
Lettre autographe de Donatien Alphonse François de Sade rédigée d'une écriture serrée, 13 lignes à l’encre sur une page, adressée à sa femme Renée-Pélagie.
Sans date, cette lettre a été rédigée au début du mois de juillet 1779 à la prison de Vincennes. Elle est publiée dans Marquis de Sade. Lettres à sa femme, Marc Buffat, 1997 (p. 112).
Une mouillure marginale, quelques plis et un petit manque marginal dû au décachetage de la lettre. Adresse de Madame de Sade à Paris au dos.
A la suite de plusieurs scandales liés à des violences sexuelles exercées sur des femmes - l'affaire de la maison d'Arcueil, l'affaire Rose Keller, l'affaire de Marseille, entre autres -, la belle-mère du marquis de Sade, Madame de Montreuil, obtint contre lui une lettre de cachet et l'attira à Paris sous prétexte de la maladie de sa mère ; il y fut arrêté et conduit au donjon de Vincennes, où il fut détenu jusqu'à son transfert à la Bastille en 1784.
Dans cette lettre, le Marquis de Sade se plaint des conditions de sa détention - "je n’ai ni promenade de plus ni chambre changée ni le domestique quand je dîne" - et reproche à sa femme, d'un ton ironique, de ne pas se soucier de son confort carcéral : "cela me prouve combien ce qui m’intéresse vous touche, et la pitié que vous avez de mon sort". Il la menace alors d'une nouvelle fuite en écho à sa cavale de 1778, lorsqu'il réussit à s'échapper pendant quarante jours lors de son transfert des prisons d'Aix-en-Provence au donjon de Vincennes : "eh bien Messieurs et Mesdames je vous déclare que si vous ne m’accordez fort promptement ces trois objets que je demande je regarderai cela comme la preuve d’un fort prompt départ".
Emprisonné depuis deux ans et demi, le Marquis de Sade demeure dans l'ignorance quant à la durée de sa peine. Le ton humoristique de ses lettres, comme c'est encore le cas ici, changera sensiblement au cours des années suivantes, lorsqu'il commencera à s'inquiéter sérieusement de sa santé, et particulièrement de l'état de son œil, dont il perdra, pour un temps, une grande partie de l'usage. N'espérant plus voir sa libération, Sade éprouvera une fatigue et une colère croissantes, qui se manifesteront également dans le caractère de plus en plus violent de ses lettres à Renée-Pélagie, laquelle lui restera néanmoins fidèle tout au long de sa détention.
Une lettre sarcastique rédigée durant la troisième année de la peine du marquis de Sade, alors qu'il ignore encore qu'il passera en prison près de trois décennies.