
Réimpression profondément remaniée de la première édition illustrée des Contes et nouvelles en vers, publiée dix ans plus tôt, en 1685, chez le même Henry Desbordes. Deux tomes réunis en un volume in-12 : (16) 236 pp. (2) ; (8) 216 pp. (2).
L'illustration comprend deux frontispices et 58 vignettes à mi-page d'après Romeyn de Hooghe. Mais cette apparente continuité avec l'édition de 1685 dissimule une véritable refonte. Les cuivres antérieurs n'ont pas été réemployés : les compositions ont été regravées en sens inverse. Le frontispice du premier tome reprend ainsi, retournée, la composition de 1685, désormais privée de sa date, du nom du libraire et de sa signature ; celui du second tome est entièrement nouveau. Hédé-Haüy souligne également que les vignettes elles-mêmes furent retournées et nouvellement gravées.
Les quatre derniers contes marquent une autre différence avec le recueil de 1685. Publiés auparavant dans les Ouvrages de prose et de poésie des sieurs de Maucroix et de La Fontaine, ils sont ici intégrés aux Contes et accompagnés de grandes gravures anonymes. Le texte comme l'illustration ont donc été augmentés : sous l'apparence d'une nouvelle émission du livre de 1685, l'édition de 1695 en renouvelle sensiblement la physionomie.
Reliure de l'époque en plein maroquin olive tirant sur le vert bronze. Dos à nerfs orné, pièce de titre de maroquin rouge, triple filet doré d'encadrement sur les plats, frise intérieure dorée, tranches dorées. Papier uniformément jauni. Très bel exemplaire, particulièrement séduisant dans ce maroquin vert d'époque.
Romeyn de Hooghe avait donné à l'édition de 1685 son premier grand cycle iconographique, avec un frontispice et 58 compositions gravées. Son art, narratif, mobile, volontiers théâtral, accompagne avec une singulière liberté le ton des Contes. Dix ans plus tard, les graveurs de cette nouvelle édition ne cherchent pas à moderniser ses inventions : en les retournant et en les regravant, ils en maintiennent au contraire le vocabulaire graphique, jusque dans cette vigueur baroque qui appartient encore pleinement au XVIIe siècle.
C'est précisément ce qui distingue le volume des grands livres à figures qui feront la gloire de la bibliophilie française au siècle suivant. Cohen rappelle que de nombreux amateurs ont voulu joindre cette édition aux beaux illustrés du XVIIIe siècle ; pourtant, les compositions de De Hooghe ne possèdent ni leur grâce policée ni leur élégance décorative. La scène y reste plus vive, le mouvement plus brusque, le récit plus présent : l'image paraît moins commenter le conte qu'en poursuivre l'action.
L'édition porte la date de 1695, année de la mort de La Fontaine. Les quatre contes ajoutés prolongent ainsi, dans l'un des derniers états anciens du recueil, cette veine libre qui avait accompagné le poète pendant plusieurs décennies. L'adresse d'Amsterdam reprend celle d'Henry Desbordes, éditeur de la première édition illustrée ; Brunet et les bibliographes qui l'ont suivi considèrent cependant que l'impression de 1695 aurait été réalisée à Paris sous cette adresse étrangère, attribution qui doit rester prudente en l'absence d'une démonstration matérielle décisive.
Très bel exemplaire en maroquin olive d'époque de cette édition sensiblement renouvelée des Contes, enrichie de quatre textes et surtout d'un cycle de De Hooghe entièrement regravé, inversé et complété : une des formes les plus singulières prises par l'illustration de La Fontaine à la fin du XVIIe siècle.