
Édition originale, rare, des deux seuls volumes parus de cette ambitieuse Histoire générale des guerres, imprimée à Paris par l'Imprimerie royale en 1756 et 1758. L'ouvrage, annoncé comme devant embrasser trois grandes époques depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1748, ne fut jamais poursuivi au-delà de ces deux tomes consacrés à l'Arménie et aux peuples de l'Asie Mineure. Le premier volume est orné d'un frontispice allégorique et d'un grand tableau généalogique dépliant.
Exemplaire destiné à Louis XV, relié à ses armes et à son chiffre. Reliures en plein veau brun marbré de l'époque, dos à nerfs ornés du chiffre royal répété quatre fois, accompagné de fleurs de lys aux angles, pièces de titre et de tomaison en maroquin rouge, grandes armes de France au centre des plats, triple filet doré d'encadrement, tranches rouges. Coiffes restaurées, plusieurs fentes le long des mors supérieurs des deux volumes, coins et quelques portions de coupes restaurés. Manque au coin droit de la première garde. Quelques mouillures très pâles, notamment en marge de plusieurs cahiers, débordant légèrement sur le texte à la fin du premier volume et sur certaines gardes du second.
L'exemplaire royal répond directement au dispositif même de l'ouvrage. D'Arcq adresse son entreprise à Louis XV dans une épître liminaire, tandis que l'impression par l'Imprimerie royale inscrit dès l'origine le livre dans le cadre du patronage monarchique. La présence, sur les plats et les dos, des armes et du chiffre du souverain prolonge matériellement cet hommage et fait de cet ensemble un exemplaire particulièrement cohérent de l'édition.
Philippe-Auguste de Sainte-Foy, chevalier d'Arcq, appartenait lui-même à l'histoire dynastique qu'il servait. Né en 1721, il était le fils naturel de Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, fils légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan ; il était donc petit-fils naturel du Roi-Soleil. Après une carrière dans la cavalerie au cours de la guerre de Succession d'Autriche, il quitta le service en 1748 et se consacra davantage aux lettres. Cette expérience militaire éclaire le principe même de son œuvre : raconter l'histoire des peuples par les conflits qui avaient déterminé leur naissance, leurs transformations et leur disparition.
Le long discours préliminaire expose une méthode qui se veut critique. D'Arcq y récuse les traditions insuffisamment établies, distingue les faits prouvés des conjectures et ne retient, lorsqu'une certitude absolue manque, que les hypothèses qui lui paraissent les mieux fondées. L'histoire politique ne se sépare jamais chez lui de la géographie, des généalogies et des institutions ; la guerre demeure cependant le fil directeur à partir duquel s'organisent les destinées des royaumes.
Le premier tome est consacré à la Grande et aux Petites Arménies ainsi qu'à la Cappadoce ; le second poursuit l'enquête à travers les peuples et royaumes de la Basse Asie, notamment le Pont, la Paphlagonie, Héraclée, la Bithynie, Pergame, la Phrygie et la Lydie. Le frontispice place cette histoire militaire sous un programme allégorique qui rapproche les campagnes contemporaines de d'Arcq des grandes victoires de l'Antiquité, inscrivant ainsi son expérience d'officier dans la continuité des guerres qu'il entreprend de raconter.
L'entreprise fut favorablement accueillie par la critique savante, notamment par le Journal des sçavans, qui rendit compte successivement des deux volumes ; le vaste programme annoncé ne dépassa pourtant jamais ce second tome. Restée inachevée, l'Histoire générale des guerres conserve ainsi le caractère d'un projet historiographique interrompu, dont l'ambition était de faire de la guerre l'un des grands principes d'intelligibilité de l'histoire universelle.
Restés les deux seuls volumes d’un projet qui devait embrasser l’histoire universelle des guerres, ces exemplaires destinés à Louis XV donnent à l’entreprise de d’Arcq une résonance particulière : celle d’une histoire militaire conçue par un ancien officier, petit-fils naturel de Louis XIV, et placée sous le patronage direct du souverain.