22 décembre 1907
20 février 2003
Précieuse réunion de documents scolaires : rédactions, carnets et bulletins scolaires, carnets de bons points.
Huit relevés de notes de décembre 1921 à avril 1924
Un livret scolaire (2nde et 1ère B)
Un carnet de bons points, dont la couverture astucieuse a été confectionnée par le père de Maurice Blanchot
Une invitation à la réunion de rentrée des étudiants de l'Action Française
Un tableau d'honneur (1ère B)
Deux distributions solenelles de prix (2nde et 1ère B)
Sept bordereaux de demande des livres au magasin de la bibliothèque universitaire de Strasbourg
Un sujet dactylographié de composition française pour le certificat d'études supérieures de juin 1927
Un sujet dactylographié de version latine pour le certificat d'études supérieures de juin 1927
Un devoir de français (1ère B) sur les Fables de La Fontaine (10pp., 17x22cm)
Huit versions latines
Deux thèmes et une version allemande
Cinq dissertations de philosophie :
- La logique affective (8 pp. ; 17x22cm)
- Le rôle des éléments affectifs dans l'association des idées (8 pp. ; 17x22cm)
- Le rôle des éléments affectifs et moteurs dans l'attention (8 pp. ; 17x22cm)
- "Tout sentiment réel perd sa force, dans la mesure où il s'intellectualise" (8 pp. ; 17x22cm)
- Qu'est-ce qu'une science théorique et une science appliquée ? (8 pp. ; 17x22cm)
Deux ensembles manuscrits de leçons de philosophie de 22 et 18 feuillets recto-verso à l'écriture très dense, sans doute plus tardifs que les devoirs précédents.
Nous avons confié ces documents à Michael Holland, chercheur et professeur de littérature française au St Hugh's College à Oxford, auteur de plusieurs travaux sur Maurice Blanchot dont Avant dire : Essais sur Blanchot paru en 2015 chez Hermann. Son analyse détaillée paraîtra prochainement dans les Cahiers Maurice Blanchot. Nous utilisons ici quelques extraits de cette étude pour présenter ces documents inédits et jusqu'alors inconnus.
La grande discrétion de Blanchot sur sa jeunesse et l'absence presque totale de documents biographiques ont contraint les rares biographes de Blanchot à de nombreuses suppositions sur le parcours du plus secret écrivain du XXème siècle.
Le livret scolaire et divers autres documents dans cet ensemble permettent ainsi de retracer la scolarité de Blanchot.
Holland y relève que « jusqu'en 1921 Blanchot a poursuivi ses études à domicile, sous la direction de son père, Isidore, professeur de lettres qui offrait des cours privés à des enfants de familles aisées. [...] La petite collection de "Témoignages de Satisfaction" et de "Citations d'Honneur" signés "Le professeur / I. Blanchot" sont la précieuse et touchante trace de ces années. »
Blanchot a ensuite fait des « études pendant trois ans au Collège de Garçons de Chalon-sur-Saône [...] [et] a donc passé son bac en 1924 et non pas en 1922 [...] Il a choisi la formation offerte par la Section B (Latin-Langues vivantes) [...] Il a choisi de terminer ses études en Classe de Philosophie.
Un livret scolaire couvrant les trois années de sa scolarité à Chalon présente une image très détaillée du jeune élève. Après une année de Seconde où le progrès de "Bon ou Très Bon élève" à "Excellent élève" peut s'observer clairement pour certaines matières [...] Seule ombre à ce tableau brillant : la maladie. [...] On constate que ce sont les cours de Première qui semblent avoir été affectés par cet épisode. »
à la lumière de ces éléments, Michael Holland met en regard « la carrière de Blanchot et celle de Jean-Paul Sartre qui, d'Henri IV à Louis-le-Grand est finalement entré à l'ENS de la rue d'Ulm en 1924. Même parcours de champion, mêmes récompenses et mêmes honneurs, chacun est un élève hors pair. Et l'on constate dans L'Imagination de Sartre, publié en 1936 mais commencé pendant sa préparation du Certificat de Psychologie vers 1927, un même intérêt pour les idées de Théodule Ribot qui parsème ses dissertations. [...]
Quatre dissertations de Psychologie, une de Philosophie et une de Littérature offrent un aperçu précieux de ce dont le jeune Blanchot était capable pendant l'année où il préparait son baccalauréat. Par ses commentaires en marge des dissertations de Blanchot son professeur de philosophie, M. Bochot montre bien qu'il savait qu'il avait affaire à un esprit exceptionnel, parfois indiscipliné mais capable d'analyses et de critiques d'une grande acuité. »
Michael Holland propose ensuite une analyse détaillée des divers travaux de Blanchot, en corrélation notamment avec les écrits de Ribot, qui met en relief les connaissances et le précoce esprit critique du jeune Blanchot. Il relève également dans ces travaux de jeunesse les prémisses d'une pensée qui marquera bientôt la critique littéraire du XXème siècle.
Voici quelques extraits de son travail, donnant un aperçu de la qualité et de l'intérêt des dissertations de l'élève Blanchot :
« Cette dissertation suit de près l'argument de l'article "La Logique affective" de Th. Ribot paru dans la Revue philosophique en 1904. »
« Plus hardie est l'affirmation que la similitude affective est aussi à la base de certaines associations d'états de conscience. Le "ton émotionnel" apporté par la joie, la tristesse devient un centre d'attention groupant des états de conscience sans rapport rationnel entre eux, un pivot autour duquel s'agitent des groupements inattendus. C'est l'artiste qui est le premier bénéficiaire de cette analogie des sensations qui amène par exemple un aveugle-né à expliquer le rouge écarlate en le comparant au son d'une trompette (exemple qui a son origine chez Locke et qui est régulièrement cité au XIXème siècle). Rejetant des explications embryologiques et anatomiques de ces associations Blanchot affirme que "l'explication psychologique paraît la seule bonne" avant d'ajouter : "cette manière de sentir un peu spéciale n'est point, cependant, le privilège de quelques excentriques ou déséquilibrés, sans parler des conceptions fantastiques ni même des sentiments surprenants qu'expriment certains symbolistes et décadents, on rencontre, même chez le peuple et peut-être surtout chez le peuple, cette sensibilité singulière que d'autres cultivent et raffinent, comme une rareté précieuse". »
« Ayant conclu que dans bien des cas la cause de nos associations réside dans la disposition affective et non ailleurs, Blanchot va plus loin : le ton émotionnel qui accompagne des représentations associées peut aussi renforcer leur liaison. Ici, Blanchot fait entrer dans son raisonnement un auteur proche mais aussi bien différent de Th. Ribot : le philosophe américain William James ».
« À partir d'ici, l'idée de l'"affinité émotionnelle" qui relie ce qui nous vient à l'esprit à nos dispositions actuelles inspire à Blanchot des exemples de plus en plus personnels (« Quand nous sommes tristes... L'homme heureux... aujourd'hui mon enthousiasme... demain la faillite de mon bonheur »)..
« Blanchot conteste la thèse de Ribot en faisant appel à son expérience personnelle considérée comme égale à celle de tout le monde. »
« Ici comme dans les dissertations consacrées à Th. Ribot on constate l'insatisfaction de Blanchot devant les dualismes établis, son souci de dégager une troisième position qui en complique les relations. Ici c'est à l'aide des travaux d'Edmond Goblot (1858-1935) que Blanchot poursuit ses analyses. »
« Lorsqu'on étudie la fable chez La Fontaine, dit Blanchot, "il faut se placer à un double point de vue". "Pourquoi cette option ?" répond son professeur. En littérature comme on philosophie, on le constate, le même souci d'aller au-delà des perspectives simples caractérise l'approche du jeune élève. »
« C'est par rapport à cette société que "le vieux conteur de gauloiseries a su rester lui-même". De là à suggérer qu'un tel exemple ait inspiré le Blanchot romancier qui se mettra à l'œuvre peu d'années plus tard, il n'y a qu'un pas. Mais pour comprendre le jeune nationaliste qui va bientôt (si ce n'est déjà fait) forger des engagements qu'on continue de lui reprocher, on notera que ce qui fait de La Fontaine un poète vraiment français, c'est d'avoir été "le seul peut-être en son temps qui ait vu passer par nos forêts le pauvre bûcheron tout couvert de ramée", le seul à avoir trouvé le moyen, sous "la froide et brillante enveloppe des mots", de troubler le cœur par ce spectacle. Bref - et c'est manifeste dans toutes les dissertations de cette période - le souci qui anime le jeune Blanchot, et qui lui inspirera des prises de position qu'il regrettera par la suite, est profondément humain. Son professeur demande : "Pourquoi sacrifiez-vous le lyrisme ?". C'est parce que déjà, pour Blanchot, écrire c'est sortir des cadres prescrits, qu'ils soient moraux ou esthétiques, et aller au-devant de la crise qui, dans les années 1920, commence à faire de l'homme l'enjeu de puissances complexes et redoutables. »
Plus que des reliques de son enfance, ces documents constituent une trace précieuse de l'éducation et de la formation d'un des esprits les plus éclairés de notre temps.
Manuscrit autographe de l'auteur de 2 pages et demie in-4 publiée dans le numéro du 27 Avril 1944 du Journal des Débats. Manuscrit complet à l'écriture très dense, comportant de nombreuses ratures, corrections et ajouts.
Chronique littéraire publiée à l'occasion de la parution de l'étude de Martin-Chauffier, Chateaubriand ou l'obsession de la pureté.
On joint le tapuscrit complet.
Blanchot a peu écrit sur Chateaubriand, et ses rares allusions dans La part du Feu et Sade et Restif de la Bretonne, donnent à penser qu'il accorde peu d'estime à cet écrivain majeur. Pourtant peut-on imaginer posture plus blanchotienne que celle de cet écrivain s'effaçant derrière son oeuvre ?
Cet article sur la vie et l'oeuvre de l'auteur des Mémoires d'outre tombe constitue sans doute une clé de lecture tant de l'oeuvre de Chateaubriand que de la pensée de Blanchot sur le pouvoir du langage face au réel. Si Blanchot porte un jugement sans appel sur la monotonie de la vie de Chateaubriand, c'est pour réévaluer les Mémoires non à l'aune de la "nudité désespérante" de sa vie, mais à travers la transfiguration de celle-ci par l'écriture: "ce qui importe seul, c'est le récit qui, après avoir reconstitué l'existence pour lui donner la perfection de l'oeuvre, y substitue le chef d'oeuvre dont l'existence est l'occasion. Aussi est-il bien superflu de poser la question de sincérité et de vérité."
"Rien n'aurait approché l'absurdité de l'existence pour Chateaubriand, s'il n'avait pu en jouir au passé, la reprendre par le souvenir et finalement lui donner le sens qu'il n'avait pu vivre en la transformant en oeuvre d'art".
Entre avril 1941 et août 1944, Maurice Blanchot publia dans la "Chronique de la vie intellectuelle" du Journal des Débats 173 articles sur les livres récemment parus. Dans une demi-page de journal (soit environ sept pages in-8), le jeune auteur de "Thomas l'obscur" fait ses premiers pas dans le domaine de la critique littéraire et inaugure ainsi une oeuvre théorique qu'il développera plus tard dans ces nombreux essais, de "La Part du feu" à "L'Entretien infini" et "L'Écriture du désastre". Dès les premiers articles, Blanchot fait preuve d'une acuité d'analyse dépassant largement l'actualité littéraire qui en motive l'écriture. Oscillant entre classiques et modernes, écrivains de premier ordre et romanciers mineurs, il pose, dans ses chroniques, les fondements d'une pensée critique qui marquera la seconde partie du XXe. Transformé par l'écriture et par la guerre, Blanchot rompt, au fil d'une pensée exercée "au nom de l'autre", avec les violentes certitudes maurassiennes de sa jeunesse. Non sans paradoxe, il transforme alors la critique littéraire en acte philosophique de résistance intellectuelle à la barbarie au cœur même d'un journal "ouvertement maréchaliste": "Brûler un livre, en écrire, sont les deux actes entre lesquels la culture inscrit ses oscillations contraires" (Le Livre, In Journal des Débats, 20 janvier 1943). En 2007, les Cahiers de la NRF réunissent sous la direction de Christophe Bident toutes les chroniques littéraires non encore publiées en volumes avec cette pertinente analyse du travail critique de Blanchot : "romans, poèmes, essais donnent lieu à une réflexion singulière, toujours plus sûre de sa propre rhétorique, livrée davantage à l'écho de l'impossible ou aux sirènes de la disparition. (...) Non sans contradictions ni pas de côté, et dans la certitude fiévreuse d'une œuvre qui commence (...) ces articles révèlent la généalogie d'un critique qui a transformé l'occasion de la chronique en nécessité de la pensée." (C. Bident). Les manuscrits autographes de Maurice Blanchot sont d'une grande rareté.