
Édition originale, dans sa première émission à l’adresse de l’Imprimerie de Tencé frères, Bruxelles, 1828. Le volume de texte est orné d’un portrait de Bernard Eugène Antoine Rottiers, lithographié par J. Van Genk d’après Sir Thomas Lawrence ; l’atlas comprend une carte gravée, numérotée 1, et 74 planches lithographiées numérotées 2 à 75, la planche 27 étant par erreur chiffrée 17. Huit planches sont coloriées : les nos 28, 41 et 61 à 66. Le volume de texte fut remis en vente en 1830 sous une nouvelle adresse ; la présente émission constitue bien la première publication de l’ouvrage.
Le volume de texte est relié en demi-chagrin vert sapin, dos à quatre nerfs sertis de guirlandes dorées et orné de fleurons, plats de papier marbré, gardes et contreplats de papier à la cuve ; coins émoussés. L’atlas est relié en demi-basane rouge à coins, dos lisse orné de filets dorés, plats de papier marbré ; frottements au dos, éraflures sur les plats, accrocs aux coupes et coins émoussés. Reliures de l’époque. Quelques rousseurs ; taches en pied de la planche n° 10 et quelques petites rousseurs sur plusieurs autres planches.
Brunet résumait déjà l’attrait du livre en peu de mots : « Ouvrage curieux et dont les planches sont fort belles ».
Au cours de la mission archéologique que Guillaume Ier des Pays-Bas lui avait confiée dans le Levant, Rottiers gagna Rhodes au début de 1826 avec son fils Victor et le jeune peintre anversois Pierre-Joseph Witdoeck, alors âgé de vingt-trois ans. Ils y demeurèrent environ cinq mois ; Witdoeck dessina les côtes de l’île, le port, les fortifications, les portes de la ville, le palais, les églises, les tombeaux, les prieurés des différentes « langues » de l’Ordre et les fresques encore visibles dans plusieurs édifices.
Rottiers raconte lui-même les difficultés de cette entreprise : « Les Turcs n’avaient permis à personne, jusqu’à nous, de dessiner les monumens de l’île, surtout l’intérieur des églises et des autres édifices… » Il fallait encore, écrit-il, braver les mêmes obstacles pour relever les fortifications, le port ou les tombeaux. Ce récit donne aux planches une dimension presque immédiate ; derrière chacune d’elles se trouve un relevé exécuté sur place, dans une ville dont une partie du patrimoine médiéval allait bientôt disparaître.
Les lithographies fixent ainsi un état de Rhodes antérieur aux destructions du milieu du XIXe siècle. L’explosion d’une poudrière, en 1856, ravagea une partie de la ville médiévale et fit notamment disparaître plusieurs monuments que Witdoeck avait encore pu observer. Ses dessins devinrent par la suite une source précieuse pour l’étude, puis pour la restauration de l’architecture des Hospitaliers ; ce qui avait été conçu comme le compte rendu illustré d’une mission prit peu à peu la valeur d’une archive.
L’expédition elle-même ne fut pourtant pas considérée comme un succès sans réserve par les autorités néerlandaises, notamment pour la collecte d’antiquités ; Rhodes en demeure la réussite la plus durable. En 1826, Witdoeck avait encore sous les yeux les fortifications, les églises, les tombeaux et les bâtiments des Hospitaliers que son atlas allait fixer sur le papier ; trente ans plus tard, plusieurs d’entre eux avaient déjà disparu ou été profondément transformés.