
Edition originale française, traduite par Louis Champion de Cicé de ce traité de Longobardo, suivi de Lettre d'Eusèbe romain de Mabillon (Grenoble, Etienne Bon, 1698, 88p.) ; et de Lettre à Madame de Lionne de Bernardino della Chiesa (s.l , s.n., 84 p.)
Rare exemplaire d'une des sources principales de l'Occident sur la philosophie chinoise, rédigée par le missionnaire jésuite Longobardo qui succéda à Ricci en tant que supérieur des jésuites de la mission de Chine. Relié à la suite, se trouve une édition peu courante publiée à Grenoble du pamphlet de Mabillon qui lance le débat sur validité du culte rendu aux saints des catacombes. En fin de volume, en écho à Longobardo, est relié une réponse de Bernardino della Chiesa, légat apostolique en Chine, à l'un des rares écrits théologiques par une femme, Paule Payen de Lionne, faisant la critique féroce de ce qu'elle considérait comme la tolérance des Jésuites envers l'idolâtrie chinoise.
Reliure en pleine basane d'époque, dos à cinq nerfs orné de petits fers dorés dans les caissons, roulettes sur les nerfs, pièce de titre en maroquin rouge, roulettes effacées sur les coupes, coins frottés, coiffes arrasées avec manques de cuir en pied et en queue, frottements sur les plats.
"le Traité sur quelques points de la religion des Chinois, a pour objectif de donner une explication systématique de la philosophie chinoise, et plus particulièrement de la philosophie confucéenne et néoconfucéenne. Dans cet ouvrage, on voit un effort de la part du missionnaire jésuite d’intégrer dans le cadre de la métaphysique européenne certains concepts clés du néoconfucianisme, comme le li (理 : ordre, raison, principe), le qi (气, ou Ki chez Longobardo et Leibniz : air, souffle, énergie), et le taiji (太极, ou Taikie chez Longobardo et Leibniz : le faîte suprême), et du confucianisme ancien, notamment le shangdi (上帝, ou Xangti chez Longobardo et Leibniz : l’empereur d’en haut). Une des thèses principales que défend l’auteur consiste à affirmer que, d’une part, le « Li », premier principe du système chinois et première cause du monde, est l’équivalent de la « matière première » de la philosophie aristotélicienne, et d’autre part, de ce premier principe est sorti par émanation le « Taikie », ou « l’air », c’est-à-dire la matière prochaine, dont toutes les choses matérielles sont composées, processus qui s’accomplit grâce au « Ki », « cause instrumentale et formelle ». En outre, Longobardo affirme que les néoconfucéens (les « interprètes ») identifient leur premier principe « Li » à la figure de « Xangti » (Empereur d’en haut) qu’on trouve dans les classiques chinois et qui, selon ces textes, « gouverne le monde, récompense les bons et punit les méchants », et que, par conséquent, ni le « Li » ni le « Xangti » ne peuvent être l’équivalent du Dieu dans sa conception européenne."
(Jin Qian, "Le Discours sur la théologie naturelle des Chinois et la controverse Leibniz/Descartes sur la substance" Philosophiques, vol. 50, n° 1, printemps 2023.)