
Recueil en accordéon (orihon) réunissant douze grandes peintures sur soie, chacune de 24 x 34,5 cm, représentant des couples enlacés dans l’intimité charnelle. Chaque scène, savamment cadrée par des éléments d’architecture intérieure - paravents, cloisons coulissantes, fenêtres -, fait de l’espace domestique le théâtre même du regard, dans une mise en scène du dévoilement voyeuriste propre à l’érotisme japonais. Les soies sont insérées librement dans des cadres de papier mobiles.
Plats recouverts d’un tissu de soie verte à motifs ; étiquette du plat supérieur disparue. Tissu passé, quelques perforations, traces de mouillure dans la partie basse du premier plat, petits manques en bordure, fente à la jointure en tête et en queue du premier plat.
Ces peintures, d’une grande douceur d’exécution et d’un remarquable raffinement de composition, présentent une évidente parenté de manière avec l’œuvre du peintre et illustrateur Yamamoto Shōun (1870-1965), figure de transition entre l’ukiyo-e tardif et le shin-hanga, notamment célèbre pour ses estampes de bijin, dont la série Ima Sugata (1906-1909). Aucune production shunga autographe de Shōun n’est toutefois documentée à ce jour : ce rapprochement doit donc être entendu comme une affinité stylistique, dans la tradition bien attestée des albums érotiques peints « à la manière de » ou « copiés d’après » de grands noms de l’estampe.
On notera d’ailleurs qu’un album comparable de peintures érotiques sur soie, vendu chez Bonhams sous l’intitulé explicite « After Yamamoto Shoun », était daté de l’ère Shōwa. Le shunga peint (nikuhitsu shunga), destiné à une clientèle aisée, se perpétue en effet discrètement bien après la fin de l’ère Edo, malgré la réprobation officielle qui frappe le genre à partir de l’ère Meiji.
Rare ensemble complet de douze compositions, d’une remarquable unité chromatique et d’une grande élégance de facture, s’inscrivant dans la tradition la plus accomplie du shunga peint japonais et à rattacher à l’univers stylistique de Yamamoto Shōun.