
Édition originale de ce rare roman historique de Jean de Pelisseri, publiée à Paris chez Charles de Sercy en 1684, illustrée d’un frontispice allégorique et de 34 figures à mi-page gravées par Sébastien Le Clerc, à raison d’une gravure par chapitre.
Reliure de l’époque en plein maroquin rouge à la dentelle. Dos à nerfs, les caissons ornés d’un petit fer floral répété à l’identique, dit « fleur d’oignon » ; pièce de titre et de tomaison en maroquin ; large dentelle d’encadrement aux petits fers sur les plats ; tranches dorées. Coiffes, mors et coins restaurés, dorures reprises aux coiffes. La gravure de la p. 125 a été imprimée à l’envers.
Ex-libris armorié de la bibliothèque de Laussat, apparemment recollé sur la première garde.
Charles de Sercy, qui publie l’ouvrage depuis sa boutique du Palais, à l’enseigne de la Bonne-Foy couronnée, compte alors parmi les libraires parisiens les plus actifs. L’illustration est confiée à Sébastien Le Clerc, dont la signature apparaît notamment sur le bandeau de l’épître dédicatoire « Au Roy » ; graveur particulièrement prolifique sous Louis XIV, il donne ici une image à chaque chapitre et accompagne ainsi pas à pas la progression du récit.
Pelisseri remonte aux temps légendaires des premiers rois et fait de Nemrod, souverain associé à Babel par la Genèse puis, dans la tradition exégétique postérieure, à la construction de la tour, la figure centrale de cette histoire des origines de la royauté. Sa biographie demeure mal connue, mais plusieurs de ses livres obéissent à une même construction héroïque : L’Escolle des Princes, Histoire royale de Philippe, roi de Macédoine ou Laodice font eux aussi de personnages exemplaires ou légendaires les supports d’un récit où l’histoire se mêle volontiers à la fiction.
Publié en 1684, le livre trouve naturellement sa place dans une France où la figure royale occupe tout l’espace politique, cérémoniel et artistique. Sans faire de Pelisseri un théoricien de la monarchie absolue, le contraste reste frappant : au moment où Louis XIV porte la représentation du pouvoir à son plus haut degré, ce roman choisit précisément de remonter à ses origines les plus anciennes, en faisant défiler, sous le burin de Le Clerc, les premiers souverains d’un passé reconstruit à partir du récit biblique, des traditions légendaires et des chroniques anciennes.