
Réunion des éditions originales de deux importants ouvrages de Jacques Necker.
Reliure en demi veau vert, plats de papier caillouté vert, dos lisse orné de bandeaux dorés et de fers estampés à froid, trois fers estampés à froid, pièces de titre noires, contreplats de papier caillouté, tranches mouchetées. Infimes frottements à la reliure, une tache d'encre sur la première garde et la première page de titre, quelques rares salissures sur certains feuillets.
Deux ouvrages parus à la veille de la Révolution, dans lesquels Necker, ancien directeur général des Finances de Louis XVI, défend sa gestion des comptes publics puis s'interroge sur les fondements religieux de l'ordre social.
Le titre du premier ouvrage, Sur le compte rendu au roi en 1781. Nouveaux éclaircissemens, renvoie au texte de Necker qui contribua à son départ de la direction générale des Finances. Publié en février 1781, en pleine guerre d'Indépendance américaine, le Compte rendu au roi devait faciliter les emprunts de la monarchie auprès des investisseurs privés. Pour les rassurer, Necker y présentait les finances ordinaires de l'État comme excédentaires d'une dizaine de millions de livres, tableau dont l'exactitude fut par la suite vivement contestée. Cet ouvrage est considéré comme le premier exposé public des finances de la monarchie française : en y dévoilant notamment le montant des pensions accordées par le roi, Necker rencontra auprès du public un succès considérable, mais s'attira l'hostilité de la cour et dut se retirer le 19 mai suivant. Parmi ses adversaires figurait Charles-Alexandre de Calonne qui ambitionnait sa place. Nommé contrôleur général en novembre 1783, celui-ci fit porter sur ses prédécesseurs, et au premier chef sur Necker, la responsabilité de la situation financière du royaume dont lui-même était accusé on le surnommait alors "Monsieur Déficit". Disgracié, il se réfugia en Angleterre, d'où il publia ses mémoires polémiques. Après une première réplique aux accusations de Calonne publiée en avril 1787, Necker revint à la charge en 1788 avec ces Nouveaux éclaircissemens : il y justifie à nouveau, tableaux à l'appui, ses comptes de 1781 et impute l'aggravation du déficit aux mesures de son successeur. Comme l'indique sa préface, le roi rappela Necker avant même la publication de cet ouvrage justificatif. Après l'échec de Calonne, Louis XVI fut en effet contraint de revenir vers lui : en août 1788, la monarchie se trouvait en état de faillite virtuelle. L'ouvrage, qui reçut l'approbation du roi, parut en 1788 à Paris, à l'Hôtel de Thou, et à Lyon, aux formats in-4 et in-8. Néanmoins, Necker ne conserva pas longtemps la confiance du roi : le 11 juillet 1789, Louis XVI le renvoya, quelques semaines après son absence remarquée à la séance royale du 23 juin.
L'ouvrage relié à la suite, De l'importance des opinions religieuses, fut publié dans les premiers mois de l'année, alors que Necker était encore éloigné des affaires. Ce texte de dix-huit chapitres marque un tournant dans les écrits de Necker, jusqu'alors centrés sur les questions économiques et sur l'avantage politique de l'État. C'est en ancien administrateur, réfléchissant au terme de son expérience des affaires publiques, que l'auteur aborde les liens entre religion et souveraineté, philosophie et morale. Necker y soutient que la croyance religieuse est indispensable à l'ordre public comme au bonheur privé, et s'oppose aux tentatives de fonder la morale sur la seule loi, la seule raison ou la seule estime publique. La religion seule, selon lui, parle à l'imagination et à la conscience, et offre aux affligés une espérance au-delà de la vie présente. Se tenant à distance de l'intolérance comme de l'incrédulité à la mode, il traite successivement des opinions religieuses dans leur rapport avec les souverains, de l'objection tirée des guerres de religion, du respect que la philosophie doit à la religion, de la tolérance et de la morale chrétienne. Il y défend ainsi la religion comme un appui nécessaire au souverain pour maintenir l'ordre public, et met en garde les élites contre la mode de l'irréligion. On a pu y lire l'avertissement qu'un peuple privé des consolations de la foi ne supporterait plus longtemps sa condition misérable, et le spectre d'une révolte où les classes dirigeantes auraient tout à perdre. L'ouvrage connut un retentissement immédiat. Il fut traduit en anglais dès 1788 par Mary Wollstonecraft, et suscita la même année une réponse critique de Rivarol, sous la forme de lettres adressées à l'auteur.
Deux textes d'un ministre en disgrâce, rédigés selon toute vraisemblance dans les mois qui précèdent son rappel aux affaires, qui peuvent se lire comme les signes d'un régime dont la légitimité se déplace vers l'opinion, et dont l'ordre social est déjà perçu comme menacé.