
Édition originale du Voyage pittoresque à l'Île-de-France, au Cap de Bonne-Espérance et à l'Île de Ténériffe, publiée à Paris par Auguste Nepveu en 1812 et imprimée par Le Normant. Deux volumes de texte in-8 accompagnés d’un atlas. Le second volume contient trois tableaux dépliants hors texte ; l’atlas réunit dans cet exemplaire 45 planches gravées, simples ou dépliantes, dont trois cartes et 42 plans et vues pittoresques, la plupart conservés sous serpentes.
Quelques rousseurs dans les volumes de texte et l’atlas.
Reliures légèrement postérieures pour les volumes de texte, en demi-veau noir glacé à coins, dos lisses ornés de filets, cercles et larges fleurons dorés, pièces de titre et de tomaison de veau bordeaux, plats de papier marbré à la cuve encadrés d’une guirlande estampée à froid. Petits frottements aux dos et aux plats. L’atlas a conservé son cartonnage d’attente de papier marbré de l’époque, avec dos moderne refait en percaline verte et étiquette de titre encollée au centre du plat supérieur. L’ensemble est présenté dans un emboîtage moderne en demi-maroquin vert bouteille, dos à nerfs, pièce de titre de même maroquin contrecollée au centre du plat supérieur.
Étiquette ancienne encollée au contreplat du premier volume en guise d’ex-libris de Lady Le Fleming, à Rydal Hall, qui fut pendant plusieurs siècles la demeure de la famille Le Fleming.
Jacques-Gérard Milbert (1766-1840), peintre, dessinateur et graveur, avait été formé auprès du paysagiste Pierre-Henri de Valenciennes avant d’enseigner le dessin à l’École des mines à partir de 1795. En 1800, il embarqua comme dessinateur sur le Géographe pour l’expédition aux Terres australes commandée par Nicolas Baudin. Son propre titre lui attribue également la direction des gravures de la partie historique de la relation officielle du voyage.
Lorsque le Géographe fit escale à l’Île de France en mars 1801, la maladie empêcha Milbert de poursuivre vers l’Australie. Il resta près de deux années sur l’île et mit ce séjour à profit pour en étudier les paysages, les habitants, la faune, la flore et la géographie. Le musée Léon-Dierx souligne l’importance du portefeuille de dessins qu’il constitua alors directement sur les lieux. En août 1803, il retrouva le Géographe lors de son voyage de retour et regagna finalement la France à son bord, après une nouvelle escale au cap de Bonne-Espérance.
Le Voyage pittoresque, publié neuf ans plus tard, dépasse ainsi largement la simple suite de souvenirs d’un peintre voyageur. Milbert décrit l’histoire et l’administration de l’Île de France, ses habitants, ses cultures et ses activités ; l’histoire naturelle y occupe également une place importante, jusqu’à accueillir dans le second volume une contribution de Pierre-André Latreille consacrée aux crustacés et aux insectes. Ryckebusch souligne justement que certains développements concernant notamment La Bourdonnais, Pierre Poivre, l’administration, les habitants ou les cultures intéressent également l’histoire de l’Île Bourbon.
L’atlas accompagne cette enquête par l’image. Les vues ont été dessinées sur place et Milbert en grava lui-même une partie, ainsi que l’annonce expressément le titre. Habitations, montagnes, rivières, jardins, ports et établissements sont représentés avec le goût du paysage acquis auprès de Valenciennes, mais aussi avec une attention constante à la topographie et aux usages des lieux. Plusieurs de ces gravures sont aujourd’hui conservées dans les collections publiques de l’océan Indien, notamment au musée Léon-Dierx.
Cette attention explique sans doute le passage naturel de Milbert du dessin à l’histoire naturelle. Il devint correspondant du Muséum d’histoire naturelle de Paris, qualité sous laquelle le représente encore son portrait conservé au Louvre, et poursuivit après son retour ses activités de collecte et d’observation.
Né de la même expédition que la relation de Péron et Freycinet, son livre en offre ainsi un contrechamp singulier : arrêté à l’Île de France avant d’atteindre les Terres australes, Milbert consacra deux années à observer en détail ce qui n’aurait dû être qu’une escale. Le Voyage pittoresque en conserve le résultat, réunissant dans un même ouvrage le regard du paysagiste, les relevés du voyageur et les observations du futur correspondant du Muséum.