
Japon, vers 1900. Emakimono érotique composé de douze peintures originales sur soie, montées en continu dans un rouleau revêtu de soie à motifs de brocart doré et bordé de liserés d’or. Les marges externes sont en soie imprimée, tandis que les peintures sont contrecollées sur une soie plus claire ornée de motifs de nuages, l’ensemble étant monté sur papier.
Quelques piqûres et légères taches sur la soie. Chaque peinture mesure 18 x 23,5 cm ; rouleau complet : 24,5 x 380 cm. Bel état général.
La série comprend douze scènes, nombre traditionnellement associé aux rouleaux shunga. Ici toutefois, les peintures ne se présentent pas comme une succession autonome de couples ou de situations érotiques : elles composent un véritable récit continu, depuis l’arrivée sur terre d’une femme céleste jusqu’à son retour au ciel.
L’iconographie renvoie sans ambiguïté au cycle japonais du Hagoromo. Une jeune femme céleste descend sur terre vêtue de sa robe de plumes ; un pêcheur s’empare du vêtement qui lui permet de regagner le ciel, et l’aventure terrestre qui s’ensuit devient ici le cadre d’une progression érotique en plusieurs tableaux. La première et la dernière scènes s’ouvrent sur une pinède dominée par le mont Fuji, paysage qui évoque directement Miho no Matsubara, sur la baie de Suruga, lieu traditionnellement associé à la légende.
La version représentée dans le rouleau se distingue cependant du drame nô canonique Hagoromo. Dans celui-ci, le pêcheur restitue finalement la robe à la tennyo en échange d’une danse céleste ; le présent cycle appartient davantage à la vaste famille des récits de la femme céleste dont le vêtement est dérobé par un homme, entraînant son séjour forcé dans le monde humain avant son retour au ciel. L’artiste associe ainsi la géographie et les signes propres au Hagoromo japonais - le pêcheur, la robe de plumes, les pins et le Fuji - à une variante narrative plus développée du même fonds légendaire.
Dans les scènes érotiques, plusieurs détails domestiques reviennent d’un tableau à l’autre, notamment des mouchoirs employés pour la toilette intime avant ou après l’acte. Cette attention aux gestes et aux objets de la vie quotidienne renforce la continuité du récit et inscrit l’aventure merveilleuse dans un univers charnel très concret.
La transformation d’un thème classique en séquence érotique peut être rapprochée du procédé du mitate, bien attesté dans l’art japonais, qui consiste à transposer ou à parodier un sujet littéraire ou légendaire dans un autre registre. Le procédé fut abondamment appliqué aux grands récits classiques, notamment au Genji monogatari ; son application au Hagoromo n’a toutefois pu être documentée par ailleurs au cours de nos recherches.
Le caractère narratif de l’ensemble est d’autant plus remarquable que les séries shunga de douze scènes sont le plus souvent constituées d’épisodes indépendants. Des cycles continus existent, mais demeurent moins fréquents ; le présent rouleau se distingue par l’usage d’une légende immédiatement reconnaissable comme structure de l’ensemble, avec un véritable commencement, un développement et un retour final au paysage initial.
La facture et le montage situent ces peintures dans une phase tardive de la tradition du shunga peint, probablement autour de 1900. L’absence de signature ou de cachet identifiable ne permet pas d’en préciser l’auteur, mais n’est nullement inhabituelle dans ce type de production.
Ce rouleau ne se contente donc pas d’illustrer le Hagoromo : il en déplace le sens. Le récit du passage entre ciel et terre devient ici une histoire du désir, du séjour parmi les hommes et du retour au monde céleste, dont les douze scènes transforment une légende classique en véritable narration érotique continue.