
Edition originale pour laquelle il n'a pas été tiré de grands papiers.
Riche iconographie.
Précieux envoi autographe signé d'André Malraux : "Pour Jean Dubuffet - qui ne sera pas d'accord mais qui pourra se consoler avec les images ! André Malraux. Déc. 1947."
Ce très intéressant envoi de Malraux reflète bien les opinions croisées de l'écrivain et du peintre à propos de l'art :
"En 1947, alors que Malraux fait paraître aux éditions Albert Skira le premier essai de Psychologie de l'art intitulé Le Musée imaginaire [dont cet exemplaire est l'édition originale], Jean Dubuffet et quelques personnes associées inaugurent le Foyer de l’Art Brut dans les sous-sols de la Galerie René Drouin, place Vendôme à Paris. Les deux hommes, qui se connaissent, usent de la documentation photographique pour affirmer leur conception de l’art. Mais à la visée globalisante et inclusive de Malraux, érigeant l’abstraite notion de 'style' comme dénominateur commun des œuvres d’art de l’humanité, Dubuffet substitue la spécificité d’un 'art brut', qui se situe en partie 'contre' le musée, et dont il affine la définition par une vaste entreprise de prospection et de documentation. Une construction dans laquelle la reproduction photographique joue un rôle essentiel." rappelle Baptiste Brun dans son essai "Le Musée imaginaire de Jean Dubuffet ? Réflexions sur la documentation photographique dans les archives de la Collection de l’Art Brut" (Cahiers de l'Ecole du Louvre, 2012, n° 1).
Ces événements simultanés sont restés longtemps présents dans la mémoire de l'écrivain. Ainsi, à l'inauguration de la donation Dubuffet aux Arts Décoratifs en 1967, "le ministre [Malraux] aurait dit au peintre : " Savez-vous que l'art brut est né en même temps que le Musée imaginaire ?... " (Le Monde, 15 septembre 1967).
Superbe exemplaire d'un texte fondateur de Malraux, qui offre avec cet envoi teinté d'humour sa conception de l'art à l'iconoclaste Dubuffet : "Bien que sa conception diffère amplement de l’admiration sans équivoque que professe Malraux pour l’ensemble des œuvres du musée imaginaire, [Dubuffet] va puiser aux franges de celui-ci pour développer ce qu’il nommera à partir d’août 1945 l’Art Brut. Un projet qui relève encore de la modernité." (Baptiste Brun, ibid.)