de certaines peintures. La conservation de cette boîte d'origine, destinée à préserver un objet conçu pour demeurer à l'abri des regards, constitue un élément peu commun. La datation proposée, vers 1880, demeure indicative : s'agissant d'une œuvre peinte unique, aucun élément externe ne permet une attribution chronologique certaine, mais le dépouillement du dessin et la sobriété de la palette s'accordent avec une production de l'ère Meiji.
Le terme shunga (春画), littéralement « images du printemps », le printemps constituant un euphémisme traditionnel de la sexualité dans la langue japonaise, désigne l'ensemble de l'art érotique japonais. Avant que cette appellation ne s'impose, les recueils peints ou manuscrits étaient fréquemment désignés sous le nom de makura-e, ou « images de l'oreiller ». C'est à cette tradition qu'appartient notamment l'Utamakura (« Poème de l'oreiller »), célèbre suite de douze estampes érotiques publiée en 1788, attribuée à Kitagawa Utamaro et éditée par Tsutaya Jūzaburō, aujourd'hui conservée notamment au British Museum et considérée comme l'un des chefs-d'œuvre du genre.
Si les peintures de cet album reprennent certains codes propres au shunga - notamment la représentation volontairement amplifiée des organes génitaux et le rôle des étoffes dans le dévoilement autant que dans la dissimulation des corps - elles s'en distinguent par une exécution d'une remarquable délicatesse. Loin du caractère souvent démonstratif des estampes érotiques de l'époque d'Edo, elles privilégient un dessin épuré, une gamme chromatique volontairement réduite et une composition qui accorde aux figures féminines et masculines une présence d'une rare équivalence. Cette économie de moyens confère à l'ensemble une élégance particulièrement singulière.
L'ère Meiji (1868-1912), marquée par une politique d'occidentalisation et de moralisation de la société japonaise, voit se mettre progressivement en place une législation plus sévère à l'égard des représentations érotiques, les premières mesures de censure étant adoptées dès 1869. Ce contexte, auquel s'ajoute l'essor de la photographie érotique d'inspiration occidentale, explique en partie la rareté des albums peints de cette période, rarement signés ou datés, dont nombre d'exemplaires gagnèrent les collections européennes et américaines dans le sillage du japonisme.
Rare témoignage de la survivance de la tradition du shunga à l'aube de l'ère Meiji, cet album réunit la préciosité d'un ensemble peint demeuré unique, conservé dans sa boîte d'origine, et la remarquable qualité d'exécution d'une production aujourd'hui beaucoup plus rare que les estampes érotiques japonaises auxquelles elle est souvent réduite.