
Paris, Émery, Saugrain et Pierre Martin, 1730. Quatre volumes grand in-folio.
Seconde édition, revue, corrigée et augmentée, du Dictionnaire historique, critique, chronologique, géographique et littéral de la Bible de Dom Augustin Calmet, et première à fondre en un seul ordre alphabétique le texte de l'édition de 1722 et les deux volumes de supplément parus en 1728. Elle donne ainsi à cette vaste entreprise exégétique sa forme définitive, en quatre volumes allant de A à D, de E à M, de N à T et de V à Z.
Édition parisienne originale de cette refonte, en grand in-folio, à ne pas confondre avec la contrefaçon publiée la même année à Genève par Marc-Michel Bousquet, en quatre volumes in-4 et dotée d'un appareil iconographique beaucoup plus réduit.
L'illustration, particulièrement spectaculaire, comprend un frontispice et 204 planches hors texte, auxquelles s'ajoutent les vignettes de titre répétées en tête de chaque tome et de nombreux ornements gravés. L'éditeur annonçait « plus de trois cent figures en taille-douce », plusieurs planches réunissant en effet plusieurs sujets. Une part importante des gravures est à double page, toutes montées sur onglet. Pages de titre imprimées en rouge et noir.
Le premier tome comprend six cartes, un plan et quarante-sept planches simples, doubles ou triple ; le deuxième, cinquante-neuf planches, pour la plupart doubles ; le troisième, quatre-vingt-quatre planches, dont environ la moitié à double page ; le quatrième, sept planches. Vues, cartes, plans d'architecture, costumes, cérémonies, batailles, supplices, monnaies et antiquités composent ainsi une véritable encyclopédie figurée du monde biblique.
Très bel exemplaire sur beau papier, les faux-titres, titres et planches imprimés sur un chiffon épais, le texte sur vergé, à grandes marges.
Reliures de l'époque en plein veau lavallière glacé, dos à six nerfs, caissons richement ornés de petits fers dorés, pièces de titre et de tomaison de maroquin vert foncé, filet à froid encadrant les plats, armes dorées au centre, roulette dorée sur les coupes, gardes et contreplats de papier marbré, tranches rouges.
Mors supérieur du premier tome fendu en tête sur environ 7 cm, avec un petit éclat en pied du mors inférieur ; mors supérieur du deuxième tome fendu en queue sur 7,5 cm ; épidermures et éraflures sur les plats du troisième tome, discret accident anciennement réparé en queue ; coiffe de tête du quatrième tome accidentée, petite trace de vers en pied du mors supérieur, quelques épidermures et brunissures en queue du premier plat. Usures aux coins, certains restaurés, et quelques petits trous de vers, principalement aux mors.
Quelques feuillets ou cahiers légèrement jaunis. Déchirure avec petite perte de texte au feuillet K du premier tome ; léger cerne angulaire sur certains feuillets du deuxième ; au troisième, trou de ver traversant la marge inférieure jusqu'à la page 272, puis réduit à une petite trace sur quelques feuillets ; petit accroc au dernier feuillet du quatrième tome. Autres menus défauts d'usage. Ensemble néanmoins frais.
Précieux exemplaire aux armes de Guillaume-Gabriel Pavée, baron de Vendeuvre : d'or au paon au naturel, au chef d'azur chargé d'une croisette d'or accostée de deux étoiles du même, l'écu timbré d'une couronne de baron. Né en 1779, Pavée de Vendeuvre fut député de l'Aube sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, puis élevé à la pairie en 1837. Sa bibliothèque du château de Vendeuvre-sur-Barse réunissait de nombreux ouvrages d'histoire et de littérature en reliures armoriées ; une partie importante en fut dispersée à Paris en 2007.
L'ampleur de l'objet répond à celle du projet de Dom Augustin Calmet. Bénédictin de la congrégation de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe, historien et exégète, Calmet avait consacré une grande partie de sa vie à l'intelligence des Écritures. Son immense Commentaire littéral sur tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, commencé en 1707, examinait successivement chacun des livres bibliques. Le Dictionnaire en constitue le prolongement encyclopédique : noms de personnes et de lieux, chronologie, géographie, histoire, philologie, usages, monuments, monnaies et antiquités y deviennent autant de voies d'accès au texte sacré.
La première édition de 1722 avait été organisée en deux volumes, de A à L puis de M à Z. L'accumulation rapide de nouveaux matériaux imposa dès 1728 deux importants volumes de supplément, eux-mêmes classés de A à L et de M à Z. La refonte de 1730 reprend entièrement ces additions et les replace à l'intérieur des articles auxquels elles appartiennent. Elle n'est donc pas un simple nouveau tirage : elle transforme quatre volumes publiés en deux temps en une seule architecture alphabétique.
Cette volonté de synthèse trouve son équivalent dans l'illustration. Les cartes restituent la géographie de la Terre sainte et les itinéraires de l'histoire biblique ; les plans reconstruisent villes, camps, temples et édifices ; les scènes figurées montrent batailles, sacrifices, cérémonies, vêtements, instruments et supplices. L'image ne vient pas simplement agrémenter le texte ; elle doit rendre matériellement intelligible un monde disparu.
Le contraste avec l'édition genevoise de 1730 est à cet égard particulièrement révélateur. Bousquet reprit la nouvelle organisation du dictionnaire dans un format plus maniable, mais sans l'immense corpus graphique de l'édition parisienne. Dans cette dernière, les 204 planches et leurs plus de trois cents figures font de l'exégèse une véritable archéologie visuelle de l'Écriture.
Au moment où paraît cette nouvelle édition, Calmet vient précisément d'accéder à l'abbatiat de Senones, qu'il conservera jusqu'à sa mort en 1757. C'est là, dans cette abbaye lorraine, qu'il poursuivra les travaux historiques et scripturaires qui feront de lui l'un des érudits bénédictins les plus féconds de son siècle.
L'entreprise porte également la marque du grand commerce parisien du livre religieux. Pierre Émery, mort le 15 juin 1730, avait déjà publié le Commentaire littéral de Calmet. Autour de lui travaillaient ses deux gendres, Claude-Marin Saugrain et Pierre-Alexandre Martin, tous établis dans le quartier du quai des Augustins et associés à plusieurs grandes publications savantes et ecclésiastiques. Cette seconde édition du Dictionnaire apparaît ainsi comme l'un des derniers monuments de ce réseau familial de libraires.
La provenance Pavée de Vendeuvre prolonge au XIXe siècle cette histoire d'un livre conçu dès l'origine comme un objet de savoir et de prestige. Reliés à ses armes, les quatre grands volumes entrèrent dans une bibliothèque aristocratique où l'histoire, la religion et les grandes éditions illustrées occupaient une place importante.
Bel exemplaire à grandes marges, complet de son frontispice et de ses 204 planches, soit plus de trois cents figures gravées, dans ses reliures de l'époque aux armes d'un pair de France. Par l'ampleur de son illustration comme par la refonte complète du texte et des suppléments, l'édition parisienne de 1730 donne au grand dictionnaire biblique de Dom Calmet sa forme la plus monumentale.