
Édition originale de ce rare recueil publié à Paris chez l’auteur vers 1823, réunissant trente lithographies exécutées d’après les dessins rapportés par Jean-Baptiste Isabey de son voyage en Italie en 1822. Complet de son feuillet de table donnant le titre exact des trente sujets. Les vues conduisent de Rome à Naples, de Paestum à Florence, de Venise aux lacs du Nord, jusqu’à Pola, Cadenabbia, Arona et Parme.
Chemise d’origine en fort papier gris-brun, le plat supérieur imprimé tenant lieu de page de titre et portant l’adresse de l’atelier personnel d’Isabey, rue des Trois-Frères ; une étiquette imprimée « Œuvre complet » y est contrecollée. Quelques pâles rousseurs sur le feuillet de table ; dos fendu sur environ 11 cm en son centre ; planche 12 avec petites déchirures marginales anciennement restaurées au verso ; traces anciennes d’adhésif au mors intérieur. Bel exemplaire conservé dans sa condition d’origine, à toutes marges.
En 1822, Isabey gagne successivement Rome, Pratolino, Naples, Pise, le lac de Côme, Terni, Florence, Venise, Paestum, Ferrare, Terracine, Tivoli, Salerne, le lac Majeur, Cadenabbia et Parme ; les dessins qu’il rapporte de cette traversée, souvent datés, conservent encore le rythme même du voyage. À Naples, il fixe ainsi le cratère du Vésuve le 5 mai, après la première phase éruptive de l’année, plusieurs mois avant la grande éruption d’octobre.
Formé auprès de François Dumont puis de Jacques-Louis David, Isabey avait été portraitiste et ordonnateur des cérémonies impériales ; sous la Restauration, il compte également parmi les artistes qui adoptent très tôt la lithographie en France. Le procédé convenait particulièrement à ce type de voyage : la liberté du trait, la souplesse des valeurs et la légèreté des estompes lui permettent de restituer aussi bien les monuments antiques que les paysages lacustres, les façades vénitiennes ou les phénomènes naturels les plus spectaculaires rencontrés sur sa route.
De retour à Paris, Isabey reprend les vues accumulées au cours du voyage et les fait passer sur la pierre lithographique ; dès l’année suivante, elles sont réunies sous son nom dans la chemise portant l’adresse de son propre atelier. Peu d’ouvrages conservent avec autant de netteté ce passage du voyage à l’œuvre : à peine rentré, Isabey publie déjà les paysages qu’il venait de parcourir.