
Édition originale, imprimée à Paris par l'Imprimerie royale en 1753, illustrée d'une vignette de titre, de six cartes dépliantes et de deux planches également dépliantes consacrées aux observations astronomiques (positions du soleil et de la lune, diagrammes). Les cartes représentent notamment les côtes de l'Acadie et de l'Île Royale, le golfe du Saint-Laurent, le port de Canseau, les côtes sud-est de l'Île Royale, le port de Chibouctou et la pointe sud-est de l'Acadie.
Précieux exemplaire de présent aux armes et au chiffre de Louis XV. Reliure de l'époque en pleine basane brune marbrée et glacée, dos à nerfs orné du chiffre royal répété, pièce de titre en maroquin rouge, plats frappés des armes dorées de Louis XV dans un triple encadrement de filets. Deux compartiments du dos restaurés, avec légère atteinte au chiffre, restauration en queue ainsi qu'aux mors et aux coins.
Jeune enseigne de vaisseau formé à l'astronomie sur ordre du ministre de la Marine, Joseph-Bernard de Chabert est chargé en 1750, à la demande de La Galissonière, alors responsable du Dépôt des cartes et plans de la Marine, de reprendre depuis Louisbourg les levés hydrographiques des côtes de l'Acadie, de l'Île Royale et des approches de Terre-Neuve, les cartes alors en usage se révélant insuffisamment exactes. Durant plus d'une année, malgré des conditions de navigation particulièrement difficiles, il parcourt les rivages jusqu'au cap Sable et à l'île de Sable, réalisant l'un des relevés hydrographiques les plus précis de son temps pour cette partie de l'Amérique du Nord. Ses travaux corrigent notamment de façon décisive la représentation de la Nouvelle-Écosse, dont il établit que la longueur avait été surestimée de quinze à vingt lieues sur les cartes antérieures.
Publié en 1753 grâce au soutien du ministre de la Marine, qui se réserva deux cents exemplaires de l'ouvrage pour les besoins de son administration, le volume se divise en deux parties : le récit du voyage de Brest à Louisbourg et des quatre campagnes hydrographiques conduites sur les côtes voisines, puis l'exposé détaillé des observations astronomiques et des calculs ayant permis d'établir cette nouvelle cartographie. La qualité scientifique de ces travaux valut à Chabert les éloges de la commission de l'Académie royale des sciences chargée de les examiner, qui les recommanda comme modèle aux futurs navigateurs. Le 2 mai 1754, il fut fait chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis en récompense de ses services. Sa carrière se poursuivit jusqu'à sa nomination comme vice-amiral des armées navales le 1ᵉʳ janvier 1792, avant son émigration consécutive à la Révolution, puis son retour en France en 1802, où il reçut, à titre honorifique, la dignité de doyen des amiraux de la marine française.
À la fois ouvrage fondateur de l'hydrographie française en Amérique du Nord et remarquable témoignage de la politique scientifique conduite par la Marine sous Louis XV, cet exemplaire de présent, conservé dans sa reliure armoriée d'origine, illustre la diffusion officielle des travaux jugés essentiels par la Couronne.