
Rouleau peint, ou makimono, composé de douze peintures sur soie à fond transparent, montées bout à bout en une longue bande continue de 840 cm - soit douze panneaux de 70 x 14 cm - contrecollée sur papier et bordée d’or sur ses lisses. Une fois entièrement déroulé, le ruban de papier support atteint 869 cm. Rouleau monté sur une tige de bois et conservé dans son étoffe de soie verte d’origine. Quelques rousseurs et taches localisées affectent certains panneaux, sans compromettre l’harmonie de l’ensemble, qui demeure dans un état de conservation satisfaisant.
Non signé, ce rouleau s’inscrit stylistiquement dans l’entourage de Miyagawa Shunteï (1873-1914), peintre et illustrateur formé auprès de Tomioka Eisen, et peut être daté des premières décennies du XXe siècle.
Ce rouleau appartient à la production tardive du genre makura-e, ces « images d’oreiller » plus connues aujourd’hui sous le nom de shunga. Après la restauration de Meiji, leur production déclina fortement sous l’effet d’une politique de modernisation morale du pays. Les descentes de police menées notamment entre 1895 et 1905 entraînèrent la confiscation et la destruction de nombreuses œuvres ; le sujet demeura longtemps tabou, jusqu’à l’ère Taishō. Cette raréfaction explique la présence singulière, presque survivante, des pièces exécutées à cette période.
L’hypothèse d’un lien avec l’entourage de Miyagawa Shunteï n’est pas sans fondement. Élève du peintre et illustrateur Tomioka Eisen, Shunteï appartient à ce milieu de l’estampe et de la peinture de la fin de Meiji où l’élégance des figures, la délicatesse des coloris et la souplesse du trait purent encore servir des sujets que la morale officielle s’efforçait déjà de faire disparaître. Plusieurs œuvres de shunga attribuées à Shunteï et datées des environs de 1900 sont recensées dans les bases de référence sur l’estampe japonaise, attestant du moins la vraisemblance d’une pratique occasionnelle du genre de son vivant.
La composition en bande étroite et continue, propre au makimono, donne à l’ensemble son rythme particulier : les scènes ne s’offrent pas d’un seul regard, elles se découvrent peu à peu, au fil du déroulé, comme si le support lui-même réglait l’attente, la retenue puis la révélation.
Ensemble complet et rare de douze peintures sur soie relevant du shunga tardif, conservé dans son montage en rouleau original, à la palette raffinée et dans un état de conservation globalement satisfaisant. Une œuvre discrète par nécessité, précieuse par survivance, et dont l’attribution prudente à l’entourage de Miyagawa Shunteï ajoute encore à ce charme des images qui ont dû apprendre, pour durer, l’art de se cacher.