
Très rare édition originale, publiée à Munich en 1819, illustrée d'un frontispice et de cinq planches hors texte lithographiées par Carl Friedrich Heinzmann, portant la signature « Carl Heinzmann fec. 1819 ». Cf. Quérard, IV, 424 ; Pfeiffer, 220.
Reliure moderne à la bradel en plein cartonnage recouvert de papier gris, dos lisse, pièce de titre en long de maroquin rouge. Couvertures bleu-gris muettes conservées. Quelques rousseurs, second plat sali.
Une des planches porte une dédicace latine à Maximilien Ier Joseph, roi de Bavière, célébré comme « père de la patrie » : « Maximiliano Josepho patri patriae », accompagnée de la date MDCCCXIV.
Exemplaire provenant de la bibliothèque des princes Starhemberg au château d'Eferding, avec mention manuscrite de provenance sur la couverture et cachet de bibliothèque en partie estompé. Constituée au fil de plusieurs générations, la bibliothèque des Starhemberg comptait un important fonds français et européen ; une partie notable en fut dispersée au XXe siècle.
Inventée à Munich par Aloys Senefelder à partir de 1796, la lithographie demeure encore peu employée pour l'illustration du livre au cours des premières décennies de son existence. Autour de 1818-1820, le procédé connaît cependant une diffusion nouvelle en Europe : Senefelder publie en 1818 son traité allemand, le Vollständiges Lehrbuch der Steindruckerey, dont les premières traductions française et anglaise paraissent dès l'année suivante. C'est précisément en 1819, dans la ville même où la technique avait été mise au point, que paraît le présent ouvrage.
Ses six lithographies appartiennent ainsi à la première période de développement de ce nouveau langage de l'image imprimée. Dès 1930, le libraire Jacques Rosenthal les qualifiait d'« Incunabeln der Lithographie », soulignant leur place précoce dans l'histoire du procédé. Sans donner à cette expression une valeur bibliographique stricte, elle témoigne de l'intérêt ancien porté à l'illustration de cet ouvrage.
Les planches représentent la station thermale d'Alexandrebad et les paysages rocheux de la Luisenburg voisine, dans le Fichtelgebirge bavarois. Leur auteur, Carl Friedrich Heinzmann (1795-1846), n'a que vingt-trois ans lorsqu'il les exécute. Formé d'abord auprès de Johann Baptist Seele puis à Munich dans l'atelier de Wilhelm von Kobell, il se trouve alors au commencement de sa carrière. Dès 1822, il entre à la manufacture royale de porcelaine de Nymphenburg, où il devait se distinguer particulièrement dans la peinture de paysages.
Ces vues de 1819 prennent ainsi place à un moment singulier : celui où un jeune paysagiste expérimente un médium encore récent, quelques années seulement avant d'appliquer sa maîtrise du paysage à la peinture sur porcelaine. La lithographie, qui permet un travail direct sur la pierre et une grande liberté dans le rendu des masses, des accidents rocheux et des valeurs, convenait particulièrement aux paysages pittoresques d'Alexandrebad et de la Luisenburg.
L'auteur signe ici « comte de Lagarde Messence ». Il s'agit d'Auguste Louis Charles de La Garde, également catalogué sous la forme La Garde-Chambonas et connu sous différentes variantes de son nom. La Bibliothèque nationale de France cite précisément le Coup d'œil sur Alexandrebad et Louisebourg parmi les ouvrages permettant d'établir son identité. Voyageur et mémorialiste familier de l'Europe des cours, La Garde devait surtout rester connu pour ses Souvenirs du Congrès de Vienne, célèbre témoignage sur la vie mondaine européenne des années 1814-1815.
Publié à Munich l'année même où le traité de Senefelder commence à diffuser largement la lithographie hors d'Allemagne, ce petit ouvrage de voyage dépasse ainsi la simple évocation pittoresque d'une station thermale bavaroise : ses six planches de Carl Heinzmann saisissent, à ses débuts, la rencontre entre un jeune paysagiste et un procédé nouveau appelé à transformer durablement l'illustration du livre au XIXe siècle.