
Première édition collective des œuvres de François-René de Chateaubriand, publiée par livraisons entre 1826 et 1831, et réunie ici en 32 volumes. Édition en partie originale, elle donne notamment pour la première fois Les Natchez, Le Dernier Abencérage, le Voyage en Amérique et Moïse. Chaque volume est orné d’un frontispice gravé sur bois par Charles Thompson, graveur anglais installé à Paris depuis 1816, représentant une jeune femme assise devant une pierre portant le titre Chateaubriand, Œuvres complètes.
Reliures strictement contemporaines en demi-veau brun. Dos à nerfs ornés de deux fers à froid, de roulettes en tête et en queue ainsi que sur les nerfs, pièces de titre et de tomaison de veau brun. Quelques défauts localisés : manque en queue du tome IV ; tome V bis avec manques aux mors en tête et épidermure en queue ; tome V ter avec mors supérieur fendu en tête, accident avec manques en tête et coiffe de queue élimée ; épidermures en queue des tomes IX, X, XI, XVIII, XIX, XXIII, XXIV, XXVII et XXVIII, avec petit manque au tome XI ; tête du tome XXVIII frottée ; supplément au tome XXII frotté. Hormis de rares piqûres, ensemble remarquablement frais, imprimé sur beau papier vergé, avec les rousseurs habituelles aux gardes.
Ex-libris gravé aux armes de la famille d’Aurier de Piessac, très vraisemblablement celui de Pierre-Camille, baron d’Aurier de Piessac (1786-1866), chef d’escadron des lanciers de la Garde royale, chevalier de Saint-Louis et officier de la Légion d’honneur.
L’ensemble se décompose en 32 volumes : Essai sur les révolutions (2 vol., 1826) ; Mélanges historiques (1 vol., 1827) ; Études historiques (4 vol., 1831) ; Voyages en Amérique (2 vol., 1827) ; Itinéraire (3 vol., 1826) ; Génie du christianisme (5 vol., 1826-1827) ; Atala, René et Le Dernier Abencérage (1 vol., 1826) ; Les Martyrs (3 vol., 1826) ; Les Natchez (2 vol., 1826) ; Mélanges littéraires (1 vol., 1826-1828) ; Mélanges et poésies (1 vol., 1828) ; Discours et opinions (1 vol., 1826) ; Mélanges politiques (2 vol., 1826-1828) ; Polémique (1 vol., 1827) ; De la liberté de la presse (1 vol., 1828) ; Table (1 vol., 1831), non coupée ; enfin Moïse (1831), appendice au tome XXII, sans tomaison propre.
Chateaubriand ne se contente pas ici de faire réimprimer ses livres. Il dirige lui-même l’organisation de l’ensemble et rédige pour plusieurs textes de nouvelles préfaces, dans lesquelles il revient sur leur naissance, les circonstances de leur composition, les hommes rencontrés et les événements traversés. L’œuvre publiée se trouve ainsi relue à la lumière de l’existence de son auteur ; ces préfaces, qu’il présente lui-même comme intimement liées à ses futurs Mémoires, commencent déjà à faire des livres antérieurs les témoins de sa propre histoire.
Cette entreprise paraît pourtant dans un contexte éditorial fragile. Ladvocat, engagé depuis plusieurs années dans la publication des œuvres de Chateaubriand, traverse de graves difficultés financières au cours de la série ; Dufey apparaît à ses côtés dans les derniers éléments de l’ensemble, notamment pour Moïse en 1831. La publication s’étend donc sur cinq années durant lesquelles l’œuvre continue de s’accroître, tandis que son auteur en réordonne le passé.
Avant même les Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand commence ainsi par revenir sur ses propres livres ; volume après volume, les préfaces ajoutées à cette collective font déjà entrer sa vie dans l’œuvre qu’il remet entre les mains de ses lecteurs.